& Juliet à la salle Wilfrid-Pelletier | Juliette réécrit son destin et revisite nos classiques pop
Et si Juliette avait survécu ? À sa mort, tout d’abord, et à son amour pour Roméo ? Cette prémisse originale est donc le point de départ de la comédie musicale & Juliet, présentée à la Place des Arts. Créé en 2019, ce spectacle est sans doute l’un des moins connus du répertoire de Broadway, mais il est loin d’être le moins intéressant. Car sous ses airs légers, son ambiance kitsch à souhait et son histoire cousue de (gros) fil blanc, on y discerne une portée moderne, décomplexée et résolument alignée avec notre époque. C’est un doux baume pour notre moral et une plongée musicale et nostalgique que vous ne pourrez pas ignorer !
Bien que & Juliet soit le titre de cette production – spoiler ! – Juliette n’est pas son personnage principal. Plus que son émancipation, c’est celle d’Anne Hathaway dont il est question. Pas l’actrice, mais l’épouse largement laissée de côté au profit de la carrière littéraire de William Shakespeare. Anne met donc au défi William de réécrire la fin de l’un de ses plus célèbres textes – Roméo et Juliette – afin que cette dernière prenne son destin en main et soit présentée comme une femme forte et indépendante. Tant bien que mal, le défi est accepté. Et Anne va s’impliquer dans l’écriture, de manière plus importante que ce que son mari aurait souhaité…
De là, l’histoire est transposée à Paris. Juliette est bien décidée à faire table rase du passé et à montrer à ses parents qu’elle n’a pas besoin d’eux pour s’épanouir. Elle est secondée dans sa quête par sa nourrice Angélique, son ami·e May et Anne bien sûr ! La galerie de personnages s’étoffe avec François, le potentiel nouvel amour, son père, Lance (ancien amant d’Angélique), et surtout, un protagoniste que l’on ne pensait pas retrouver de sitôt. Mais laissons quelques surprises…
L’histoire est somme toute assez convenue, et à part un retournement de situation bien trouvé, la deviner sera un jeu d’enfant. Parce que la complexité de la trame narrative ne semble pas avoir été l’objectif, on pardonnera ce manque de subtilité. Ce qui marque durant toute la représentation, c’est bien la musique.
* Noah Marlowe et Nico Ochoa. Photo par Evan Zimmerman pour MurphyMade.
On doit à Max Martin, le producteur du spectacle, un nombre incalculable de tubes des années 90 et des décennies suivantes. Britney Spears, les Backstreet Boys, Katy Perry, Taylor Swift, The Weeknd, pour ne citer que ces artistes, lui doivent à un moment ou un autre de leur carrière une chanson, depuis entrée dans l’histoire. Et c’est son catalogue (en partie) qui est utilisé pour narrer ces histoires d’amour, ces « empouvoirements » féminins, ce droit à la différence et à l’acceptation. Oui, derrière son allure qui frise le quétaine, & Juliet prône des valeurs qui sont pas mal ébranlées en ce moment.
À la manière du superbe film musical Across the Universe, qui se construit sur les chansons des Beatles, & Juliet repose sur des morceaux emblématiques. Qu’ils prennent un tout autre sens ou qu’ils prennent enfin sens, ils sont tous pertinents, efficaces et particulièrement dansants. La plupart sont revisités avec brio par l’orchestre, ce qui leur apporte une profondeur insoupçonnée.
Comment souvent, les protagonistes principaux ne sont pas ceux qui retiennent le plus l’attention. Mention spéciale à Kathryn Allison (Angélique), Paul Jordan Jansen (Lance) et Joseph Torres (personnage dont on ne doit pas dévoiler le nom), qui brillent par leur tempo comique, la polyvalence de leur jeu et de leur voix. Avec son timbre caverneux, qui dissimule sans doute une formation en chant classique, et un accent coloré, Jansen est à mon humble avis l’étoile du match.
* Kathryn Allison et Paul-Jordan Jansen. Photo par Matthew Murphy.
En revanche, l’interprète de May – Nico Ochoa – a souffert de quelques faussetés que l’on espérera résolues pour les prochaines représentations.
Parmi les numéros les plus réussis : les mash-up Teenage Dream / Break Free et Problem / Can’t Feel My Face, le final de l’acte I, It’s My Life, et Everybody, excellente parodie des Backstreet Boys.
* Liam Pearce, Drew Gehling, Gianna Harris, Alison Luff et Jeannette Bayardelle. Photo par Evan Zimmerman pour MurphyMade.
& Juliet est donc une proposition étonnante et rafraîchissante, qui ne manquera pas de vous faire rire, danser et réfléchir. C’est bien plus que vous n’auriez imaginé, non ?
Détails et billets ici.
Crédit photo : Bond Theatrical
- Artiste(s)
- & Juliet
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Salle Wilfrid-Pelletier
- Catégorie(s)
- Broadway, Comédie Musicale,
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