Philémon Cimon
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Coup de coeur francophone 2019 – Jour 8 | Jérôme Minière et Philémon Cimon : Deux spectacles solo, deux approches distinctes

Le Cabaret Lion d’or accueillait jeudi soir deux auteurs-compositeurs-interprètes de qualité qui présentaient tous deux un spectacle solo. Mais le moins qu’on puisse dire, c’est que Jérôme Minière et Philémon Cimon n’ont pas exactement la même approche quand vient le temps de présenter, seuls sur scène, les chansons de leur répertoire.

Jérôme Minière est un vétéran de la chanson. Et il admet d’emblée, à la blague, qu’il a fait le tour du jardin, si bien qu’il s’est « retiré de la musique », se définit désormais comme un « coach » et nous présentait hier soir sa « conférence ».

Vous aurez compris que c’est un subterfuge typiquement Minièresque, une façon humoristique de brasser un peu la soupe et proposer un spectacle un peu différent dans sa forme.

Après quelques sketchs loufoques critiquant avec ironie l’obsession d’être productif, il nous vante les mérites du principe de la « farniente », ou si vous préférez, de la douce oisiveté, mise en scène parfaite pour nous interpréter des chansons sur le « rien » et le « vide ».

S’il se présente seul sur scène, il a tout de même un complice très présent : son ingénieur de son. Puisque le spectacle intitulé Duplicatas se veut, au final, une interprétation minimaliste des chansons de ses deux récents albums, Dans la forêt numérique et Une clairière, et de quelques autres titres, avec appuis visuels et accompagnements sonores pré-enregistrés.

Il va notamment s’appeler lui-même dans le passé (!), afin de chanter en direct sur une trame vidéo de lui en train de jouer de la guitare dans le passé.

Son spectacle regorge de flashs comme celui-là, mais le concept (très très présent au début) laisse progressivement la place à un spectacle de chansons au fil de la performance. On y entendra notamment Le Vrai Le Faux, une chanson qu’il estime avoir écrite trop tôt, puisqu’elle traduit une réalité autrement plus présente aujourd’hui, à l’ère du fake news. « Si j’arrivais avec cette chanson-là aujourd’hui, je serais une vedette! », lance-t-il avec une charmante auto-dérision.

Derrière son côté bouffon pince-sans-rire qui trippe sur les robots et les stunts, Jérôme Minière demeure l’une de nos plumes les plus sensibles et poétiques, et il sait encore nous le partager sur scène, que ce soit avec les anecdotes qui ponctuent les vieilles vidéos en Super8 qu’il nous présente de son passé, ou en laissant les textes de certaines de ses chansons parler pour lui.

 

Philémon, Jésus et les Éboulements

L’approche de Philémon Cimon est plus frontale, sans flafla. Il se présente seul sur scène sans bidouillages, sans support vidéo, sans « conférence », avec la même guitare sèche pour tout son set, et un décor qui consiste en trois panneaux apparemment peints par sa tante.

On pourrait dire qu’il est en mode terroir, Philémon. En phase avec ses racines. Plus tôt cette année, il nous avait pondu un quatrième album à l’avenant. Un disque d’une simplicité désarmante, sans arrangements encombrants, avec des prises de son d’une pureté brute.

Comme son titre l’indique, il y est question de son Pays, de Saint-Joseph-de-la-Rive, des propos de sa grand-mère Lucile. Il y est question des films de Pierre Perrault, de la Bible, de la messe et de Jésus, et cet album sent le vieux bois d’église et l’air frais de Charlevoix.

Avec sa chevelure digne du Messie et sa barbiche négligée, on sent qu’il n’a pas l’esprit aux artifices. Son langage corporel décontracté n’a rien de la présence nerveuse de gamin excité de Jérôme Minière. Ses anecdotes entre les chansons sont parfois confuses, mais non moins charmantes. Sans armure, il se dévoile avec une sincérité et une vulnérabilité touchantes. Ça se ressent aussi dans l’interprétation imparfaite mais authentique de plusieurs titres, dont la joliment vieillotte Les Éboulements, récit en partie historique chanté par sa grand-mère, jadis.

Prié de faire un rappel même s’il jouait en premier, Philémon a sondé le public, qui a chaleureusement demandé l’entraînante Latte Chumey pour conclure sur une note rythmée une prestation autrement assez intime et posée.

Belle idée de Coup de coeur francophone de rassembler ces deux artistes aux parcours et aux approches presque à l’opposé, mais que la poésie et le soin des mots relient.

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