Josman à la Place Bell | Matériel solide, livraison nonchalante
Josman est l’un des rappeurs les plus talentueux de sa génération, l’une des toutes belles plumes sorties de l’Hexagone. Mais sur scène, l’artiste originaire de Vierzon n’en fait pas assez, certainement pour conserver son image de rappeur ténébreux, impénétrable. Ce samedi, Josman offrait une performance moyenne et sans grand artifice, exactement dans la lignée de son dernier MTelus, que ma collègue Luca Max avait couvert il y a deux ans.
« Place Bell, quelle belle histoire depuis le Belmont », dit Josman entre deux morceau. « Au Belmont, qui était là? » La moitié de l’aréna répond. « C’est pas vrai, y’avait pas la place, vous ne pouviez pas tous être là! » Du chemin, c’est vrai que Josman en a parcouru : les centaines se sont transformés en milliers, qui eux, se sont transformés en millions. À J.O.$, Josman lui a rajouté quelques zéros, le transformant en J.000.$, en 2023. Argent et Terre comme damnation, voilà comment nous pourrions décrire l’état d’esprit du rappeur : le spleen n’est plus à la mode, disait Angèle?
Vers 20h40, quelques secondes avant le début du spectacle, l’écran géant derrière la scène diffuse des images de feux de forêt, de cyclones, d’émeutes… Je vous avais dit que Josman était cynique? Les téléphones ne tardent pas à se lever, et les ardeurs du public reprennent de plus belle en entendant le simple « Easy Dew, pétasse », trademark de l’univers de Josman depuis ses débuts. D’ailleurs, le public, parlons-en : avec des spectateurs d’une moyenne d’âge s’approchant des 15-16 ans, on se doute que tous les secondaires de Montréal vibreront au même diapason lundi prochain, quand les élèves se partageront entre eux, dans les couloirs, leurs plus beaux souvenirs de la soirée, peut-être un premier concert pour beaucoup. Il est quand même étonnant que ce soit un public si jeune ce soir dans la salle, alors que Josman a commencé à se faire connaître au milieu des années 2010, mais bon.
Comme énoncé plus haut, le problème avec Josman… c’est qu’on dirait qu’il s’en fiche un peu. Il rappe réellement (ouf, heureusement!) ses lignes, mais ça se limite à ça, grosso modo. Hors de question de se lancer partout sur scène comme un Travis Scott ou un Rae Sremmurd, hors de question de complexifier une mise en scène comme un Tyler, the Creator. On garde ça simple, concis et peu énergique, sans enlever ses lunettes de soleil : il faut rester blasé, ou du moins, en avoir l’air, doit-il se dire. Ça me fait exactement penser à l’attitude adoptée par Damso et Hamza (pour nommer deux de mes compatriotes belges), que je trouve également très moyens sur scène. En réalité, sur album, ça fonctionne à merveille; en spectacle, 10 fois moins.
Josman fait des allers retours assez tranquillement entre le côté cour et jardin de la scène, et il doit se baser sur des visuels sur un écran pour habiller le peu de choses qui se passent sur scène. D’ailleurs, ces visuels : je mettrais ma main au feu et à couper (j’en suis tellement sûr que je suis prêt à voir ma main disséquée et calcinée à la fois si je me trompe!) en assurant qu’ils ont été, en grande partie, générés par l’intelligence artificielle. Sur le morceau SPOTLIGHTS, tiré de l’album DOM PERIGNON CRYING, célébré ce soir, l’écran diffuse une séries de memes, d’affiches de film ou simplement d’images de la pop culture, tous normalement figés. Et pourtant : ces images s’animent de manière « rigolote » ou chantent les paroles de la chanson. Ça pue le Sora à plein nez, ou le Grok, choisissez votre cancer. Josman, répète après moi : quand tu es artiste, entoure-toi d’autres artistes. Pas de machines. Nos yeux méritent mieux que ça.
Si je dois accorder un point positif à l’artiste, c’est qu’il a été plutôt généreux envers son public, interprétant plus d’une trentaine de morceaux (pas tous dans leur entièreté non plus) en 1h30 de spectacle. « Montréal, on partage une belle histoire depuis 2017, lance Josman. On partage le temps, les albums. » En effet, tous ses projets y passent : J.0.$ (2017), M.A.N. (Black Roses & Lost Feelings) (2022), SPLIT (2020), sans oublier l’excellent J.000.$ (2023), duquel Problèmes de riche, CARLO et Ailleurs seront emmenés sur scène ce soir. Ce dernier projet cité, J.000.$, malgré un accueil discret à l’époque, est d’ailleurs l’un des meilleurs longs jeux sortis dans le hip-hop franco-belge ces dernières années, d’un humble avis personnel. Cohiba est l’un des textes les plus vrais et les plus intelligents qu’il m’ait été donné d’entendre depuis le début de la décennie : Josman, sous des airs un peu bling-bling, est un éternel homme triste, découragé. Vaillant, un poil optimiste. Mais triste tout de même. La vulnérabilité dans un univers aussi profondément macho que celui du rap, ça se souligne.
Josman se dirige vers la fin du spectacle avec un trio assez efficace : XS et J’aime bien!, deux classiques, suivi d’Ailleurs, en voie d’être un classique, on l’espère. La tension hausse d’un cran avec le dernier morceau, Goal, et nous avons enfin droit à une version plus déchaînée de l’artiste, qui retire son manteau et permet, enfin, de se laisser un peu plus aller : ça se ressent dans la fosse, d’ailleurs, qui nous offre, après quasiment 1h30 de show, ses premiers (et derniers) mosh pits.
Josman est un talent fou, il mêle dans ses textes critique sociale, remise en question, spleen éternel et arrogance dans un équilibre parfait. Peu y arrivent aussi bien que lui. Mais Josman est peut-être un talent qui ne se transpose pas sur scène, malheureusement.
Photos en vrac
- Artiste(s)
- Josman
- Ville(s)
- Laval
- Salle(s)
- Place Bell
- Catégorie(s)
- Francophone, Rap/Hip-hop, Trap,









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