Animals of Distinction - FRONTERA
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FRONTERA par Animals of Distinction | Une collaboration réussie

FRONTERA de Dana Gingras est la première œuvre qui a bénéficié du programme de résidence longue durée du Centre de Création O Vertigo – CCOV. Présentée en première mondiale le mois dernier au Grand Théâtre de Québec et pour la première fois à Montréal, Dana Gingras et sa compagnie Animals of Distinction explorent à travers cette nouvelle production le concept de frontière à l’époque contemporaine.

La frontière qui appelle nos sens

Dans un décor sombre et futuriste, où résonne une trame sonore électrique et industrielle, Dana Gingras nous propose une œuvre aux influences multiples, qui mobilise des mediums variés. La musique live est assurée par Fly Pan Am. Le célèbre groupe post-rock montréalais fondé en 1996, qui fait à nouveau parler de lui après quatorze ans d’absence de la scène internationale, avec son nouvel album C’est ça sorti en septembre dernier. La conception visuelle et la scénographie sont quant à elles assurées par le collectif londonien United Visual Artists, fondé en 2003 par Matt Clark, qui impressionne par l’originalité de son travail.

*Photo par Adrien Morillo.

Ce mariage audacieux et réussi renforce le travail que proposent Dana Gingras et ses danseurs. On retiendra de cette première montréalaise la qualité de la mise en scène et les quelques moments explosifs auxquels on assiste. Il  devient parfois difficile de faire la distinction entre le réel et le fictif : les sens en éveil, les lumières stroboscopiques, la composition musicale et l’immensité de la salle y sont pour beaucoup. La mise en scène nous pousse à questionner notre propre conception de la frontière.

Les frontières que dessine le corps

« Les frontières séparent le territoire, mais passent à travers les gens. Sur les cartes elles apparaissent sous forme de fines lignes unidimensionnelles, alors que sur le terrain elles ont plusieurs dimensions. Les zones frontalières sont des frontières en profondeur, un espace autour d’une ligne, l’endroit où l’État rencontre la société et où personne ne se sent jamais chez lui. » I. William Zartman

Ces frontières qui constituent des lieux de rencontre et de séparation sont tracées par les 10 danseurs Robert Abubo, Paige Culley, Justin de Luna, Lena Demnati, Stacey Desilier, Caroline Gravel, Louise-Michel Jackson, Sovann Rochon-Prom Tep, Esther Rousseau-Morin, Mark Medrano et Koliane Rochon-Prom Tep. Ces derniers dessinent les contours et les limites de ces frontières dans une succession de courses. Les corps avancent, reculent, le rythme est mécanique et la musique de Fly Pan am se fait entrainante.

Les lasers, la machinerie et l’immensité de la scène, symboles de l’obéissance et du dévouement complet aux lois et aux règles, nous rappellent l’œuvre 1984 de Georges Orwell. Les corps contrôlés, encadrés, soumis à cette technologie et au rythme frénétique tentent ainsi de se défaire d’un quotidien qui se veut trop contraignant. On assiste à des courses, des déchirements et des moments de fragilité qui laissent la place à des corps incontrôlables, sensuels, sauvages.

Franchir les frontières

Avec un matériel chorégraphique très simple, Dana Gingras questionne ouvertement notre rapport au corps, notre rapport à l’autre et au contrôle quotidien dont nous pouvons faire l’objet. Malgré la lenteur de certains passages et les nombreuses propositions qui sont données à voir, on se laisse porter par les jeux de lumière et par le dialogue qu’entretiennent les danseurs avec les musiciens de Fly Pan am. Il faut souligner ici la grande performance des quatre musiciens, dont l’ombre se dessine à l’arrière scène tout au long du spectacle. Ces derniers proposent aux danseurs de déconstruire les frontières que l’on a l’habitude de voir et d’entendre.

On retiendra ici l’engagement et l’audace dont fait preuve Dana Gingras en s’attaquant à un sujet en constante mutation, dont les contours sont imperceptibles. FRONTERA est une œuvre qui suscite la réflexion chez le spectateur, et qui encourage à coup sûr de longues conversations sur notre rapport à ce qui constitue aujourd’hui la frontière.

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