Manifesto de Stephanie Lake Company au Théâtre Maisonneuve | Que battent tambours et pieds !
C’est un tourbillon, plutôt un maelström australien de percussions et corps en parfaite harmonie que Danse Danse est allée chercher jusqu’à Melbourne, fief de la chorégraphe Stephanie Lake. Sur scène, 18 artistes dans un univers compact de neuf batteurs donnant le ton et la vibration interne à neuf danseurs possédés par la puissance percussive. Renversante expérience dont on se rappelle jusqu’au lendemain…
Premières secondes sur fond rose chewing gum. Une estrade murale supporte une bande de batteurs et batteuses vêtue de noir aux allures disparates. Premiers balbutiements d’étonnement se prolongeant avec l’arrivée – à priori calme et toute en retenue – de neuf danseurs paisibles sur leur chaise, comme endormis, avant le « lever des tambours ». Et quel réveil ! La fratrie de percussionnistes éclairée par un jeu de lumières vif frappe de toute leur force sur la peau de leur instrument. On en vibre dans la salle du Théâtre Maisonneuve tellement la secousse est forte. À la répétition de ce fracas contrôlé, les corps se meuvent et s’agitent dans une série de mouvements, entre agilité et athlétisme esthétique. Certaines postures dansées s’apparentent à des prouesses d’arts martiaux et de power yoga extrême sans lenteur, ni salutations au soleil. La rapidité des tambours ensorcelle les pas des danseurs dans une interaction tonique grâce aux compositions orchestrées par Robin Fox, également batteur parmi les neuf.
Ce Manifesto d’une heure intense opère comme un coup de vent, une folie de liberté terrienne. Tous les éléments en action traversent les danseurs qui à tour de rôle, feront figure solo, dans des styles hétéroclites. Celui du danseur Robert Tinning, désinvolte avec sa crinière rasta de feu, ira jusqu’à montrer le profil de son postérieur lors d’une course dingue auxquels se prêtent ses pairs comme des jeunes faisant l’école buissonnière. Adoptant des pauses similaires à la capoeira, il démontre une robustesse physique et une aisance à soulever du sol ses comparses, filles comme garçons, quelles que soient les corpulences. Acteur et séducteur, il se tourne vers chaque membre de la famille des batteries en leur adressant son plus beau sourire, ses adorables formes de cœur du bout des doigts. Craquant.
Autre étoile de l’étourdissante performance, la danseuse Tra Mi Dinh se distingue par sa chevelure ébène blonde volant au gré de ses mouvements puissants tout en grâce. Son corps transcende la danse et son contrôle chorégraphié, s’abandonnant à une exécution physique féline intrinsèque. Elle passe de la lenteur à la frénésie, imperturbable visage de déesse hors du temps. Empruntant des gestes inspirés du hip-hop, la jeune femme s’amuse dans son ballet d’évanescence au parfum de jeunesse.
Avant de clore la saison, Danse Danse a « tapé fort » avec cette trouvaille du pays des kangourous. Une invitation thérapeutique pour nous sortir de la torpeur par la vitalité de tambours et danseurs accordant leur art en un seul mouvement : la manifestation de vivre.
- Artiste(s)
- Manifesto Stephanie - Lake
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Théâtre Maisonneuve
- Catégorie(s)
- Danse, Performance,
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