L'Ensemble Joe Chambers

L’OFF Jazz 2022 | Dernier week-end d’un marathon jazz hors-piste

L’OFF Jazz de Montréal 2022 se concluait ce week-end avec un vendredi soir en compagnie du pianiste Florian Hoefner, puis du guitariste Greg Amirault, et une soirée de clôture avec l’ensemble de Joe Chambers et Andrés Vial samedi. Retour sur le dernier droit d’un marathon musical fascinant.

Vendredi soir au Dièse Onze

C’est toujours un plaisir de se retrouver au Dièse Onze, un accueil toujours chaleureux du propriétaire Gary Tremblay et la place la plus conviviale pour écouter du jazz à Montréal. Pour le Off jazz, ce sont les trios du pianiste Florian Hoefner puis le trio du guitariste Greg Amirault.

C’est le pianiste Florian Hoefner qui ouvre la soirée en trio avec Adrian Vedady (contrebasse), Jim Doxas (batterie), deux musiciens incontournables de la scène Montréalaise. Florian Hoefner est d’origine allemande et installé à St. John’s à Terre-Neuve depuis 2014 et il a un parcours impressionnant : pour résumer, il a collaboré entre autres avec Kurt Rosenwinkel et Joe Lovano et étudié avec Jason Moran et Dave Liebman.

Je découvre ce soir pour la première fois son jeu tout en finesse avec de belles compositions tirées de son dernier album Desert Bloom (sorti en juin de cette année et disponible sur son site).

Le premier titre de la soirée Between The Lines commence tout en douceur avec la contrebasse jouée à l’archet par Vedady, mais l’ambiance s’échauffe avec les morceaux suivants, notamment Winter in June qui met en avant le jeu inspiré et lyrique du pianiste. On ne manquera pas de souligner le soutien solide et sans faille de Jim Doxas à la batterie. À noter également : une interprétation du titre pop Neptune de Sufjan Stevens. Hoefner est assurément un pianiste de grand talent, le concert de ce soir le démontre. Je ne manquerai pas de creuser plus en avant dans son répertoire.

La belle guitare de Greg Amirault

C’est le premier show de l’OFF Jazz 2022 avec une guitare auquel j’assiste, ça me manquait ! Et c’est avec le trio de Greg Amirault (guitare, composition) avec le batteur André White et l’on retrouve à nouveau Adrian Vedady à la contrebasse efficace. Il nous présente ce soir les titres de son dernier album News Blues sorti il y a un an (voir ci-bas) et qui a été enregistré en quartet avec l’apport de son pianiste de frère Steve Amirault. C’est avec plaisir que l’on écoute le beau son de guitare de Greg Amirault avec un jeu délicat et raffiné, à la fois riche en nuance et sobre dans son efficacité. Ses compositions sont une belle façon de terminer la soirée.

 

Soirée de clôture au Plaza : l’ensemble la légende Joe Chambers et d’Andrés Vial

On rencontre une légende samedi soir avec la présence au Théâtre Plaza de Joe Chambers. Le batteur a 80 ans et compte sur une carrière fructueuse au côté de Miles Davis, Wayne Shorter, McCoy Tyner, Herbie Hancock, Dizzy Gillespie, pour ne citer que quelques légendes.

Ça peut en impressionner plus d’un, mais ce n’est pas le cas du pianiste montréalais Andrès Vial qui dirige l’ensemble de musiciens principalement montréalais.

Je me suis demandé comment cette association s’était faite mais la réponse a été donnée par Vial ans la soirée : lui et le batteur Tommy Crane ont été les élèves de Joe Chambers, il y a une vingtaine d’années, d’où la connexion !

Toujours est-il que malgré l’âge vénérable de Joe Chambers, et même si la virtuosité tape à l’œil n’a jamais été sa marque de fabrique, il commence la soirée au vibraphone avec un jeu encore très vif et précis qui colle au morceau. Après une pause de trois titres, il revient à la batterie avec toujours un jeu senti qui colle au morceau.

Comme annoncé, « le projet commun de Vial et Chambers reflète leur intérêt pour l’exploration des liens entre le jazz et les musiques latine et africaine » et c’est une formation qui va totalement dans ce sens avec des musiciens aux origines et influences diverses : Mamadou Koita (balafon, n’goni, tama), Vovo Saramanda (percussions), Michael Davidson (marimba puis vibraphone), Martin Heslop (contrebasse) et Tommy Crane (batterie).

En invité, la saxophoniste Caoilainn Power vient s’ajouter sur les derniers morceaux.

Ce mélange entre instruments africains et instruments plus jazz donne un vent de fraîcheur aux compositions jouées ce soir, les compositions de Vial et Chambers mettent en avant cette diversité riche. Le vibraphoniste Michael Davidson présente des interventions imaginatives et parfois techniques tout pleines de goût. Mamadou Koita, notamment avec son balafon et son n’goni amélioré (le sien a été amélioré avec des cordes en plus que les six traditionnelles) amène de la fraîcheur et des solos qui viennent rafraîchir la tradition jazz. Le contrebassiste Martin Heslop a aussi brillé par son implication et ses solos inventifs. Malheureusement, Caoilainn Power a eu du mal a sortir tout son potentiel, visiblement déconcentrée par un problème d’anche de son saxophone.

Ce mélange d’influences et d’instruments est une belle réussite et la collaboration entre Joe Chambers et Andrés Vial a plu au public du Plaza. Les titres de cette collaboration ont déjà été enregistrés et l’album devrait paraître en février 2023.

J’ai raté le tout dernier show de fin de soirée du samedi au dièse onze de Benjamin Deschamps avec son excellent album Augmented Reality, mais comme j’avais déjà assisté au lancement en décembre dernier, je peux annoncer sans me tromper que c’était de très bonne tenue et qu’il est nécessaire d’aller écouter et acheter son très bon album sur bandcamp.

Pour conclure le Off Jazz

Chaque année, l’OFF Jazz remet le prix François Marcaurelle, en collaboration avec la Guilde des musiciens et des musiciennes du Québec. Cette année le prix est revenu au trio Dolman-Rossy-Jobin qui a été aussi mon gros coup de cœur du festival (voir l’article). Are you here to help? est en rotation lourde chez nous !

 

Autre coup de cœur du festival, le groupe l’Abîme avec son jazz décomplexé. Et je m’en voudrai de ne pas citer les valeurs sûres, ces musiciens que je connaissais déjà et qui ne déçoivent jamais, comme le duo Marianne Trudel & Karen Young et l’Orchestre Nationale de Jazz Français. Au même titre, la formation d’Hugo Blouin Charbonneau ou les valeurs à’ bonne place a livré la marchandise sans fausses notes, ni pot-de-vin

Une édition 2022 riche avec une multitude de styles jazz qui est au cœur de ce festival. On regrettera un public parfois peu présent mais qui en aura raté de bien belles musiques.

Un gros merci à Patrice Servant, coordinateur de l’OFF Festival de jazz pour l’accueil chaleureux.

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