Seu Jorge
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Seu Jorge: A Life Aquatic Tribute to David Bowie | Des vagues de beaux hommages

Seu Jorge n’a montré aucune volonté de se dissocier du film La Vie aquatique (The Life Aquatic with Steve Zissou) de Wes Anderson qui a fait naître son album de reprises de David Bowie en 2005. Au contraire, en alliant l’esthétique du film, les classiques de Bowie et le talent de les revisiter en portugais, le brésilien a réussi à convaincre du même coup les fans du réalisateur, ceux de Bowie et les siens. À voir le parterre parsemé de tuques rouges et tenues en jean pâle (comme celle de l’équipage du Belafonte dans le film), il semblerait que le public était fait d’initiés…

 

Une mise en contexte nécessaire

Cette tournée nord-américaine a une histoire riche. Assez pour nécessiter une introduction, et c’est ce qui s’est passé juste avant le spectacle. Un présentateur (coiffé lui aussi d’une tuque rouge) est donc venu résumer la naissance du projet qui remonte en 2003, quand Wes Anderson a commandé à Seu Jorge des reprises de David Bowie et lui a proposé un rôle dans son film. Le projet est devenu un album, pour aboutir aujourd’hui à une tournée hommage.

À l’ouverture des rideaux de théâtre, l’extase du public se laisse entendre. Fidèle au grand esthétisme du long-métrage, le décor est signé par deux directeurs artistiques du film. La scène est ainsi agencée pour embarquer le spectateur à bord du Belafonte : bouée de sauvetage, rames en bois, filet de pêche, et lumières de phares de part et d’autre de la scène. Au centre, Seu Jorge s’installe sur sa plateforme comme sur le pont d’un bateau. Il porte l’uniforme de l’équipage du Capitaine Zissou et, en français, salue la salle d’un « Bonsoir Montréal » qui a surpris le public et visiblement charmé quelques demoiselles qui se sont cassé la voix dans les aigus.

Guitare-voix et bossa nova

Chanté d’une voix forte, c’est le morceau Ziggy Stardust qui ouvre le bal. En toile de fond, le visage de Ziggy et son légendaire éclair se profile en ombre. Puis Seu Jorge prend le temps d’expliquer avec humour, et toujours en français, la genèse de l’histoire : comment Wes Anderson a interrompu sa partie de PlayStation lorsqu’il lui a téléphoné en lui demandant s’il connaissait le répertoire de Bowie. Comment à l’époque, du fond de son Rio natal, sa connaissance du répertoire de l’artiste se limitait presque à Let’s Dance. Et comment sa première réaction a été la crainte d’abîmer les classiques. Seu finira l’anecdote quelques chansons plus tard : arrivé sur le tournage en Italie en ayant travaillé deux chansons sur les quatorze demandées, il a dû improviser Rebel Rebel; instantanément devenu une pièce héroïque de bossa nova après avoir supplié les cieux de l’aider.

Déjà les grands classiques Ziggy Stardust, Changes, Rebel Rebel, Starman et Suffragette City sont passés, mais c’est largement Space Oddity qui remporte les applaudissements les plus chaleureux du public. L’interprétation était en effet magistralement menée, avec toute l’émotion des voix gorgées de soleil. Tout au long du concert, la prestance de l’artiste se confirme et sa réécriture aux codes brésiliens donne un jour nouveau aux classiques, sans les abîmer.

Un personnage attachant

Seu Jorge aura bien fait rire la foule avec ses anecdotes ponctuées de charmants « poutain merrrde » et son thé trop chaud. Sur un ton encore plus personnel, il raconte juste avant de sortir de scène que la mort de son père et de Bowie se sont produites au cours de la même semaine. Son souhait : que son père et Bowie chillent ensemble sur Mars. Et c’est bien sûr un fin moyen d’enchainer sur Life on Mars.

Seu quitte la scène et le public se lève pour l’acclamer debout.

Après le rappel, le public découvre une intrigante projection de rideau de théâtre. Un rire bienveillant s’empare du public face à la régie qui a eu bien du mal à faire disparaître de l’écran les commandes du lecteur Windows.

Seu Jorge reparaît et la souris presse lecture. Tandis qu’il entonne When I Live My Dream, le public applaudit la régie qui réussit enfin à masquer le menu de lecture. À l’écran, des images du film défilent dans une version stylisée. C’est ensuite un portrait en noir et blanc de David Bowie qui restera l’image finale. Alors que le public est à nouveau debout, la vraie version de Let’s Dance sort des haut-parleurs comme pour laisser la place au maître.


Sans trop extrapoler, quand on pense que le film La Vie aquatique était un hommage à l’explorateur Jacques-Yves Cousteau, et que la tournée de Seu Jorge est un hommage à David Bowie, on cumule les hommages de manière inattendue. Et pourtant, l’obsession de Cousteau pour les fonds marins ne rejoint-elle pas la fascination de Bowie pour l’infini du cosmos? Seu Jorge réussit en tout cas savamment à lier des univers a priori éloignés tout en appelant à la rêverie.

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