crédit photo: Marc-André Mongrain
Sarah McLachlan

Bluesfest d’Ottawa 2022 – Jour 1 | Sarah McLachlan, Slafkovsky et les années 1990

« Je peux pas croire que le Canadien repêche au tout premier rang pour la première fois en 40 ans, et moi je dois me taper un spectacle de Sarah McLachlan », me disais-je en considérant pour une rare fois avoir choisi le mauvais métier.

Ok, peut-être pas. Mais ça fait une bonne amorce.

La vérité, c’est qu’au moment même où Kent Hughes choisissait un joueur slovaque au nom imprononçable, nous on s’amusait ferme à découvrir la Torontoise Deanna Petcoff, dont on ne connaissait à peu près rien. Quelques recherches nous indiquaient qu’elle prétendait faire des « happy songs about sad things » et qu’elle avait grandi en admirant Bowie et Patti Smith. Ça augure bien.

C’était certainement notre surprise préférée de ce premier vendredi soir du Bluesfest d’Ottawa, qui revenait aux plaines Lebreton après trois ans d’attente, comme la plupart des autres festivals.

Petcoff écrit des chansons somme toute assez personnelles et intimes, des histoires d’amourettes qui fonctionnent, qui boitent, qui flétrissent, mais dans un enrobage musical indie rock fort convaincant, et avec une dégaine semi-nonchalante à la Alvvays. Franchement très charmant.

Elle a même raconté, entre deux chansons, avoir eu l’inspiration pour l’une d’elle après avoir eu un étrange rêve dans lequel tous ses ex étaient des plantes, et qu’elles mouraient toutes une par une parce qu’elle ne les arrosait pas assez. On prend l’inspiration où on peut.

Pour celleux que ça intéresse, POP Montréal l’a programmée à la Casa Del Popolo avec Gulfer, PACKS, JayWood et Sister Ray le 30 septembre. Belle soirée en perspective.

En plus de ses propres chansons, elle a offert une reprise plutôt amusante de If It Makes You Happy de Sheryl Crow. La foule, d’abord extrêmement réduite, mais progressivement de plus en plus fournie, a apprécié ce moment de familiarité. Même si en général, ses chansons à elle faisaient très bonne figure, notamment la très accrocheuse Trash Bag, qu’on avait envie d’aller réécouter sur YouTube à notre retour au bercail.

Les reprises

Parlons reprises, justement. La récipiendaire du prix Juno de la découverte de l’année, Jessia, y est allée, elle, d’une petite trempette dans le répertoire d’Avril Lavigne, avec I’m With You, comme elle l’avait fait lors des Retrouvailles Osheaga en octobre dernier. Relecture assez fidèle à l’original, sans ironie ni réinvention.

Ça en dit beaucoup sur un.e artiste, le choix de reprise. Et en même temps, des fois, on peut se demander ce que ça dit vraiment.

Le groupe australien Ocean Alley, qui fusionne un genre de yacht rock, du reggae et du rock psyché, a chanté Baby Come Back, chanson à succès de 1977 du one-hit wonder Player. Puisque toutes les adolescentes présentes étaient en pâmoison devant le beau chanteur Baden Donegal, ça tombait sous le sens. Ça fait partie du tour de charme.

Alessia Cara a choisi Fix You de Coldplay, et bien que c’était plutôt joli, on ne sait pas trop ce que ça nous aide à comprendre d’elle, si ce n’est que l’étendu de ses intérêts musicaux, surtout quand on considère qu’elle portait un gaminet du groupe psych-rock britannique des années 1960, The Zombies, et que son premier hit à vie, Here, s’articule autour d’un sample de la chanson Ike’s Rap II d’Isaac Hayes (que plusieurs reconnaissent davantage comme l’air principal de Glory Box de Portishead).

Pour en revenir à Jessia, elle fait partie de cette nouvelle génération de chanteuses pop canadiennes qui s’inspirent un peu du rock alternatif, et beaucoup de l’écriture pop bubblegum. Véritable boule d’énergie, elle se promène beaucoup sur scène, interagit beaucoup avec le public, et mentionne beaucoup TikTok (véhicule duquel elle tient sa popularité).

Elle avait d’ailleurs un invité spécial : Elijah Woods, qui aurait apparemment beaucoup contribué à la faire connaître sur les réseaux sociaux, grâce à leur chanson commune First Night, qu’ils ont interprétée ensemble sur scène. Au grand plaisir de ces deux fans de la première heure, apparemment :

Jessia est encore toute nouvelle sur la scène canadienne, mais elle aurait beaucoup à apprendre d’Alessia Cara, dont la performance scénique est beaucoup plus naturelle, tout comme l’usage de sa voix.

Charismatique, bien en voix, très cool et décontractée, elle navigue à travers son spectacle avec l’assurance d’une vétérane. C’est assez beau à voir.

 

Et Sarah McLachlan dans tout ça ?

Ah oui, la tête d’affiche de ce premier soir d’un Bluesfest d’Ottawa à la programmation très marquée par les années 1990, c’était Sarah McLachlan.

Bon coup de la part du festival quand on considère la foule assez fournie rassemblée devant la grande scène.

Mais pour toute la qualité de son écriture et l’importance de sa voix dans l’histoire de la chanson canadienne, force est d’admettre que c’est pas avec Sarah McLachlan qu’on lance un festival sur les chapeaux de roue.

Dès le départ, en lançant ses succès Building a Mystery, I Will Remember You et Adia, on se disait qu’elle en avait des chansons connues, et que la fin de soirée serait somme toute agréable, ne serait-ce qu’en raison de la familiarité de ses compositions.

Sauf que voilà, ça se poursuit, c’est doux, et joli, et bien interprété… Elle est gentille et resplendissante, et la mise en scène est minimaliste (un écran derrière elle a projeté son nom toute la soirée).

C’est élégant, et honnête, et…  À la longue, ça devient un peu lisse et ennuyant.

C’était sans artifice, et bien honnêtement, on aurait pris un peu d’artifice pour que ça lève un peu plus.

Alors on a triché un peu en bifurquant du côté de la scène Sirius, non loin de là, pour se plonger un peu dans l’ambiance du spectacle de Bombino, pour les quelques 20 dernières minutes qui leur restait.

Il devait y avoir, à vue de nez, peut-être 150 personnes sous le petit toit de cette scène secondaire.

Et pourtant, le party était POGNÉ !

Un contraste total avec le parterre plein mais tranquille juste de l’autre côté.

Bombino et ses musiciens virtuoses ont complètement renversé la petite foule avec leur électrisant blues touareg déjanté.

De retour ensuite du côté de la grande scène, le concert de McLachlan se poursuivait, et on a pu entendre Sweet Surrender en quittant les lieux.

Ce n’est peut-être pas le début le plus électrisant que le Bluesfest ait connu en 28 ans d’existence. Mais en sous-carte et sur les scènes secondaires, il y avait de quoi vivre une belle soirée.

Ça se poursuit vendredi soir avec Jack Johnson, qui semble encore une fois avoir donné un spectacle tranquille mais honnête au FEQ hier, et Tash Sultana, à qui le FIJM avait donné son spectacle d’ouverture.

On optera peut-être une fois de plus pour les scènes secondaires, avec The New Pornographers, Jeremy Dutcher et Tami Neilson.

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