« Dernier tour de piste» de QW4RTZ | Deux ans pour apprendre à dire adieu
Hier soir, au Théâtre Petit Champlain, quatre silhouettes élégantes se sont placées en ligne droite face au public. Bien habillées, regards complices, postures assurées. Puis, les premières notes ont jailli, sans guitare, sans piano, sans batterie. Seulement des voix. Dernier tour de piste, de QW4RTZ, venait de commencer, et déjà la salle retenait son souffle, consciente d’assister à quelque chose de plus grand qu’un simple spectacle : le début d’un adieu étiré sur deux ans.
Dès les premières harmonies, le public est conquis. La deuxième chanson, J’irai où tu iras, signée Jean-Jacques Goldman, installe la fête. Puis, The Final Countdown d’Europe explose dans la salle comme un clin d’oeil assumé au titre de la tournée. Les voix se superposent, se répondent, se provoquent. On arrive difficilement à croire que toute cette musique ne soit que le fruit de leurs bouches. Oui, les micros amplifient, modulent, transforment un peu. Mais il n’y a aucun instrument. Rien. Juste eux. Et ce « rien » devient tout.
La magie de l’a cappella, sans filet
Ce qui frappe d’abord, c’est la précision. Chaque membre du groupe occupe une place distincte dans cet orchestre invisible. Fa2 fait vibrer la salle avec une basse si profonde qu’elle nous secoue le plexus solaire. Louis-Alexandre transforme sa bouche en batterie vivante, un beatbox d’une puissance hallucinante. François déploie une voix d’ange, claire, lumineuse, tandis que Philippe lie, structure, colore l’ensemble.
À un moment, ils (dé)construisent une chanson sous les yeux du public : le beat d’abord, puis une ligne vocale, puis un autre beat, jusqu’à ce que la mélodie surgisse, complète. Les entendre s’ajouter les uns aux autres, c’est assister à la naissance d’un monde. La beauté naît de l’addition patiente des voix. C’est de toute beauté.
Ils enchaînent Grand champion des Trois Accords, puis, J’ai vu le loup, le renard et le lièvre, popularisée par Madame Réhaume. Une chanson de pirates surgit ensuite, et des frissons parcourent la salle. À certains moments, les regards se tournent instinctivement vers la scène, tentant de déceler l’origine d’un son : lequel produit ce grâce abyssal? Qui imite cette guitare électrique? Impossible de trancher. Le mystère fait partie du charme. Et bien sûr, il y a beaucoup plus de chansons que celles nommées ici…
Le cœur en équilibre, entre fête et nostalgie
« Ça a beau être le dernier tour de piste, on va avoir du fun ce soir», lance l’un d’eux. La table est mise. Il y aura de la fête, oui, mais aussi cette petite ombre au fond des yeux. QW4RTZ annonce que cette tournée sera sa dernière. Après douze ans à rêver ce groupe, à le bâtir, à le porter, chacun prendra sa route.
La salle accuse le coup. Eux aussi. On les sent heureux, et tristes un peu. On les voit accomplis. Pour mettre un baume sur ce deuil à venir, ils rappellent qu’il reste encore deux ans de spectacles. Deux ans pour apprivoiser l’idée. Deux ans pour dire merci.
À l’écran, derrière eux, défilent les images d’un clip pendant qu’ils reprennent Harmonium. Ils y sont jeunes. Presque méconnaissables. Ils racontent une première au Grand Théâtre de Québec, un 17 avril gravé dans leur mémoire. Les gars s’aiment. Ça se voit. Dans leurs yeux, il y a de l’admiration, une gratitude mutuelle. Ce n’est pas seulement un groupe qui se sépare, c’est une amitié qui change de forme.
Des sommets d’émotion
Quand résonne La tribu de Dana de Manau, la foule s’enflamme. Les mains frappent, les voix s’unissent. Ils expliquent que certaines chansons sont presque impossibles à faire a cappella. Puis ils en livrent une, défiant la logique. La puissance est telle qu’elle arrache une admiration complète. Le corps réagit à la beauté comme à un feu d’artifices : le cœur serre, les poils se dressent.
Après une pause d’une quinzaine de minutes, ils reviennent avec Papaoutai de Stromae. Le public chante avec eux. Eux dansent, bougent sans cesse. Chacun a sa gourde d’eau : on comprend l’effort colossal derrière cette performance physique et vocale.
Puis vient Hallelujah de Leonard Cohen. Le silence se fait religieusement. On pourrait entendre une mouche voler tant l’admiration est perceptible. Les voix s’élèvent, pures, habitées. Le moment est chargé d’émotion. La salle retient son souffle à l’unisson.
Ils glissent ensuite vers un medley de Mika, puis ramènent une énergie de bar, de boumboum nocturne, comme aux soirs où la musique nous faisait oublier le temps. Et finalement, Fix You, de Coldplay. Une chanson qui répare un peu, qui rassemble. Ils remercient la salle, leur équipe, leur public. Pas seulement pour ce soir. Pour ces douze années.
Un dessert qu’on savoure à petites bouchées
C’était leur première fois au Théâtre Petit Champlain. Une salle intime pour un spectacle grandiose. QW4RTZ fait quelque chose d’unique. Une proposition artistique rare, où la voix humaine devient instrument total, terrain de jeu infini.
Il y a dans cette tournée quelque chose d’étrange et de précieux. Comme un dessert qu’on adore, mais qu’on mange lentement, à petites bouchées, pour retarder la dernière. Pendant deux ans, ils vivront ces micro-deuils avec leur public, représentation après représentation. Chaque soir sera à la fois célébration et compte à rebours.
Il faut profiter de la possibilité de les voir avant que ce soit terminé. Parce que ce qu’ils offrent dépasse la performance technique. C’est une démonstration d’amitié, de persévérance, de rêve réalisé. C’est la preuve que quatre voix peuvent remplir une salle, un coeur, une mémoire.
Et quand les lumières se rallument, il reste cette sensation persistante : avoir été témoin d’un moment vrai. Grand. Inoubliable.
Photos en vrac
- Artiste(s)
- QW4RTZ
- Ville(s)
- Québec
- Salle(s)
- Théâtre Petit Champlain
- Catégorie(s)
- Hommage, Pop,
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