crédit photo: David Wong
Squat

SQUAT à l’Agora de la danse | Posture de résistance

La performance SQUAT, inventée par la chorégraphe Kim-Sanh Châu, est présentée à l’Agora de la danse jusqu’au 21 mars. Quatre corps toniques aux jambes dénudées se mouvant agilement, le plus lentement du monde en guise d’esthétisme. Puis un enchaînement étonnant où l’écorce des fruits devient le défi ultime à tout rompre, à la force collectives des membres.

Sous un plafond rose rouge pétant gronde une musique techno. Sur scène, chaque angle est circonscrit par quatre clémentines. Étrangeté fruitière. L’une après l’autre, quatre athlètes portant short coloré et haut diaphane font leur apparition. Une tenue vaporeuse divergeant de celle du gym traditionnel. Chacune se meut doucement, sans fuite inutile d’énergie, comme si l’économie de l’effort par la perte de sueur transgresserait la règle de leur démarche. Avec grâce et sensualité, quatre corps se déplacent du haut vers le sol, recréant à chaque fois la posture aérobique du squat, chacune pour soi.

squat by david wong 3 1024x576

Puis advient ce rapprochement subtil graduel des silhouettes en mouvance. Un pas vers l’autre, d’un instant suspendu à l’autre. Deux à deux, le squat devient plus malléable. Adoption d’une pause combinée, jambes enlacées en soutien vertical. L’effet levier pour alléger la posture qui devient à la longue génératrice du tremblement des quadriceps. On assiste à un enchaînement presque tendre, câlin par la fusion des êtres. Le squat en solo perd son pouvoir pour cette formation à deux.

Les derniers moments réservent une détente sans jamais laisser l’effort du squat de côté. La musique change, une ambiance plus légère règne. Soudain souriantes, Alida Esmail, Kim-Sanh Châu, Louise Michel Jackson, Winnie Ho partagent une idée fixe : faire voler en éclat l’écorce d’un pamplemousse. Pour y arriver, tous les moyens sont envisagées dans la drôlerie. Prendre l’agrume en tenailles entre les cuisses, le presser à plusieurs corps. Rien n’y fait !

Changement de fruit, le cantaloup résistera-t-il à la pression des corps ? À force d’inventivité, sa chair sera délivrée, récompense des squatteuses. S’emparant chacune d’un presse-jus électrique, leur jubilation s’exprime en position squat sur l’appareil. Mouvement exploratoire de la domination humaine sur la machine ? À chacun son décodage.

Avec SQUAT, la Compagnie MIDLAND extrait un thème universel : celui de l’effort dans le contrôle du corps et le dépassement par l’activation musculaire. Si par moment, quelques longueurs s’invitent, la réflexion n’en est que plus intense. La solitude d’être corps dans une collectivité centrée sur le moi. La quête de la jeunesse et de son jus vitaminé.

Quoiqu’il en soit, le squat ainsi décortiqué laisse place à tout un pan d’imaginaire asiatique de la lenteur, clé de l’exercice du taï-chi. Une heure méditative dont la finale sur l’air de Hole in my Soul de l’artiste montréalais Chuong constitue un moment de parfait laisser-aller. Corps et âme.

À voir ce soir (jeudi 19 mars) ou vendredi à 19h, ou encore samedi après-midi à 16h. Détails et billets par ici.

Événements à venir

Vos commentaires