Grupo Corpo
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Grupo corpo à la Place des Arts | La frénésie brésilienne

Vingt-deux danseurs sur scène, percutants et infatigables, nous ont offert une performance à la hauteur de nos attentes du 23 au 25 janvier dernier. Grupo Corpo fait parler d’elle et le Brésil était fièrement représenté à Montréal. Au fil des années Grupo Corpo a su développer un langage théatral et un style de mouvement qui lui est propre: un savant mélange de classique, de moderne et d’afro-brésilien. Fondée en 1975 par Paulo Pederneiras, la compagnie brésilienne nous offrait deux œuvres majeures de son répertoire: Bach et Gira.

Bach : La puissance du Baroque, la légèreté de la Samba

Rodrigo Pederneiras a su remettre la musique baroque au goût du jour. Près de 20 ans après sa première représentation, Bach et ses 22 danseurs impressionnent toujours autant. Dans des teintes sombres et des costumes qui rappellent les dorures de l’époque baroque, la scénographie de Paulo Pederneiras et Fernando Veloso est minimaliste et aérienne. Faisant écho aux cuivres de la musique baroque du compositeur Jean Sébastien Bach,  les tuyaux d’orgue suspendus au-dessus de la scène invitent à une danse puissante et acrobatique.

Dans cette première partie, les va-et-vient sont habillement menés, les corps inépuisables répondent à la bande sonore interprétée par le compositeur Marco Antonio Guimaraes, la musique mène la danse et les danseurs magnifient l’œuvre du compositeur allemand. Les lignes sont parfaites, la maitrise des codes classiques et modernes fusionnent parfaitement avec les hanches libérées et les jeux de jambes inspirés de la Samba.

Malgré la longueur de certains passages, et des répétitions qui se font parfois ressentir, les frères Pederneiras ont su allier la puissance du baroque et la légèreté des influences brésiliennes, on reconnaît ici la marque de fabrique de Grupo Corpo: la danse est bel et bien une affaire de famille. Bach restera une œuvre majeure qui continuera toujours de nous impressionner par son dynamisme et sa profondeur, lumière, costumes, mise en scène, rien n’est laissé au hasard.

Gira – Le divin des rites d’Ubamda

Gira est un véritable hommage à la tradition afro-brésilienne, mystique, joyeuse et complexe. Les corps sont athlétiques et habiles, les mouvements sont percutants, tout en rondeur, ils entrent en résonance avec les partitions du groupe Metá Metá originaire de Sao Paulo, et nous rappellent pourquoi la compagnie brésilienne est aujourd’hui mondialement connue.

Dans cette deuxième partie, aucune sortie de scène, les danseurs sont disposés sur des chaises, recouverts d’un simple tissu noir. Des bougies suspendues encadrent la scène, l’atmosphère est feutrée, la mise en scène suggère le divin. Les costumes font écho aux vêtements folkloriques, de longues jupes blanches, sans excès, l’accent est mis sur le corps rythmé et ses mouvements circulaires. Poitrine nue, il est difficile de faire une distinction parmi les danseurs. Ces derniers impressionnent par la diversité de leur technique, les pirouettes laissent place à des enchainements qui nous plongent dans les rituels autochtones brésiliens, bras, jambes et bassins, quel plaisir pour le spectateur.

On retiendra de Gira la force des enchainements et la maitrise du rapport au sol. La danse est circulaire, un savant mélange d’influences, des isolations impressionnantes et une énergie qui ne retombe pas, le spectateur est plongé dans un univers méconnu, mystérieux et touchant qui aboutit sur un final explosif et pétillant.

Le sourire et la joie de vivre des danseurs est contagieuse, le public est conquis et Grupo Corpo ne cessera de nous impressionner.


* Grupo Corpo sera de retour au Canada la semaine prochaine pour des représentations du doublé Bach + Gira à la salle Maurice O’Bready de Sherbrooke le 5 février, puis au Centre National des Arts d’Ottawa le 9 février. Détails par ici.

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