We Are Wolves

Les deux loups de We Are Wolves nous parlent des 20 ans de « Non-stop je te plie en deux »

We Are Wolves célèbre les 20 ans de sa consécration, leur album Non-stop je te plie en deux, premier en carrière, avec une tournée-anniversaire qui passera demain par Montréal, au Ausgang Plaza.

Un enregistrement éparpillé, presque chaotique, étalé sur deux ans. Une signature inattendue avec un label américain de blues, qui lâchera le groupe dès le deuxième album. Un disque envisagé comme un projet d’art, un collage quasi expérimental, suite logique du parcours des membres issus du milieu de l’art visuel. Tous les ingrédients n’étaient pas forcément réunis pour que We Are Wolves perdure dans le temps… et pourtant.

« Honnêtement, je ne pense pas qu’on s’imaginait faire ça l’année d’après », dit Vincent Lévesque, claviériste et chanteur de We Are Wolves. « Notre premier album, pour nous, c’est quasiment plus un démo, à la limite. On a mis un paquet de chansons ensemble, enregistrées un peu en catastrophe à droite, à gauche. Donc non, on n’avait jamais imaginé que 20 ans après, on serait toujours aussi pauvres, sinon plus! » répond Alexander Ortiz, qui s’occupe à la fois de la basse, de la guitare et d’une partie du chant dans le groupe.

* We Are Wolves au Divan Orange, en 2016. Photo par Carmen Rachiteanu.

We Are Wolves existe depuis le début des années 2000, mais il aura fallu des shows, et encore des shows pour se faire remarquer par la direction de Fat Possum Records, label indépendant né dans les années 1990 dans le sud des États-Unis se spécialisant dans la musique blues, qui aura permis au trio d’enregistrer une première galette en bonne et due forme. « Je pense que [le fondateur du label, Matthew Johnson] avait un peu fait le tour de son buzz de vieux blues deep south. Tous les artistes qu’il signait, ils mourraient pas longtemps après », dit Vincent Lévesque. « C’était tous des vieux, vieux bluesmen », ajoute Alexander Ortiz. « C’était presque un travail d’archives anthropologiques, ce qu’il faisait. Il était intéressé à renouveler son roster. Il a embarqué dans notre buzz, je ne sais pas trop pourquoi », explique Lévesque.

Non-stop je te plie en deux a alors été enregistré dans divers endroits de Montréal et de sa couronne : une partie dans un studio électroacoustique de l’UdeM, une autre dans le Studio B du Studio Victor, « mais seulement quand il n’y avait personne », ou encore dans un home studio dans un sous-sol de Longueuil « avec le père de la blonde d’une connaissance ». Bref : Non-stop est artisanal, il est le fruit d’une série de décisions de musiciens dans leur vingtaine ne sachant pas forcément ce qu’ils font. Si on donnait une machine à remonter dans le temps aux deux loups de We Are Wolves, ils ne toucheraient à rien, pourtant, ils « n’amélioreraient » rien, malgré l’expérience acquise. En fait, ils pensent qu’ils ne seraient peut-être même pas capables de réitérer le résultat.

« Il y a quelque chose de tellement intuitif dans comment tout ce projet-là a commencé, comment ça s’est passé, comment on a enregistré, comment on a sorti l’album, touré, que de revenir dans le temps, ça pourrait juste tout fracasser et ça ne donnerait rien, finalement », lance Alexander Ortiz. « Il y a beaucoup d’efforts, mais ce n’est pas tout le temps lié directement aux résultats. Tu fais souvent beaucoup d’efforts pour des trucs qui tombent à l’eau. Ce qui va marcher, c’est la fois où ça a été facile », ajoute Vincent Lévesque.

Matthew Johnson, de Fat Possum Records, n’a pas levé l’option pour un deuxième album. We Are Wolves s’est ensuite tourné vers des labels québécois, Dare to Care, puis Simone Records. Malgré cinq albums qui ont suivi (et un EP également), les membres de We Are Wolves restent particulièrement fiers de leur premier effort. « Il y a une espèce d’évolution musicale qui sonne comme si tu regardais des tableaux d’art expressif, des tableaux conceptuels ou un collage weirdo, dit Alexander Ortiz. Je pense que notre maladresse, de ne pas savoir comment translate notre vision du monde ou de la musique dans l’album, ça paraît. Parce que tu sens qu’il y a quelque chose de vrai, une espèce de rawness », poursuit-il.

« Surtout dans le panorama d’aujourd’hui, où la production musicale est tellement plus accessible maintenant. Avec des outils tellement performants, tout le monde peut sonner un peu comme une pop star. Cet album-là, il ne sonne pas du tout comme ça. Ce n’est pas qu’on sent forcément que c’est une autre époque, mais on sent que c’est rendu inhabituel d’entendre des trucs comme ça aujourd’hui », exprime Vincent Lévesque.

Dur de leur donner tort. Cet amalgame dance-punk-post-tout de Non-stop, même aujourd’hui, 20 ans après sa sortie, ça sonne frais.

* Alexander Ortiz au Pouzza Fest, en 2018. Photo par Karine Jacques.

La mort de l’album

Na Da, la cinquième galette de We Are Wolves, a été annoncée comme l’ultime album du groupe, sans que le trio ne fasse forcément une croix sur des parutions futures. C’est simplement que, dans le train où vont les choses, We Are Wolves ne croit plus en ce format.

« Tout le monde parle des albums, mais personne ne les écoute vraiment d’un bout à l’autre. C’est comme une carte de visite, mais c’est beaucoup d’effort, de faire 12 chansons pour que trois seulement soient écoutées. C’est beaucoup d’investissement », lance Alexander Ortiz.

« Puis surtout, aujourd’hui, c’est moins de faire de la musique que de se promouvoir avec du contenu, essayer de se retrouver sur des playlists, de poster constamment des histoires sur Instagram, TikTok. Le marketing, ça n’a jamais été notre force. On n’est pas très vendeurs de nous-mêmes », ajoute-t-il.

* Marie-Claire Denis au FIJM, en 2018. Photo par Marie-Claire Denis.

« Même dans les bands plus jeunes, je ne suis pas convaincu que tout le monde aime ça, créer du contenu constamment qui est loin de ton médium, qui est loin de ton art », surenchérit son collègue, Vincent Lévesque.

Après un premier spectacle à Québec le week-end dernier, We Are Wolves poursuivra sa tournée demain soir à Montréal, puis à Terrebonne, Sherbrooke, Lavaltrie et Drummondville. Une manière de célébrer les 20 ans de Non-stop je te plie en deux, mais pas que : « Le plan, c’est de faire les albums chronologiquement. Donc, commencer avec Non-stop comme un tableau. Intégrer des éléments qu’on utilisait, des décors de scène, des costumes qu’on portait à l’époque. Et puis, ensuite, poursuivre avec le deuxième album, Total magique, le troisième, Invisible Violence, et ainsi de suite jusqu’au dernier », annonce Alexander Ortiz, ajoutant que certaines pièces inédites, jamais jouées en concert par le groupe auparavant, se glisseront dans la setlist. Ça promet! Pour des billets, ce sera par ici.

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