crédit photo: Ulric Collette
Bleu Jeans Bleu

Bleu Jeans Bleu à l’Impérial Bell | Danser pour ne pas s’éteindre

Hier soir, à l’Impérial, la scène s’est teintée d’un bleu assumé, presque revendiqué. Bleu Jeans Bleu y présentait son plus récent spectacle, porté par un cinquième album et une ferveur intacte. Dès les premières minutes, une évidence s’imposait : le groupe a ses fans finis. Ceux qui connaissent chaque parole, chaque intonation, chaque silence entre deux refrains. Ceux qui n’attendent pas qu’on leur tende le micro pour chanter. Il y avait beaucoup de jeunes dans la salle, mais aussi des visages de tous les âges, réunis par ce besoin simple de chanter ensemble.

Sur scène, le chanteur s’est avancé, chapeau bien vissé, ce chapeau que tout le monde reconnait, et a lancé : « Bonsoir, Québec! Esti qu’on est content d’être icitte. » La phrase a déclenché une clameur immédiate. Derrière le groupe, un gigantesque V illuminé dominait le décor, comme un symbole de victoire tranquille. Pourtant, malgré l’énergie musicale indéniable, le chanteur ne semblait pas toujours parfaitement à l’aise dans les échanges parlés avec la foule. Les mots entre les chansons cherchaient parfois leur rythme. Mais dès que la musique reprenait ses droits, tout redevenait fluide.

Il y a eu un moment étrange où quelqu’un du public a demandé à des spectateurs de s’asseoir parce qu’ils empêchaient la vue. Paradoxe d’un concert où l’on vient précisément pour chanter et danser. Rester immobile aurait trahi l’esprit de la soirée. Car quand les premières notes de Vibraslap ont retenti, pièce instrumentale devenue culte, la salle entière semblait la connaître. La foule était hystérique. Les corps sautaient, les bras se levaient, les sourires se répondaient d’un coté à l’autre de la salle.

Rappelons que leur numéro s’est ouvert tout en notes avec Ton chat, puis Scotch & poches au piano, clin d’oeil complice qui a immédiatement soudé la salle. Le groupe a enchainé les titres avec capacité à mêler autodérision et sincérité. Entre deux blagues, il a été question du désir de bien vieillir à deux. Vieillir, oui, mais sans se figer. Vieillir en gardant le mouvement. Puis, un medley a fait exploser l’enthousiasme : la foule était réellement heureuse d’être là. On sentait un attachement qui dépasse la simple appréciation musicale. Et il aura fallu patienter jusqu’aux dernières chansons pour entendre leur succès incontournable, Coton ouaté, accueilli chaleureusement par la foule.

Ce qui frappe chez Bleu Jeans Bleu, c’est cette façon de ne pas se prendre trop au sérieux, tout en prenant très au sérieux le plaisir partagé. Ils chantent, ils lancent des blagues, ils se regardent entre eux avec un enthousiasme visible. Les membres du groupe sont heureux de nous offrir leurs mots… Et cette joie-là, quand elle n’est pas fabriquée, se transmet sans effort.

En première partie, Émile Bourgault a offert un contraste délicat. Voix douce, présence calme, il a su installer une bulle avant la déferlante bleue. Entre ses chansons, quelques blagues, dont cette remarque lancée avec un sourire : « Une première partie, au fond, c’est fait pour divertir. » Mission accomplie. Son univers, plus feutré, préparait le terrain sans l’écraser.

Somme toute, la soirée à l’Impérial aura confirmé une chose : certains groupes créent des chansons, d’autres créent un sentiment d’appartenance. Bleu Jeans Bleu appartient à cette deuxième catégorie. Dans un monde qui va vite, qui divise, qui exige, il est parfois salutaire de simplement chanter fort, danser sans retenue et se rappeler que la musique peut encore rassembler, toutes générations confondues.

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