Festival Flux 2026 – Jour 7 | Origin Stories : l’œuvre en gestation de Kim Zombik
Le Festival Flux a offert au public le rare privilège de découvrir une œuvre en pleine gestation. Origin Stories, de la musicienne jazz et artiste de poésie orale Kim Zombik, est un ambitieux projet autobiographique multidisciplinaire dont la création culminera ce printemps. Bien qu’encore présentée sous forme d’extraits, l’œuvre impressionne déjà par la force de son propos et l’exceptionnelle qualité de son interprétation. Retour sur cette soirée à la Sala Rossa.
Rencontrer son père pour la première fois à 50 ans n’est pas banal. Lorsqu’en plus ce père, qui a passé une partie de son enfance à travailler dans les plantations de coton du Mississippi, vous remet une autobiographie retraçant cette existence que vous n’avez jamais partagée avec lui, la rencontre prend une tout autre dimension.
Pour la musicienne et artiste de poésie orale Kim Zombik, cette rencontre a été la bougie d’allumage d’un élan créatif la poussant à raconter sa propre histoire, à sa manière. Cette démarche prend la forme d’une œuvre multidisciplinaire autobiographique construite autour de monologues livrés en spoken word et de pièces jazz composées avec son partenaire de création, le contrebassiste Nicolas Caloia, avec qui elle forme le duo Silvervest.
Si l’œuvre ne sera dévoilée dans son intégralité que ce printemps, les fragments présentés au Festival Flux donnaient déjà un aperçu éloquent de l’œuvre à venir.
Car l’œuvre est en devenir, certes, mais déjà étonnamment cohérente et touchante. À travers une sélection d’extraits de monologues et de pièces musicale triées sur le volet, le public a pu découvrir des récits de ségrégation, de migration et des défis de l’identité métisse dans une société qui peine encore à composer avec les nuances et préfère réduire les identités au noir ou au blanc.
Le récit comme manifeste
L’une des qualités du projet est précisément que Kim Zomik évite tout discours culpabilisant ou moralisateur. Tout passe par le récit. Le récit de jeunes filles jouant à la corde à danser, dont les claquements deviennent pour l’occasion un instrument de percussion. Celui d’une grand-mère qui évoque ses souvenirs et tente de les transmettre comme un héritage fragile.
Dans les monologues, bien qu’elle soit encore en train de s’approprier les textes, Kim Zombik s’y révèle déjà d’une remarquable justesse. Qu’elle incarne une fillette de sept ou huit ans ou encore une grand-mère se replongeant dans ses souvenirs, elle parvient à habiter pleinement ses personnages et à rendre leurs récits crédibles et touchants. On connaissait déjà ses grandes qualités d’interprète jazz, on a découvert hier un jeu d’actrice tout aussi convaincant.
Une œuvre à la croisée du jazz et du spoken word
On ne se risquera pas à prédire quelle forme exacte prendra la version finale d’Origin Stories lorsque viendra le temps de son déploiement complet, sur la base de quelques fragments. On pourrait cependant être tenté de faire un rapprochement avec la comédie musicale, puisque monologues et pièces musicales s’y entremêlent pour porter un même récit. La comparaison s’arrête toutefois là, car les compositions demeurent résolument ancrées dans le jazz et l’improvisation, plutôt que dans la musique pop et sa quête de mélodies accrocheuses.
Sur scène, réunis dans une formule Silvervest élargie en quatuor, Nicolas Caloia à la contrebasse, David Ryshpan aux claviers et Jahsun à la batterie accompagnent Zombik avec une virtuosité et une complicité remarquables. Tous quatre ont livré des interprétations d’une grande qualité, enrichies par les subtiles textures de David Ryshpan aux claviers, les techniques d’archet inventives de Nicolas Caloia à la contrebasse et les délicates fioritures de Jahsun à la batterie. Une telle finesse d’exécution ne peut naître que de musiciens solidement établis sur la scène jazz montréalaise.
S’il est encore trop tôt pour juger Origin Stories dans son ensemble, les fragments présentés dans le cadre du Festival Flux laissent entrevoir une proposition artistique singulière, ambitieuse et profondément humaine.
Le rendez-vous du printemps s’annonce assurément comme l’un des projets à surveiller de près.
Coup de cœur de la soirée
Coup de cœur à la poète et slameuse Deanna Smith, qui a ouvert la soirée avec de très beaux, et souvent comiques, poèmes sur la famille, le temps qui passe et les travers de notre société. Son poème d’ouverture, une réflexion sur la polarisation de certains discours entourant l’immigration lors de la dernière campagne électorale, s’est révélé particulièrement juste et nuancé.
Photos en vrac
Kim Zombik’s origine avec Silvervest
Christelle Saint-Julien
Deanna Smith
- Artiste(s)
- Kim Zombik, Silvervest
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- La Sala Rossa
- Catégorie(s)
- Experimental, Jazz, Poésie,













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