Fuudge

Entrevue avec David Bujold de FUUDGE| Solo à quatre

Le groupe grunge psychédélique francophone, FUUDGE, qui s’était démarqué aux Francouvertes cette année, lance son premier EP homonyme en carrière aujourd’hui. Entrevue avec le maître d’oeuvre derrière le projet, David Bujold, chanteur et guitariste de la formation.

Le quatuor s’est produit pour la première fois sur les planches des Francouvertes lors de l’édition 2016. Les membres, tous issus de projets différents, ont été rassemblés par la main habile de David Bujold. « Olivier Laroche, le drummer, on est allé au CÉGEP ensemble et on a fait CÉGEP en spectacle. Il a même joué sur mon premier projet, BUJO. Après s’être fait lâché par un bassiste, on avait commencé à pratiquer sans basse. C’est Olivier justement qui m’a proposé Pierre-Alexandre Poirier-Guay pour le poste. Lui aussi est multi-instrumentiste. Il est vraiment un bon atout. C’est quelqu’un avec un excellent esprit critique. Quand je doute d’une décision, je l’appelle, il me donne son opinion et je l’estime beaucoup. »

« Vincent (LaBoissonnière), lui, je l’ai rencontré chez Moog Audio quand il travaillait là. Il jammait et je lui ai demandé s’il voulait être dans un band, tout simplement. Les gars sont super dévoués, je suis comblé. »

Fuudge aux Francouvertes 2016. Photo par Jean-François Leblanc.

Fuudge aux Francouvertes 2016. Photo par Jean-François Leblanc.

Le groupe a su faire ses marques aux Francouvertes, encensé par le public et le jury. Malheureusement, FUUDGE n’a pas accédé aux finales tant espérées. « On a quand même failli faire les finales. Le palmarès en théorie nous permet pas de connaître les positions en bas des trois premières, mais on a su qu’on était quatrième, à quelques points de La Famille Ouellette. En même temps, on s’arrache pas les cheveux avec ça, on a quand même soutiré beaucoup de positif, beaucoup de couvertures de presse et de visibilité, » se ravit Bujold.

 

Me, Myself and Kevin Parker

Relativement nouveaux sur la scène culturelle montréalaise, FUUDGE a sous son aile un EP de six chansons que David Bujold s’est donné comme devoir de tout composer, tout enregistrer, tout faire.

Le milieu du studio en solo ne lui est pas inconnu, pas du tout en fait, puisqu’il s’agit de sa manière de travailler depuis bon nombre d’années. « En studio, je fais tout de A à Z. Je suis multi-instrumentiste, c’est quelque chose que je fais depuis super longtemps, depuis que j’ai 16 ans. La majorité des enregistrements que j’ai faits, je les ai faits tout seul. Je prend beaucoup de plaisir à être seul dans mon studio, d’empiler les tracks une par-dessus l’autre, tout faire. C’est quelque chose qui me passionne beaucoup. »

Control freak à ses heures se plait-il à souligner, Bujold connait sa ligne directrice et n’en démord pas. Après tout, FUUDGE est à la base son projet, et toutes les décisions artistiques passent par lui.

Des fois, quand tu es dans un band démocratique, il faut que t’acceptes que chacun amène leur affaire. Il y a des idées pour lesquelles tu es convaincu, mais qui passent pas avec les autres, que tu dois laisser tomber. Dans mon projet, je n’accepterai jamais ça. Si c’est cette idée-là, c’est cette idée-là. C’est moi qui tire la locomotive, je ne veux pas faire de compromis artistiques par rapport à ça.

Toutefois, selon le chanteur, la pression d’être un artiste solo peut se faire lourde. Il trouve donc important de se présenter comme un groupe, plutôt que comme un chanteur et ses musiciens. « Je suis content d’être avec des gars qui embarquent dans le projet comme si c’était leur projet. C’est moi qui est en studio, mais live on est en band. Je tiens qu’on ait cette image-là. C’est comme Tame Impala : c’est le groupe de Kevin Parker, mais si tu ne cherches pas trop ou n’ouvres pas les pochettes d’album, Tame Impala ça passe comme les cinq. C’est sous ce modèle-là que j’aborde mon projet. »

fuudge-entrevue-02Lors du lancement du EP au Quai des Brumes le 31 mai dernier, les fans de FUUDGE qui étaient présents ont pu mettre la main sur des codes de téléchargement gratuits ou encore sur des vinyles à tarif préférentiel. Toutefois, aucun bon vieux CD en vue. L’option du vinyle est un choix bien personnel au frontman. « C’était vraiment important pour moi de faire un vinyle. Je suis un amateur du vinyle, j’en achète beaucoup, donc juste pour moi personnellement, j’y tenais. Je me suis dis aussi que le genre de personne qui serait intéressé par notre musique, serait intéressé d’acheter des vinyles. »

