crédit photo: Jesse Di Meo
RAYE

RAYE à la Place Bell | Du jazz club à la rave, un concert construit dans le partage

Dimanche 12 avril, à 20 h 30, la Place Bell accueille RAYE, chanteuse anglaise à la croisée du jazz, de la soul, du R&B, de la pop et des esthétiques dance et house. L’artiste s’est produite dans le cadre de sa tournée This Tour May Contain New Music, pour un concert de deux heures conçu comme un véritable récit. Chaque segment s’inscrit dans une progression musicale et émotionnelle précise, où les morceaux s’enchaînent avec une intention narrative claire.

Deux ans après son passage au MTELUS, le changement d’échelle est frappant : la salle comble se métamorphose au fil de la soirée, passant d’un théâtre feutré à un club de jazz, puis à un espace nocturne plus électrique. Plus qu’une simple prestation, l’artiste propose une expérience scénique aboutie, presque théâtrale, où la musique devient un outil de narration et de partage. Sa voix, puissante et très expressive, portée par des inflexions jazz et soul, s’impose comme fil conducteur, soutenue par une production hybride où instrumentation live et textures électroniques cohabitent naturellement.

raye laval 2026 16

Dès l’ouverture, le décor, rideaux rouges et nuages suspendus, installe une atmosphère dramatique. Cette esthétique accompagne une setlist structurée autour de sa nouvelle ère, largement portée par This Music May Contain Hope (deuxième et plus récent album de la musicienne anglaise), tout en s’appuyant sur des titres marquants de My 21st Century Blues. L’ensemble dessine une trajectoire cohérente, pensée comme une narration en trois mouvements, entre introspection, montée en densité et relâchement progressif.

Une entrée en matière narrative et orchestrale

Le spectacle s’ouvre sur une annonce vocale qui en pose immédiatement le cadre. Dans un lancer de paillettes, RAYE apparaît en long manteau noir et lunettes de soleil, entourée de ses musicien·ne·s, tous·tes en tuxedo, affirmant d’emblée une dimension orchestrale et collective.

raye laval 2026 10

Ce geste d’ouverture installe aussi une manière de faire : un orchestre complet accompagne la performance, composé d’une section rythmique (guitare, basse, batterie, claviers), d’une section de cuivres (saxophone, trompette, trombone), d’une section de cordes et de deux choristes, conférant immédiatement une ampleur presque cinématographique aux premiers morceaux. Au fil de cette entrée en scène, elle se déleste du manteau pour révéler une longue robe bustier rouge, pieds nus, accentuant ce basculement entre contrôle scénique et vulnérabilité assumée.

Les premiers titres, Girl Under the Grey Cloud, I Will Overcome et Husband, ouvrent une séquence introspective. Portés par des arrangements amples et nuancés, ils explorent les désillusions amoureuses, la reconstruction et une lucidité émotionnelle très directe.

raye laval 2026 25

Avec Beware the South London Lover Boy, le ton se déplace subtilement. L’écriture, à la fois incisive et préventive (« Girls, stay safe out there », lit-on sur l’écran), introduit une dimension plus collective. Les paroles projetées en jaune transforment la salle en chœur, faisant glisser le récit personnel vers une expérience partagée.

Plongée dans l’ère dramatique

Présentée comme une « Dramatic era », cette section constitue le cœur du concert. La scénographie se resserre : vent, brume et lumières bleutées installent une atmosphère plus instable. Les paroles apparaissent par fragments, renforçant l’idée d’un discours intérieur traversé de tensions.

Le décor évolue dans le même mouvement : petites tables rouges, rideaux entrouverts, l’espace prend des airs de club de jazz intimiste. Ce changement recentre l’attention sur la voix, l’interprétation et la densité des textes.

raye laval 2026 5

Dans cet écrin, The Winter Woman, puis Hard Out Here x Genesis Pt. 2 prolongent cette montée en intensité narrative. L’orchestration devient un véritable moteur dramaturgique, avec une place importante laissée à la violoniste et à la pianiste, dont les interventions structurent et épaississent la matière musicale.

Un pivot intervient avec Fly Me to the Moon, reprise jazz qui souligne ses influences et met en valeur la souplesse de son interprétation vocale. Elle enchaîne avec Worth It, issu de My 21st Century Blues, qui ramène le concert vers une écriture plus brute, presque confessionnelle.

Tout au long de cette séquence, RAYE alterne entre prises de parole spontanées et échanges directs avec le public, installant une proximité constante malgré la sophistication de la mise en scène. Cette proximité atteint un point fort avec Ice Cream Man et I Know You’re Hurting, deux titres qui abordent frontalement la santé mentale et les traces laissées par des relations destructrices. Certaines phrases circulent comme des repères dans la salle : « Grieving someone that is still alive » ou encore « Music is medicine ». Lorsque « I am not giving up yet » est repris collectivement, le concert atteint un moment de convergence particulièrement marquant. Lifeboat – New Outro vient ensuite relâcher cette séquence. Plus aérien, presque suspendu, il ouvre une transition progressive vers des textures plus électroniques.

raye laval 2026 7

Du jazz club à la rave collective

L’atmosphère feutrée du jazz club se dissout progressivement au profit d’un univers plus mouvant, où l’énergie devient plus continue et circulante. RAYE réapparaît en robe noire dans un décor sombre, traversé de lumières mobiles, amorçant un changement de registre assumé. La bascule se précise avec Oscar Winning Tears, puis avec Click Clack Symphony, qui installent un rythme plus soutenu et une dynamique immédiatement plus entraînante. Le concert glisse alors vers une logique de club nocturne, jouant en filigrane sur le passage de « RAYE » à « RAVE ».

raye laval 2026 3

Nightclub Medley agit comme un point de bascule, enchaînant les séquences et ouvrant l’espace à une énergie plus collective. Les faisceaux lumineux se multiplient, redessinent la salle, et le public est porté par une dynamique de danse qui prend naturellement le dessus. Dans cette dernière ligne droite, Escapism donne l’impulsion, rapidement rejoint par Joy, qui s’impose comme point d’ancrage du final. Interprété en trio avec ses premières parties, AMMA et Absolutely, il prolonge de manière concrète l’idée de partage qui traverse l’ensemble du concert.

La performance de RAYE se distingue par une construction maîtrisée, qui dépasse le simple enchaînement de morceaux pour former une véritable progression scénique. Chaque partie du concert s’appuie sur une évolution des ambiances et une mise en scène en mouvement constant.

En mêlant écriture autobiographique, puissance vocale et arrangements hybrides, l’artiste parvient à naviguer entre différents registres sans perdre en cohérence. Ce travail de contraste donne au concert une forme à la fois construite et accessible. L’ensemble fonctionne ainsi comme une expérience continue, où la scène, la musique et le public avancent dans une même dynamique.

raye laval 2026 8

Photos en vrac

RAYE

raye laval 2026 24 raye laval 2026 23 raye laval 2026 21 raye laval 2026 20 raye laval 2026 19 raye laval 2026 18 raye laval 2026 17 raye laval 2026 15 raye laval 2026 12 raye laval 2026 11 raye laval 2026 9

Absolutely (première partie)

absolutely laval 2026 1 absolutely laval 2026 6 absolutely laval 2026 3 absolutely laval 2026 2

Amma

amma laval 2026 1 amma laval 2026 4 amma laval 2026 3 amma laval 2026 2

Événements à venir

Vos commentaires