crédit photo: Alexandre Bussière
Ivan Boivin Flamand

Entrevue avec Ivan Boivin-Flamand | Parler le langage du coeur

Ivan Boivin-Flamand, à 28 ans seulement, virtuose époustouflant de la guitare, est considéré par beaucoup comme le Slash de la Nation atikamekw! Après une présentation au public il y a deux ans avec Set Me Free, un premier EP, Boivin-Flamand retourne vers sa langue natale pour son deuxième opus, Nitehi, qui paraît aujourd’hui même sur l’étiquette Makusham Musique.

« Mon premier projet était en anglais. Et je [l’avais conçu comme ça] parce qu’en tant qu’artiste, en tant qu’humain, je voulais être entendu », lance Ivan Boivin-Flamand en entrevue, toujours armé de son béret et de sa paire de lunettes de soleil caractéristiques. « Quand j’ouvrais la radio, la plupart des trucs que j’entendais, c’était soit en français, soit en anglais. Mais aujourd’hui, tu vois que l’industrie de la musique ouvre beaucoup plus la porte aux Autochtones, aux langues autochtones… Ça rallume en même temps notre fierté! », poursuit l’artiste.

Une décision qui, Ivan Boivin-Flamand l’espère, encouragera certains des plus jeunes membres de communautés autochtones à continuer de préserver l’héritage de leurs ancêtres. « Tu vois que chez les Innus comme chez les Atikamekws, les jeunes commencent de moins en moins à parler la langue », se désole-t-il.

ivan boivin flamand

Nitehi veut dire « mon cœur » en atikamekw, et c’est justement vers cette direction qu’Ivan Boivin-Flamand veut se diriger : on retrouve au long de l’album des textes personnels, intimes, venant parfois… de ses rêves! « J’ai entendu une phrase de Jack Kerouac [un auteur américain d’origine québécoise] qui disait que quand il rêvait, il rêvait en français. Puis moi aussi, en fait : quand je fais des rêves, c’est beaucoup en atikamekw. C’est une langue qui reste dans mon âme, c’est le langage de mon cœur. Et je trouve ça vraiment cool de pouvoir la chanter. »

« Quand j’entends la mélodie ou le texte [quand je suis sur le point d’aller dormir ou dans mes rêves], je suis pogné de l’enregistrer soit avant que je m’endorme, soit dès que je me réveille, parce que si je ne le fais pas, je vais les perdre! », ajoute-t-il en riant.

Se faire bousculer dans le studio… pour se dépasser!

Ivan Boivin-Flamand a fait appel aux services d’Hugo Perrault pour réaliser son dernier EP, une décision qui l’a poussé hors de sa zone de confort, pour le mieux. « Plus on passe du temps ensemble, avec Hugo, et plus on crée une amitié. On a de moins en moins de filtres quand on se parle », déclare Boivin-Flamand. Par exemple, sur le morceau Ni Pehoti, « Hugo Perrault m’a dit après l’enregistrement : “Je pense que tu peux faire mieux que ça.” Et je ne sais pas ce qui s’est passé dans ma tête, mais il y a eu un switch, explique l’artiste atikamekw. Je l’ai refait, Hugo a appuyé sur « Rec », et après avoir fini, il m’a dit “oh mon Dieu, Ivan, on a fait quelque chose de vraiment cool, je pense que tu t’es dépassé!” C’est ça qui est bien avec Hugo, il m’amène tout le temps à un autre niveau. »

Ivan Boivin-Flamand joue de la guitare depuis qu’il a cinq ans : il en est amoureux, geek, il connaît chaque recoin de son instrument… Il s’est prêté à l’exercice de façonner son « guitariste parfait », selon chaque caractéristique distincte.

  • On va commencer avec le meilleur tone, donc le meilleur son.

« Le meilleur son, ce serait chaleureux. Steve Lukather de Toto. »

  • Ensuite, le guitariste qui a la meilleure technicité à son instrument.

« Je dirais… John Mayer! »

  • Ok, maintenant, le modèle de guitare que tu préfères, et le guitariste qui l’a mieux adopté, si on peut dire ça comme ça.

« Ha ha ha! Je vais y aller avec… John Mayer, encore, c’est la guitare PRS. »

  • Le guitariste qui joue avec le plus de cœur?

« Ce serait Richie Sambora, de Bon Jovi. »

  • Et maintenant la présence scénique, on ne peut pas détacher ses yeux de lui quand il joue?

« Jimi Hendrix »

  • Ce guitariste parfait, avec le meilleur ton, le meilleur modèle, celui qui joue avec le plus de cœur et la plus grande technicité, il doit jouer un solo de guitare. C’est lequel?

« Je pense que ce serait le solo de Bed of Roses, de Bon Jovi, parce que c’est un solo qui, moi, m’a fait pleurer quand j’étais jeune, et la guitare sonnait justement vraiment comme une personne qui pleurait. »

Ça donnerait un sacré show, on n’en doute pas!

Une carrière déjà riche

Il y a deux ans, au festival Innu-Nikamu, à Mani-Utenam, Ivan Boivin-Flamand a réalisé un rêve : ouvrir sur scène pour Bryan Adams. Mais ça ne s’est pas limité qu’à ça : « Isabelle Longnus, ma directrice artistique, m’a appelé et m’a dit “allez, viens au backstage, Bryan t’attend, il veut te rencontrer!” J’avais ma guitare et ma pédale dans les mains, et je me souviens avoir monté les escaliers du stage avec le cœur qui pompait, se remémore Ivan Boivin-Flamand. J’étais très nerveux. »

Et pourtant : Boivin-Flamand a livré, comme à son habitude, une superbe performance, sous les yeux de Bryan Adams sur le côté de la scène. Ça nous rappelle un moment que l’on a tous vécu à l’école, jeune, quand on voulait impressionner une future conquête en surperformant, en donnant le meilleur de soi-même. Sauf que là, ce n’est pas un crush qu’Ivan Boivin-Flamand voulait impressionner, mais Bryan Adams, tout simplement!

ivan boivin flamand

Des expériences marquantes dans sa carrière, Boivin-Flamand les collectionne déjà, à 28 ans seulement, on le rappelle : le guitariste a déjà partagé la scène avec Tom Cochrane, au Canada Day d’Ottawa, Dumas ou encore Richard Séguin, en plus d’avoir également performé à la Saint-Jean-Baptiste.

« Quand je retourne dans ma communauté, et pas juste la mienne, mais aussi dans d’autres communautés atikamekws comme Wemotaci ou Obedjiwan, on me demande souvent “c’est quand, ton prochain show? Quand est-ce que tu vas faire de la TV encore?” [Je reçois] cet amour de ma nation, mais aussi dans les autres nations : il y a les Cris qui sont vraiment fiers de moi, il y a les Innus qui sont vraiment fiers de moi. C’est vraiment cool de recevoir ce love-là. »

Aujourd’hui même, Ivan Boivin-Flamand lancera son EP sur la scène du Lion d’Or, accompagné d’invités de marque comme Beyries, Anyma Ora’, de Wendake, ou encore Maten, trio innu avec qui Boivin-Flamand a déjà partagé la scène. Il reste des billets par ici!

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