Le processus de création est beaucoup plus hardu que celui d’un CD, et surtout, beaucoup plus long. « J’avais pas le choix de l’avoir fini avant les Francouvertes. Ça m’a permis de montrer aux musiciens le son que je voulais vraiment et de présenter un produit fini. Je pensais pouvoir possiblement lancer le EP à l’automne dernier, mais ç’a pris plusieurs mois, juste le vinyle, » souligne Bujold.

De tous les genres

Dans le passé, le milieu grunge francophone ou québécois a mis du temps à se forger une place dans le paysage culturel québécois. De nos jours, des groupes comme Malajube ou Galaxie nous redonnent le goût du rock, et FUUDGE travaille dans la même direction. « Plusieurs générations ont écouté du rock, du Black Sabbath, du Led Zeppelin. Ma génération et leurs parents font écouter ça à leurs enfants, et ces enfants-là peuvent s’identifier à notre musique et sont contents de voir des bands qui reviennent au rock, aux sources rock, » se réjouit le chanteur.

David Bujold est pourtant bien conscient des difficultés du genre et c’est pourquoi il a choisi de ne pas respecter toutes les règles du grunge à la lettre. « C’est le mélange des genres qui va nous aider. On n’est pas purement grunge. La ligne directrice du projet au départ, c’était mélanger le grunge à la musique psychédélique. Je voyais la scène psychédélique évoluer et je me disais que dans quelques années, tout le monde ferait du psychédélique. Le genre, en ce moment, c’est la grosse affaire. Justement avec Tame Impala. Donc, on a quand même de la musique qui bûche mais avec quelque chose de plus smooth, » indique-t-il.

 

Nom commun

De sa création à aujourd’hui, FUUDGE a vu son identité changer. En effet, à leur arrivée aux Francouvertes, FUUDGE s’écrivait en fait FUDGE. « Les autres bands qui se sont appelés Fudge sont plus ou moins (ou pas) actifs. On s’était dit qu’il y aurait peu de chances qu’il y ait un conflit. Quand on a fait les Francouvertes, il y a des gars qui sont arrivés aux préliminaires, et nous ont demandé de changer de nom parce qu’ils avaient eu un band dans les années 90 qui s’appelait Fudge. Ils ne pouvaient pas vraiment nous obliger de changer de nom, ils ont simplement demandé. Pour moi, je me suis dit, on est début de carrière, c’est le temps maintenant de faire des changements. »

Les propriétaires du vinyle aux bons yeux pourront remarquer que la pochette n’affiche qu’un u, puisqu’il a été imprimé avant la modification. « Ça va rester le témoin de notre début de carrière avec un U », blague David Bujold.

 

Un été débile

Le jeune groupe aura la chance de se produire en plusieurs occasions un peu partout cet été. « On joue au FRIMAT de Val-d’Or, à la brasserie Le Prospecteur. Ça risque d’être vraiment débile! On joue après le show de Galaxie, donc ça va être du monde qui aime déjà le rock qui vont venir. On fait aussi le Festival OFF de Québec, le 9 juillet à la Méduse avec Les Goules. Ça va être débile mental! Sinon, on a d’autres plus petits shows, comme à la Zone Musique Place d’Armes. Ça risque d’être plus familial. Ou encore aux Premiers Vendredis au Stade Olympique avec Mon Doux Saigneur vers la fin de l’été. »

Ce n’est pas parce que les feuilles seront tombées que l’hiver empêchera FUUDGE de se mettre au travail. « Mon plan serait de commencer d’enregistrer l’album en novembre-décembre. Sinon, on aimerait ça peut-être se faire une petite tournée en région, plus en octobre, » annonce Bujold. Quoi qu’il en soit, tous ces projets seront assurément à surveiller.

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