Le malade imaginaire
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Le Malade imaginaire de Molière au Théâtre du Rideau Vert | Un hypocondriaque qui déçoit

Pendant que se joue une brillante production de La Maladie de la mort de Marguerite Duras au Prospero, le Théâtre du Rideau Vert présente Le Malade imaginaire où le célèbre hypocondriaque de Molière déçoit sous les traits du comédien Luc Guérin, calé dans son vieux lazy-boy atypique, et dans l’ensemble, la mise en scène plutôt faible de Michel Monty.

N’est pas Argan qui veut. Le coloré personnage de faux-malade avancé par Molière paraît manquer de truculence ici, de ridicule, de risible et d’apitoyant, comme pour d’autres comédiens davantage moliéresques qui l’ont si bien rendu dans le passé. La pièce a beau avoir été écrite il y a près de 350 ans, elle paraît immortelle. C’est d’ailleurs l’ultime texte satirique de Molière qui a joué lui-même Argan, mais seulement à quatre reprises, juste avant de mourir.

*Photo par Jean-François Hamelin.

Une fille à marier

On connaît l’histoire : le riche Argan veut marier sa fille Angélique à un médecin, non pas pour son bonheur à elle mais pour ses besoins médicaux imaginaires à lui. Toutefois, sans qu’il en soit informé, trop occupé entre ses lavements à répétition et ses traitements inutiles, Angélique a déjà jeté son dévolu sur un bon parti nommé Cléante, et elle n’en souhaite pas d’autre.

La comédienne Anne-Marie Binette qui, il n’y a pas de hasard, était de la production Mademoiselle Molière de Hubert Fielden au Théâtre Denise-Pelletier, incarne avec un talent comique certain cette jeune Angélique insensible aux maux de son père, trop habituée à l’idée que sa seule maladie soit de toujours se croire malade.

De son côté, le scénographe Guillaume Lord a conçu un décor réaliste qui manque de sens comique. Nous sommes à l’intérieur d’une maison ordinaire avec son escalier montant au premier étage d’où est suspendu un lustre qui ne convient pas du tout à la modeste demeure.

*Photo par Jean-François Hamelin.

Des choix douteux

Le metteur en scène a glissé vers des choix douteux, comme celui de faire jouer avec un gros accent québécois Béline, l’extravagante seconde épouse d’Argan qui n’en a patiemment que pour son héritage. Émilie Lajoie s’acquitte bien du rôle, mais elle est la seule à parler ainsi. La jeune diplômée du Conservatoire en 2017, entre la pitoune surmaquillée par Florence Cornet et la « femme du monde » arriviste, se voit habillée par Marc Senécal de costumes flamboyants qui en font une veuve joyeuse avant le temps.

Sans collants ni hauts-de-chausses ici, tous les costumes des neuf comédiens de la production, sauf paradoxalement les accoutrements d’Argan, sont aussi bien inspirés. Entre autres, celui du sinistre Docteur Diafoirus incarné par le toujours talentueux Patrice Coquereau qui apparaît ici avec la tête complètement rasée.

*Photo par Jean-François Hamelin.

La Toinette de Violette Chauveau

C’est véritablement Violette Chauveau, dans le rôle de l’impertinente servante Toinette, qui vole le show. Cette Toinette insolente, irrévérencieuse et indocile, ratoureuse, coquine, bavarde et entière, est un des plus beaux personnages de tout le théâtre de Molière. À même cette virulente critique de Molière envers les médecins, Toinette ne se gênera pas pour se moquer de leur pouvoir omniscient et de leur outrecuidance imposée, surtout à cette époque reculée, si bien que l’outrage aura valu maintes remontrances à l’auteur.

Ayant joué dans plus d’une soixantaine de pièces de théâtre, et bien présente à la télévision comme au cinéma, c’est elle qui a créé le rôle d’Albertine dans Le passé antérieur de Michel Tremblay. Violette Chauveau est aussi à l’aise et crédible dans la comédie que dans le drame. Elle a du chien, et ne craint pas la dérision, pour notre plus grand plaisir.

La Bolduc chez Molière

Michel Monty a pris de nombreuses libertés, pas toujours réussies, par rapport au si beau texte de Molière avec ses couleurs d’origine où un simple mot courant comme « partir » est remplacé par la formule élégante « prendre congé de vous ».

Au fort accent de Béline qui la fait paraître sortie d’une autre pièce, le metteur en scène a ajouté inopinément une chanson du répertoire rural de La Bolduc (J’ai un bouton), quand ce n’est pas un duo d’opéra complètement manqué, ou encore, avec une facilité navrante, un bout de la chanson Je suis malade de Serge Lama. Et jusqu’à Toinette qui s’allume une cigarette sur cette scène, pour l’éteindre l’instant d’après.

Avec le résultat que la production du Rideau Vert manque de cohésion et de cohérence, d’un petit vent de folie polissonne qui réjouisse la salle. Il manque de ce fil ténu qui doit lier les éléments épars d’une mise en scène réussie, et créer à partir du thème en or de l’hypocondrie osé par Molière, une magie d’ensemble toujours fragile, mais propre au bon théâtre.

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