The Offspring
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The Offspring et Sum 41 à la Place Bell | La mémoire de la musique

The Offspring et Sum 41 se partageaient la tête d’affiche hier, devant une Place Bell pleine à craquer. Les deux groupes avalent présentement des kilomètres d’asphalte à travers un périple canadien de 14 dates, qui les mène de l’Atlantique au Pacifique. Le concert d’hier à Laval était le seul prévu au Québec. Résumé d’une soirée où on s’est souvenu que… la musique se souvient.


Trois guitares et un house party

C’est au power trio anglais Dinosaur Pile-Up qu’incombait la tâche d’ouvrir pour les deux géants du punk-rock. Commençant devant une place Bell tiède et à moitié remplie, ces petits frères de Blink-182 ont présenté un punk-rock assez lourd, ponctué de quelques fausses notes un peu agressantes. Le chanteur s’adressant beaucoup au public en français a toutefois sauvé la situation.

La foule attendait Sum 41 de pied ferme. Après une intro quelque peu étonnante (le grandiose Main Title d’Edward aux mains d’argent, composé par Danny Elfman), nos protagonistes arrivent sur scène, flanqués de leurs trois guitares, pour faire un set d’un peu plus d’une heure où ils ont pioché dans leur discographie entière, alternant entre hymnes insouciants et ballades un peu plus pop. En 2006, le guitariste Tom Thacker a remplacé Dave  » Brownsound  » Baksh, après son départ du groupe. Ce dernier est revenu 10 ans plus tard, et ils ont décidé de continuer à trois guitaristes. Toutefois, on n’est pas certain de ce qu’une autre guitare amène vraiment de plus.

Au son de Sum 41, la Place Bell se transforme d’une façon épatante: elle devient presque un house party. Le groupe a ce don de nous faire oublier qu’on est dans une immense salle. Est-ce grâce aux interventions de Deryck Whibley, qui considère le public comme une  » étrange et grande famille « , ou le fait qu’il ait joué pratiquement parmi celui-ci? Il s’est faufilé sur le côté de la foule, pour aller chanter devant la toute dernière rangée du parterre, qui est alors devenue la première! La Place Bell s’est entièrement retournée vers le blondinet qui a entamé Pieces.

Fascinant voyage temporel offert par la musique… Ces refrains qui nous ramènent au début de notre adolescence sont comme des « témoins auditifs ». À l’image d’un filigrane du passé qui se dépose doucement sur le présent à l’aide de vibrations. Comment se fait-il que notre cerveau sache par coeur ces paroles qu’on chantait il y a 10 ou 15 ans? En cette ère où la technologie se rappelle un peu trop souvent à notre place, sorte d’extension de la mémoire, on constate qu’on peut bel et bien se souvenir sans ces  » béquilles  » mnémoniques. C’est tout le pouvoir du médium.

Savoir se réinventer

The Offspring réussit à confirmer encore et encore, sans grande surprise, les raisons de son statut de légendes du punk rock. Il y a réellement quelque chose de fascinant dans le fait de pouvoir voir Dexter Holland chanter  » Ya ya ya ya ya! «  (All I want) depuis plus de 20 ans comme si de rien n’était. Les cinquantenaires sont toujours aussi professionnels et on comprend lors de leurs performances pourquoi ça fait si longtemps qu’ils font ça.

Le public chante absolument toutes les paroles, ce qui semble surprendre un peu les deux leaders. Issus sensiblement de la même génération, de très nombreux spectateurs portaient par ailleurs des chandails à l’effigie des groupes.

La magnifique version piano-voix de Gone Away, avec Dexter Holland chantant derrière un piano illuminé, constitue un moment marquant, même si ça clashait avec la suite. Ils ont tout de suite enchaîné la parodique et légère Why Don’t You Get a Job. Le groupe s’est aussi permis de jouer quelques covers… Était-ce nécessaire? Les chansons des Ramones et de AC/DC n’étaient peut-être pas une obligation, mais le public a tout de même vraiment apprécié celles-ci. Sum 41, de son côté, est aussi allé remanier We Will Rock You devant un public apparemment friand de la chose. Il est un peu étonnant que des groupes ayant de si nombreux succès dans leur propre répertoire sentent le besoin d’aller piger ailleurs…

The Offspring a annoncé il y a quelques jours qu’il sortira un nouvel album d’ici à la fin de l’année, suite à Days Go By paru en 2012. Ce dixième album studio, qui sera produit par Bob Rock, est présentement en voie d’être terminé. Le titre est inconnu pour l’instant. À l’image de Dexter Holland, qui, au cours des dernières années, s’est diversifié en devenant docteur en biologie moléculaire et en faisant une incursion dans la gastronomie en créant une sauce piquante (what?!), on peut facilement croire que le groupe saura se réinventer avec ce nouvel opus.

Somme toute, brique par brique, Sum 41 et The Offspring ont démontré que leurs grands édifices se tiennent encore très droits, même après toutes ces années. Un petit voyage dans le passé réussi, grâce au pouvoir indubitable de la musique…

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