crédit photo: Jérôme Daviau
Philippe Côté

Sixtrum avec Philippe Côté et François Bourassa à l’Édifice Wilder | La rencontre réussie du jazz et des percussions contemporaines

L’Ensemble de percussions contemporaines Sixtrum accompagnait ce dimanche soir le duo jazz formé par le saxophoniste Philippe Côté et le pianiste François Bourassa. Au cours des trois compositions de Philippe Côté, le jazz moderne et les percussions contemporaines nous ont offert des arrangements aussi efficaces que saisissants où la pertinence des titres s’est jointe à la richesse sonore des percussions, exploitée avec pertinence.

Sixtrum est un de mes derniers coups de cœur (avec Population II et Angine de Poitrine, mais c’est une autre histoire). C’est un ensemble de percussions créé en 2007 dont le répertoire pige principalement dans la musique contemporaine, mais qui n’hésite pas explorer bien d’autres territoires, tant dans des pièces improvisées ou des collaborations diverses et variées parfois surprenantes et inattendues. Les musiciens allient une technique irréprochable avec une scénographie souvent recherchée et réussie tout en conservant un côté ludique. Sans surprise, ils ont une belle collection de prix et de récompenses sur leur manteau de cheminée.

Le concert de ce soir voit collaborer Sixtrum avec Philippe Côté, qui est l’auteur des compositions et que l’on retrouve aux saxophones ténor et soprano, ainsi qu’au piano préparé et au piano normal à la fin, ainsi que François Bourassa au piano. J’avais un aperçu de la chimie de Côté et Bourassa il y a 3 ans lors du Odd Sound festival qui m’avait laissé un très bon souvenir. La collaboration avait d’ailleurs mené à la sortie de l’album Confluence à la fin 2023, un album chaleureusement recommandé.

Comme toujours avec les percussions, la scène est chargée : au centre trône deux pianos à queue face à face, puis l’espace de Côté avec ses saxophones et l’accès au deuxième piano qui est préparé. Ils sont entourés des espaces pour les quatre percussionnistes de la formation (João Catalão, Philip Hornsey, Fabrice Marandola et Kristie Ibrahim). On y retrouve, entre autres, timbales, tambours, congas, bongos, cymbales, marimbas, vibraphones, gongs, cloches, gamelans et tôles qui sont frappés, caressés ou frottés par des baguettes, mailloches, balais ou archets. Une vaste combinaison de sonorités qui est parfaitement exploitée par les musiciens.

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Au programme de cette collaboration, trois titres sont proposés, du plus court au plus long. Pour commencer, Mobiles est une pièce qui se veut fluide et réactive : elle est composée de formes ouvertes qui sont sélectionnées par Philippe Côté en cours d’exécution et communiquées aux musiciens par le biais d’un curseur déplacé sur un pupitre et qui laisse donc place à l’improvisation. Une belle mise en bouche qui commence avec délicatesse et retenue. La symbiose entre les deux univers, jazz et contemporain, est naturelle et démontre la capacité d’improvisation de Sixtrum au sein d’une formation relativement importante.

La seconde pièce, I.D.8, est une composition où deux univers s’entrecroisent : une série de douze sons, traitée avec un dépouillement extrême qui dialogue avec une esthétique minimaliste qui rappelle l’univers de Steve Reich. Le morceau commence avec un dialogue entre le piano de François Bourassa et le saxophone ténor de Philippe Côté. Les percussionnistes embarquent ensuite pour la deuxième partie du titre avec notamment un motif répété au vibraphone. Encore une fois, les percussions complémentent de belle manière les deux musiciens jazz.

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L’ambiance commence à s’échauffer davantage sur scène et l’on en arrive au dernier titre de la soirée, la pièce de résistance qui s’étale sur une quarantaine de minutes avec quatre mouvements. Évidences est une réinterprétation du titre Evidence (1983) de Thelonious Monk dont les 32 mesures sont savamment assimilées et transformées, ce qui démontre encore une fois les capacités de compositeur et d’arrangeur de Philippe Côté. La pièce débute avec Bourassa et Côté sur chaque piano et les quatre percussionnistes sont répartis autour d’eux, œuvrant au cœur des pianos pour en extraire des sons percussifs originaux dans une mise en scène resserrée par les lumières. Les percussionnistes rejoignent ensuite leurs espaces pour une exécution plus conventionnelle.

Le morceau s’étale avec différentes instrumentations, Côté jonglant entre son ténor et son soprano, jouant quelques harmonies sur le piano préparé pour le dépréparer, au final, en en retirant tous les artifices. Ils terminent sur un duo de pianos où les mêmes notes se répercutent entre les deux instruments, soutenus par les percussions toujours aussi bien placées et pertinentes, sachant être bien présentes sans jamais étouffer Côté et Bourassa.

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Philippe Côté est un compositeur passionnant et cette soirée a permis également d’en apprécier les arrangements pertinents et percutants où, malgré la complexité et la richesse du propos, la symbiose entre le duo jazz piano / saxophone et les percussions contemporaines se font de manière naturelle et perspicace, sans jamais paraître emprunté. Au milieu de toute cette richesse sonore, les qualités techniques et d’exécution des six musiciens est également à souligner avec une fluidité musicale bien ressentie au milieu de cette opulence sonore. Une soirée riche où Sixtrum montre encore une fois qu’ils savent choisir leurs collaborations et mélanger les styles avec brio!

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