Bjork
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Iceland Airwaves 2016 – Chapitre 2 | Voir Björk (avec orchestre) sur scène dans sa ville natale

Il y a longtemps que Björk n’a pas donné un spectacle en bonne et due forme au Québec. On se rappelle de sa présence au Bluesfest d’Ottawa en 2013, et bien entendu de son exposition Bjork Digital qui a toujours cours chez DHC/ART jusqu’au 12 novembre, sans compter ses deux excentriques DJ sets dans le cadre du Red Bull Music Academy il y a deux semaines. Mais tout cela n’égale en rien un spectacle de Björk où elle chante ses propres chansons. Encore moins dans sa ville natale de Reykjavik. Rajoutez à cela la formule orchestrale et le contexte personnel de l’artiste, et tout est en place pour un moment d’émotion presque insoutenable tant il fait rayonner une étrange beauté d’une situation dramatique.

Pour ceux qui l’ignorent, Björk a récemment vécu une rupture douloureuse avec le père de son enfant. Son plus récent album, Vulnicura, en témoigne puisque celui-ci a été enregistré tant avant qu’après ladite séparation. La folie et l’excentricité légendaire de Björk font alors place à une mélancolie à fendre le coeur, révélant un côté dramatique jusqu’alors jamais exploité de la sorte par la chanteuse islandaise.

À pareille date l’an dernier, Björk devait agir en tant que tête d’affiche du festival Iceland Airwaves dans sa ville natale de Reykjavik, mais le concert a dû être annulé quelques jours avant. Sans citer cette raison expressément, on peut facilement conclure que l’émotivité de l’interprétation de cet album lourd sur le coeur était trop à supporter pour une artiste qui aurait apparemment flirté avec la dépression (et ça se comprend). La tournée entière avait été mise sur la glace, le temps que la chanteuse reprenne le dessus.

Nous voici donc un an plus tard, et Björk se reprend lors d’un spectacle dans la somptueuse salle Eldborg du complexe artistique Harpa, le magnifique lieu central du festival. Exceptionnellement, le spectacle était donné à 17h, laissant ensuite toute la liberté aux festivaliers de vaquer à d’autres spectacles en soirée. Parions que la plupart des spectateurs présents au Eldborg ont eu peine à mettre de côté ce grand moment d’émotion…

Afin de défendre les chansons de Vulnicura, Björk se pointe sur scène avec pour seul accompagnement l’Iceland Symphony Orchestra, soit 28 musiciens à cordes. Pas de machinerie électro, pas de clavier, pas de batterie. Juste des cordes. Et une voix à fleur de peau pour transmettre des chansons pourtant truffées d’arrangements variés et de rythmes triturés sur disque.

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Photo par Santiago Felipe.

Vêtue d’une création de David Ferreira et d’une collier/diadème de James Merry pour la première partie du spectacle, elle déambule de gauche à droite comme une reine en perdition, cherchant écho dans la foule aux chansons de Vulnicura d’abord présentées dans l’ordre du disque, donc Stonemilker, Lionsong, History Of Touches, Black Lake, Family et Notget. Déjà, la cruelle beauté de son spleen musical brille de tous ses feux, alors que Björk propose une interprétation des grandes occasions. Un silence d’une rare pureté régnait dans la salle à l’acoustique parfaite, un silence qui faisait progressivement place à quelques reniflements subtils de spectateurs qui s’essuyaient les yeux en cachette. (C’était aussi notre cas, on l’admet)

Même durant les longues notes soutenues et contemplatives qui ponctuent Black Lake, pas un seul spectateur n’a applaudi au mauvais moment tant la foule était suspendue à chaque note. Cette pièce de 10 minutes est d’ailleurs ni plus ni moins que le coeur de l’album, et trouvait tout à fait sa résonnance dans le contexte symphonique du spectacle, même sans les percussions électro de la finale.

Après une intermission de 20 minutes, Björk passe du rouge au bleu avec un costume à couper le souffle : une robe signée Emanuel Ungaro, assortie d’un collier de Junya Watanabe et d’une coiffe Gucci.

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Photo par Santiago Felipe.

À la surprise générale, ce ne sera pas la suite de Vulnicura en intégral, mais bien un retour au début du siècle avec Aurora, tirée de son album de 2001, Vespertine, puis I’ve Seen It All du film musical de Lars Von Trier, Dancer in the Dark (2000).

L’émotivité n’est plus exactement la même, mais les grandes émotions persistent, basculant du côté de la grâce. Ça se ressent d’ailleurs chez la chanteuse, qui se fait plus lumineuse, même si une certaine tristesse demeure.

Le classique Jóga suivra, puis Vertebræ by Vertebræ (tirée de Volca en 2007, et jouée pour la première fois depuis plusieurs années), deux des trois dernières chansons de Vulnicura, et l’incontournable Bachelorette en mode bolero. Étrangement, si 28 musiciens à cordes donnent généralement pour résultat une approche plus grandiloquente sur la majorité des chansons, c’est plutôt l’inverse qui se produit pour le succès de l’album Homogenic, qui fêtera d’ailleurs ses 20 ans l’an prochain. Lors de l’une de ses rares interventions entre les chansons, Björk n’a pas manqué de souligner la présence au sein de l’orchestre de trois musiciens qui avaient participé à l’enregistrement de cet album mythique.

Le rappel sera encore plus étonnant, avec Pluto, la tonitruante chanson volcanique de Homogenic aux rythmes industriels sur l’originale, complètement réinventée ici avec un jeu percussif de l’orchestre et un chant cathartique couplé d’une danse à l’avenant. La définition même de « lâcher son fou ».

Bachelorette aurait sans doute terminé la prestation de manière plus convaincante pour la foule, mais quand on y pense bien, le défoulement d’une Björk bien vivante fait une finale tout à fait appropriée dans les circonstances.

Si les derniers albums de Björk ont fait décrocher certains fans au cours des 10 ou 15 dernières années, il n’en demeure pas moins que l’artiste islandaise demeure une icône de la culture pop, qui nous a fait découvrir l’Islande bien avant Sigur Ros, Of Monsters And Men, l’éruption d’Eyjafjallajökull ou la récente tendance touristique. La voir à l’oeuvre à Iceland Airwaves revêt un cachet particulier, et sa gracieuse prestation dramatique d’une immense beauté restera à tout jamais marquée dans la riche histoire du festival, et dans l’esprit des 1800 chanceux qui ont eu l’occasion d’y assister.

Grille de chansons

Stonemilker
Lionsong
History of Touches
Black Lake
Family
Notget

Intermission

Aurora
I’ve Seen It All
Jóga
Vertebræ by Vertebræ
Quicksand
Mouth Mantra
Bachelorette

Rappel

Pluto


Nos partenaires dans cette aventure

Notre voyage en Islande est rendu possible grâce à la participation de :

– la compagnie aérienne Icelandair, qui offre depuis mai dernier des vols directs Montréal-Reykjavik.

– l’hôtel CenterHotels Arnarhvoll, hébergeur officiel d’Iceland Airwaves.

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