Emperor et Blood Incantation au MTelus │Vénération de l’empereur retrouvé
Il aura fallu huit ans avant que les sujets d’Emperor ne les revoient en chair et en os à Montréal. Leur patience aura payé : l’expérience qu’ils ont offerte le 28 mars dernier au MTelus dans le cadre du Emperial Wrath North American Tour, avec en première partie les prodiges Blood Incantation, demeure difficile à décrire, même avec du recul.
Les fans de black metal se sont littéralement arraché les billets dès leur mise en vente en novembre 2025. Il n’était pas question de manquer sous aucun prétexte le très rare passage d’Emperor, le band du genre le plus prisé et adulé, qui risquait d’offrir le spectacle de l’année, ou d’une vie. Les Norvégiens de renom étaient passés au Spectrum en 1999, puis au Heavy Montréal, en 2018, pour ne revenir que cette année, leur rareté en faisant des légendes de surcroît.
Blood Incantation
Cette rare formule à deux bands s’est ouverte avec le phénomène américain Blood Incantation, une « bibitte » alliant death metal, métal progressif et psychédélique ambiant de façon tout à fait unique et ultra maîtrisée. Leur plus récent opus, Absolute Elsewhere, sorti en 2024, les a fait se démarquer tant qu’on a qualifié à plusieurs reprises cette œuvre de « révolutionnaire » en la matière.
Dans une performance d’une heure bien tassée, la formation a donc offert l’entièreté de cet album concept aux fans montréalais, lui qui se compose de deux très longues chansons, The Stargate et The Message, chacune divisée en trois parties, Tablet I, Tablet II et Tablet III, avant de conclure avec le « voyage » de 13 minutes qu’est Vitrification of Blood, Part 1. De grands passages planants et atmosphériques, voire envoûtants, rappelant tantôt Pink Floyd, tantôt Opeth, faisaient place à un death metal progressif lourd par des transitions parfois très nettes, parfois plus mélodiques. L’univers sonore ultra riche, composé de multiples couches, notamment grâce au clavier et au synthétiseur analogue (John Gamiño), à une batterie omniprésente et parfaite (Issac Faulk), à une voix gutturale extraordinaire (Paul Riedl), aux guitares souvent lancinantes (Paul Riedl et Morris Kolontyrsky) et à une basse assumée (Jeff Barrett), a fait de cette prestation une démonstration de savoir-faire incomparable.
Il n’y avait nul besoin de mise en scène autre que ces cinq brillants musiciens, sur qui les amateurs ont gardé les yeux rivés tout du long, dans l’attente des retrouvailles avec le monarque.
Emperor
Le tant attendu band de black metal extrême formé en 1991 par le chanteur « Ihsahn » et le guitariste « Samoth » a fait une entrée magistrale sous les cris soutenus de la salle comble. Considéré comme la sommité du genre et en détenant encore le trône à ce jour, Emperor a largué tout son étrange et toute sa sophistication en une heure et demie de pure beauté musicale et de mur de son sur une scène dénuée de tout artifice, sauf pour les éclairages de leur logo qui variaient en fonction de l’album duquel était tirée la chanson en cours. De toute façon, la fioriture, c’était eux.
Le chanteur Vegard « Ihsahn » Tveitan (dont le style s’apparente plus à un prof d’histoire sans histoire qu’à un leader de formation black metal) et ses quatre acolytes ont fait déferler les In the Wordless Chamber, The Majesty of the Nightsky, Ensorcelled by Khaos, The Loss and Curse of Reverence et Inno a Satana, notamment, après avoir ouvert avec Into the Infinity of Thoughts et avant de clore avec Ye Entrancemperium, emportant avec eux la salle en liesse et très active dans leur univers de divination et de mysticisme.
La voix « démoniaque » et éraillée d’« Ihsahn », la batterie remarquable de Trym Torson, qui se donnait corps et âme sur son imposant instrument, la guitare ensorcelante de « Samoth » et les prouesses de Tony « Secthdamon » Ingebrigtsen à la basse et de Jørgen Munkeby au clavier ont fait de cette réunion montréalaise un grand moment d’unisson et de complicité entre les membres et la foule qui en redemandait, trop connectée à son maître. Ils n’écoutaient pas un band, mais un tout, grandiose, duquel il est très difficile de faire ressortir des points négatifs.
Le seul réel bémol aura été les deux heures d’attente minimum qu’ont dû consacrer les fidèles pour se procurer les chandails et la marchandise d’Emperor, certains ayant pratiquement passé la soirée complète dans une file qui ne diminuait pas dans l’espoir qu’il reste quelque chose pour eux. Blood Incantation, qui, pour sa part aurait fait face à un pépin à la douane, ne pouvait offrir qu’une sélection très limitée de sa marchandise, le reste étant demeuré en sol étranger.
Les sujets venus en masse pour vénérer l’empereur ne sont pas prêts d’oublier cette soirée, pas plus que la sortie ultra chaotique une fois le spectacle terminé, où les milliers de fans ont pris d’assaut la rue Sainte-Catherine dans un brouhaha des plus total et où plusieurs semblaient avoir bien abusé d’un certain élixir.
Photos en vrac
Emperor
Blood Incantation
- Artiste(s)
- Blood Incantation, Emperor
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- MTELUS
- Catégorie(s)
- Black metal, Death metal, Heavy metal, Métal, Psychedelique,











































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