crédit photo: William B. Daigle (FME 2023)
Philippe B

Philippe B au Gesù | La beauté dans la retenue

Pour son ultime spectacle de l’année, Philippe B a décidé de jeter son dévolu sur le Gesù, dans le Quartier des spectacles, ce samedi 25 novembre. Alliant délicatesse et talent, l’artiste a clôturé sa tournée 2023 avec brio devant une salle réceptive et attentive.

Pourquoi se creuser les méninges pour trouver l’accord le plus inutilement complexe possible? Pourquoi passer des heures devant une page blanche pour tenter de faire rimer des mots inconnus au bataillon? Si la richesse paie bien (plus) souvent en musique, la simplicité fonctionne et attendrit tout autant les cœurs. Raconter des histoires, faire comprendre son vécu, rien de tel qu’une plume directe pour y parvenir. Philippe B maîtrise cet art en particulier.

 

Un homme et sa guitare

Vers 20h45, Philippe B débarque devant un Gesù déjà réchauffé et entame sa performance avec la chanson-titre de son sixième et plus récent opus, Nouvelle administration. Six ans après La Grande Nuit vidéo (une première pause pour l’artiste à la régularité métronomique, lui qui enchaînait ses parutions aux trois années depuis 2005), le public retrouve un Philippe B somme toute similaire, à l’exception d’un petit grand détail : la famille Bergeron a récemment accueilli la petite Pauline sous son aile. La nouvelle réalité de père de Phillipe B apporte une facette, une couche supplémentaire aux textes déjà riches de l’auteur-compositeur-interprète dans son dernier album.

La sublime composition Pauline à la ferme illustre encore le présent de la famille : dans un texte finement interprété sur les planches, Philippe B explique son hésitation entre vivre en ville ou profiter des régions, toujours à travers les yeux de sa jeune fille.

 

S’échapper

Il est vrai que le folk s’y prête souvent, mais une certaine douceur émane particulièrement de l’artiste et ses compositions. Si Philippe B et le reste des accompagnatrices restent plutôt statiques sur scène, l’attention du Gesù ne divague pas une seule seconde. « Merci Philippe », glisse un membre du public dans un silence total après la fin de L’été. « Y’a pas de quoi », répond-il empli de bienveillance.

La présence féminine a toujours constitué et constitue encore une tranche importante de l’univers de l’artiste folk. Accompagné de deux excellentes musiciennes alternant entre piano, clavier, guitare et basse, Philippe B se permet un duo réussi avec l’une d’elles sur Rouge-gorge, morceau de La Grande Nuit vidéo enregistré en duo avec Laurence Lafond‐Beaulne, moitié de Milk & Bone.

Si un spectacle comme tel n’obligeait pas forcément sa présence, on salue la conception des éclairages ce samedi au Gesù : dès le milieu du concert, des pierres en papier mâché disposées à travers la scène s’allument de l’intérieur et éclairent la poignée de musiciens, accentuant encore l’effet intimiste et tendre déjà installé.

Un coup de cœur personnel dans la soirée : Interurbain. Dès les premiers mots prononcés par Philippe B, chaque Montréalais dans le public tirant ses racines des belles régions québécoises dut le ressentir, ce petit pincement au cœur, ce fameux mal du pays. « Tu trouves que Montréal / Ça manque de poésie / On voit pas les étoiles / Comme en Abitibi », chante le natif de Rouyn-Noranda dans le morceau. Le contexte posé par Philippe B rend l’écoute d’autant plus agréable : plaisantant, avant la chanson, sur le fait que le concept de l’appel interurbain est déjà plus que désuet, l’artiste explique que sa composition a d’abord été entendue par les oreilles d’un certain Gilles Vigneault, durant une classe de maître. Au moins, Philippe B n’avait pas à expliquer ce qu’est un interurbain au mythique poète, raconte-t-il devant une salle amusée.

Avant d’interpréter L’année du serpent, Philippe B explore le rapport compliqué qu’il entretient avec ce titre. L’artiste laisse tomber que ce morceau, pouvant être retrouvé sur Ornithologie, La Nuit, aurait pu résonner encore davantage sur son dernier album. Les deux opus sont pourtant parus à plus de neuf ans d’écart. « Peut-être que ça veut dire que je parle toujours des mêmes affaires », plaisante-t-il encore devant une salle riant à l’unisson. Décidément, il y aurait peut-être une chance à gratter dans le stand-up pour Philippe B.

Suivant Les orages là-bas, Philippe B surprend avec une pièce complètement différente du reste de son catalogue. California Girl, de Variations fantômes, rejoint un penchant blues assez marqué, que ce soit dans l’instrumentation des musiciens ou même leur attitude. Un beau rebondissement dans un concert somme toute très homogène.

L’artiste enchaîne sur Petite leçon des ténèbres, avant de retourner sur les planches pour un rappel chaudement réclamé. Philippe B avoue qu’il offre normalement une seule chanson après la supposée fin du spectacle, mais que le Gesù aura droit ce soir à deux de ses morceaux. La dernière de la saison, autant se gâter. Le musicien vient interpréter Debra Winger au piano, avant de terminer son passage montréalais sur L’amour est un fantôme, « la chanson la plus lente de mon répertoire », de ses mots. « Dans ce cas ce n’est pas peu dire », poursuit-il d’un ton amusé.

La soirée confirme à quel point Philippe B, son univers s’inscrivent comme un trésor de la folk québécoise à protéger à tout prix. Un spectacle d’automne, chaleureux, donnant envie de s’accrocher à chaque mot réconfortant de l’auteur-compositeur-interprète avant de revenir dans la fraîcheur de novembre et le bruit de la ville.

 

Une figure montante de la folk au Québec

En guise de première partie, Arielle Soucy se chargeait de briser la glace devant un Gesù comble. La chanteuse montréalaise a fait paraître le mois dernier son premier album en carrière, Il n’y a rien que je ne suis pas.

Il est évident qu’il s’avère compliqué d’assurer une performance en solo, sans autre musicien ou accompagnement, et encore plus dans le cadre d’une première partie, mais la jeune auteure-compositrice-interprète a relevé la tâche avec brio.

Débutant avec Promenade, Arielle Soucy a eu le pouvoir de convaincre avec seulement une demi-douzaine de titres présentés. Les mélodies sont justes, et les harmonies qu’elle parvient à produire en s’enregistrant en direct ravissent.

Une artiste à suivre avec un grand intérêt, l’industrie pourrait lui réserver de belles choses.

 

Grille de chansons

  1. Nouvelle administration
  2. Hypnagogie
  3. Cheveux courts, cheveux longs
  4. Pauline à la ferme
  5. Rouge-gorge
  6. Marianne s’ennuie
  7. L’été
  8. Les filles
  9. L’année du serpent
  10. Nous irons jusqu’au soleil
  11. Je t’attends
  12. Interurbain
  13. Je t’aime, je t’aime
  14. Sortie / Exit
  15. Nocturne no° 632
  16. Les orages là-bas
  17. Petite leçon des ténèbres

Rappel

  1. Debra Winger
  2. L’amour est un fantôme

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