Kuzi Cee, Valley et ebril en showcase aux Foufounes électriques | De la pop sans grande saveur
Mardi, au cabaret des Foufs, le label Universal Music Canada tenait ses traditionnels showcases printaniers devant une quarantaine de professionnels. UMC (appelons-les comme ça, c’est plus facile) pousse les artistes signés sur son étiquette deux fois par année à Montréal, présentant des projets qui, selon eux, débordent de potentiel et pourraient devenir les stars de demain. Malheureusement, si l’avenir de la pop ressemble à ça (copie de plus connu, ou artiste ne pouvant qu’accéder au succès à partir des réseaux sociaux), on est mal barré.
ebril, alias d’Huda Al-Hamami, artiste iraquienne basée à Toronto, casse la glace avec Stranger in You, premier titre de son premier et seul album publié pour l’instant, In Copula, présentant aussi le morceau Anticipate Heartbreak, tiré de la même galette. Elle est seule à la guitare et propose quelques belles arpèges à son instrument, ainsi que des effets d’écho sympathiques créant une ambiance dreamy, mais on est quand même sur une bedroom pop fort basique et sans grande saveur, propulsée par un réseau social comme TikTok. Je secoue un arbre, et il en tombe dix en un mois, des ebril.
Pour en juger par vous-mêmes, elle sera en spectacle à la Casa Del Popolo le 7 mai prochain.
A suivi Kuzi Cee, artiste né au Zimbabwe, aujourd’hui basé à Calgary. Le grand gaillard propose un R&B teinté d’afrobeat rappelant beaucoup, beaucoup The Weeknd, lui aussi signé sur UMC. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, Abel Tesfaye est l’un des artistes les plus influents des vingt dernières années (demandez à David Campana son avis).
Kuzi Cee était, à mes yeux, le projet le plus solide des trois showcases : l’artiste de Calgary a une super présence scénique et parvient à faire aller des bras les quelques dizaines de personnes présentes, peu collées et fort gênées, il faut bien l’avouer. Ça me rappelle ce diable de Travis Scott, justement à Montréal, pendant le festival Osheaga il y a 12 ans, qui performait comme si sa vie en dépendait devant quelques dizaines de personnes.
Même si la musique offerte par Kuzi Cee n’était pas originale du tout, il dégage une hargne qui fait plaisir à voir : s’il devient un jour très connu, c’est par la sueur de ses performances qu’il l’aura mérité.
Valley a clôturé la soirée, et c’est envers cette formation que j’avais le plus d’espoir, clairement : avec 12 ans d’expérience sous la casquette et trois albums parus, bientôt quatre, le quatuor de Toronto est définitivement le projet avec le plus de métier dans le corps des trois showcases présentés ce soir. Ils seront, par ailleurs, à Osheaga le dimanche 2 août prochain.
Et bien que Valley ne soit pas déplaisant à l’oreille, pour un groupe qui joue entièrement avec des instruments de musique live, sans boîte à rythmes, sans synthétiseur ou quoi que ce soit, il est plutôt étonnant d’entendre un résultat aussi formaté, aussi pop, quoi. Valley a offert le set le plus long, jouant pratiquement une demi-heure, et chaque intervention, chaque lick à la guitare, chaque regard, chaque mot, chaque tout-ce-que-vous-voulez semblait chorégraphié au millimètre près. Ça manque de magie, ça manque d’imprévisibilité.
Le groupe capitalise clairement sur un esprit juvénile, très teen movies des années 2000 (regardez 10 Things I Hate About You ou Mean Girls pour comprendre l’esthétique) : clairement, il y a un public pour ça, mais je n’en fais pas partie. Valley me rappelle les « cool » au secondaire, le genre de gens inapprochables toujours au courant de la dernière mode : je préférerais traîner avec les geeks ou les gothiques!
La pop n’a jamais particulièrement été un genre de musique qui fracassait les frontières artistiques, prenait d’immense risques, et les showcases d’UMC de la semaine, apparemment échantillon des artistes de demain (canadiens, en tout cas), en sont une autre preuve. Et le plus triste là-dedans, c’est que le public s’en fiche : il scrolle, il aime une mode, la follow, puis passe à autre chose. Les artistes passent et partent en essayant de s’inscrire dans le nouveau trend, ils tentent de percer avec un petit extrait de 10 secondes devenant vers d’oreille, sans prendre le temps de façonner un univers artistique durable et cohérent sur le long terme, réponse à la pauvre demande d’une génération peu curieuse. Dommage.
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