Opéra de Montréal
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Written on Skin à Wilfrid-Pelletier | Manque de sentiments

Written On Skin, le deuxième opéra de George Benjamin, compositeur londonien internationalement acclamé, était présenté en première canadienne le 25 janvier dernier à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Inspirée d’une légende occitane du XIIe siècle, l’œuvre lyrique évoque les déboires d’un triangle amoureux qui est voué, sans trop en dévoiler, à se terminer dans le drame.

Un livret assez classique

Provence, XIIIe siècle. Un homme (Daniel Okulitch, baryton-basse), nommé le Protecteur au fil de la pièce, est marié avec une femme, Agnès (Magali Simard-Galdès, soprano). Il l’aime, mais seulement lorsqu’elle est obéissante, fragile et dépendante. Un jour, il fait venir un jeune enlumineur surnommé le Garçon (Luigi Shifano, contre-ténor) et lui somme de créer un livre, où sa lumineuse et lui-même seraient représentés au Paradis dans toute leur gloire. Ce qui devait arriver arriva : Agnès s’éprend du Garçon et se rebelle contre son mari. Comme vous vous y attendez sûrement, ça ne peut pas se terminer ainsi, mais aucun spoiler ne sera dévoilé.

Written On Skin est basé sur un livret écrit par Martin Crimp, dramaturge qui avait déjà collaboré avec George Benjamin pour son premier opéra, Into The Little Hill. Présenté pour la première fois à Aix-en-Provence en 2012, Written On Skin est déjà qualifié par plusieurs comme l’un des opéras les plus marquants du XXIe siècle.

Ce qui peut sembler au départ plutôt féministe, vu la rébellion d’Agnès menée par l’amour, reste tout de même assez rétrograde quant aux caractéristiques premières de la jeune femme. Elle a 14 ans et n’a jamais appris à lire, puisqu’il serait absurde qu’une femme puisse lire, comme s’entête à le dire le Protecteur.

Deux autres personnages importants se fondent dans l’histoire. Marie (Florence Bourget, mezzo-soprano), la sœur d’Agnès, et John (Jean-Michel Richer, ténor) sont tous deux des anges et des personnages à part entière. Ils sont bien souvent présents pour dénoncer le rôle futile des humains d’un point de vue religieux ou pour remettre en question les choix des autres personnages. Ils font presque office de médiateurs au fil de l’histoire.

Sobriété de l’esthétique

La scénographie, les costumes et les décors n’étaient ni grandiloquents, ni remarquables, mais accompagnaient de façon juste et utile les propos des différents personnages. L’esthétisme très sombre, avec de grandes tours à l’allure à la fois statuesque et délabrée, ainsi qu’une palette de couleurs terreuses, grises et noires, accompagnaient brillamment l’atmosphère jamais bien légère du récit. Pour ceux qui ne seraient jamais allés à l’opéra, les paroles défilent au-dessus de la scène sur un écran afin de bien pouvoir suivre l’histoire, même si, il faut l’avouer, la concentration en prend parfois un coup.

Nicole Paiement, cheffe d’orchestre et créatrice de la compagnie Opéra Parallèle, a pris les rênes de la production musicale. Cette compagnie se consacre spécifiquement aux œuvres lyriques contemporaines, ce qui a valu à Nicole Paiement l’appel de plusieurs opéras nord-américains lors de telles productions.

Certains opéras comportent des segments parlés (où les interprètes ne chantent pas), mais celui-ci n’en comportait aucun. Également, la façon dont le texte était chanté paraissait parfois un peu redondante. Les incises, formulations courtes où l’on explique quel personnage parle, étaient toutes chantées. De plus, la musique était plutôt rectiligne, il y avait peu d’enlevées lyriques et de points culminants où l’on sentait une réelle émotion, une vraie peine envahir le public. Malgré le fond très dramatique du récit, tout ne semblait pas concorder pour créer une catharsis.

Written On Skin est toujours en représentation à la Salle Wilfrid-Pelletier les 28 et 30 janvier, ainsi que le 2 février.

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