Kent Nagano

40e Festival de Lanaudière | Ouverture faste avec Kent Nagano et Alain Lefèvre

Malgré un temps chagrin, le 40e Festival de Lanaudière s’est ouvert dans une ambiance tout ce qu’il y a de plus solennelle. « Je m’appelle Kent Nagano », est venu dire au micro en mots de bienvenue le chef de l’Orchestre symphonique de Montréal. Cheveux plus courts que d’habitude, en veston blanc comme ses musiciens normalement en noir, le chef tant aimé de l’OSM n’avait pas manqué d’alimenter les propos d’une rangée à l’autre par la nouvelle de son départ en 2020. Façon de dire: profitons-en bien!

En guise d’œuvre créée à son répertoire en 2014, l’OSM offrait en début de soirée le trop court A Globe Itself Infolding du compositeur et chef d’orchestre montréalais Samy Moussa. Présent dans le public, mais peu connu ici, le jeune musicien né en 1984 à Montréal-Nord mène une carrière très enviable en Europe, principalement en Allemagne où il habite. Le Deutsches Sinfonie Orchester de Berlin a déjà joué de ses œuvres qui comptent même deux opéras créés aux Biennales de Munich en 2010 et en 2014.

Tout en douceur, avec langueur même, A Globe Itself Infolding est une œuvre de 10 minutes pour orgue et orchestre défendue avec brio par Jean-Willy Kunz, premier organiste en résidence de l’OSM et responsable de la mise en valeur du Grand Orgue Pierre-Béique de la Maison symphonique. Professeur au Conservatoire de musique de Montréal de surcroît, il a remporté un prix Juno en avril dernier avec son disque Symphonie et créations pour orgue et orchestre, paru sous la prestigieuse étiquette Analekta.

Alain Lefèvre au piano et <a href='/artiste/kent-nagano/' >Kent Nagano</a> au Festival de Lanaudière. Crédit photo: Cristina Alonso

Alain Lefèvre au piano et Kent Nagano au Festival de Lanaudière. Crédit photo: Cristina Alonso

Puis, il aura fallu une brève pause pour faire entrer triomphalement sur scène et lui dégager un espace le sublime piano noir Yamaha sur lequel jouera le grand pianiste de renommée internationale Alain Lefèvre, avec le Concerto pour piano en sol majeur de Maurice Ravel.

Mais, avant d’aller se mettre au piano, Alain Lefèvre a tenu lui aussi à s’adresser au public, livrant un véritable réquisitoire à la défense de la musique classique. Il a même parlé de « génocide culturel » à propos du manque d’intérêt grandissant par les radios et le marché du disque pour la musique classique.

Lui qui a été ambassadeur artistique du Festival de Lanaudière pendant 11 années disait avoir « le cœur gros » en cédant sa place à Grégory Charles. Devant la « pression difficile » qu’exercent les musiques actuelles, il n’a pas manqué d’évoquer « la passion » du Père Fernand-Lindsay qui a toujours mis tout son cœur et son amour de la musique classique au service de ce Festival qui compte encore parmi les plus grands au monde.

Alain Lefèvre ensuite, le dos voûté, penché sur son piano, gardant au plus près un mouchoir pour éponger son front ruisselant, a livré une performance absolument remarquable avec ce Ravel qui n’est pas facile à interpréter. Lui qui a joué avec les plus grands orchestres, cherchant toujours à favoriser les talents québécois, aura réussi à ressusciter la musique oubliée ou boudée du compositeur André Mathieu, transportant son œuvre jusqu’au Carnegie Hall de New York.

La soirée se terminait tout en beauté avec Gustav Mahler et le grand bonheur que procure l’exécution de sa Symphonie no 5, avec ses cinq mouvements. Tantôt bercé, tantôt brusqué, soumis à la force d’une violence indomptable côtoyant la volupté, le public répond dès le début à la trompette élancée dans l’air comme dans un appel aux vivants.

Du Kent Nagano affable et souriant en présentation, le chef d’orchestre, absorbé par chaque note et sa suivante, dirige ses musiciens avec une sévérité dans les traits du visage et une fermeté d’où émane toute la profondeur d’un Mahler toujours aussi tourmenté et insatisfait. Le résultat procure un mariage d’amour musical qui frise la perfection.

Le Festival de Lanaudière se poursuit jusqu’au 6 août, non seulement avec les plus grands noms à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay, auréolé de mystère avec ses 2000 places assises et le double sur sa fameuse pelouse en pente, mais aussi dans plusieurs églises de la région de Lanaudière. C’est donc de la chaleur de l’accueil de toute une région dont tous profiteront, à commencer par les mélomanes qui ne renonceront jamais à la grande musique, nourrissant par leur ferveur l’espoir d’attirer un plus jeune public.


* Photo de Kent Nagano en couverture. Crédit: Cristina Alonso

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