crédit photo: Marie-Claire Denis
Pierre Lapointe

Francos de Montréal 2022 – Jour 3 | Pierre Lapointe et l’heure mauve avec orchestre : Une histoire d’un soir qui nous en a fait voir de toutes les couleurs

L’heure mauve, une commande du Musée des Beaux-arts de Montréal qui devait accompagner en musique l’exposition des œuvres de Nicolas Party, est une œuvre en soit. Bien qu’il fût prévu initialement que cette musique et ses interprétations soient seulement disponibles par le biais d’une visite au musée, quelqu’un a eu l’idée génialissime d’en faire un album. Saluons donc l’audace du MBAM et l’idée des Francos de Montréal de donner toute la place à ce projet artistique qui, par ailleurs, est à l’affiche au MBAM jusqu’au 16 octobre. 

C’est sur un fond unicolore que le spectacle L’heure mauve s’est déroulé avec la musique en avant-plan. Pas moins de 21 musiciens ! D’un côté l’ensemble de 15 musiciens, vents et cordes, faisait fleurir chaque interprétation. Les arrangements de Philippe Breault (bassiste) enjolivait ce bijou musical. Une pianiste, Amélie Fortin, liait, au milieu de la scène l’orchestre à gauche et à droite, la partie band composée de cinq acolytes habituels de Pierre Lapointe. 

Celui-ci nous guide dans la trajectoire de son projet musical, en décrivant les œuvres visuelles et en expliquant son choix de chansons. Dans les choses qui m’avaient échappées lors de l’exposition, il y a le fait que ses propres compositions arrivent en réponse aux œuvres des répertoire québécois et européen choisies pour accompagner les œuvres; alternant comme question et réponse, œuvres choisies et créations. 

La valse spectaculaire débute ainsi avec le Serpent qui danse dont l’interprétation nous berce jusqu’à La danse du conquistador. Pierre révèle qu’il a emprunté son piétage à Beaudelaire, belle inspiration.

Ensuite, il a expliqué comment il s’est attaqué à un monument: L’hymne au printemps de Félix Leclerc. Les trois premières pièces laissaient vraiment bien entendre les guitares de Félix Dyotte et Joseph Marchand. Une couleur nouvelle pour ces pièces dont les pistes de l’album les mettent davantage en sourdine. L’oeuvre miroir de Pierre Lapointe, en « réponse », comme il dit, à l’hymne au printemps fut son hymne à l’automne. Elle fut écrite en hommage à Michel Robidoux, complice musical ayant perdu la vie le 31 octobre.

Dernier Jour d’octobre, sans faire de bruit tu es parti, sans dire aurevoir. Ce soir je pense très fort à toi. Tu vois, je ne t’oublie pas.

Fallait avoir un cœur de pierre pour ne pas s’émouvoir de cette superbe interprétation, voix qui tremble un peu d’un ami perdu. Bien appuyé par les cordes, cet hymne frissonnant nous a tous coupé le souffle et tiré les larmes, je crois. 

Puis vint sa chanson en allemand, Sag mir wo die Blumen sind, une belle mise en valeur de la flute traversière dans cet arrangement d’un classique de Pete Seeger popularisé par Marlène Dietrish sujette d’une oeuvre de Party au musée.  

Dans les autres moments forts citons, l’exercice de diction par excellence à savoir la chanson L’hiver, qu’il a comme on dit « réussie ». Véritable marathon d’élocution signé Vigneault et Léveillé, merveilleusement interprétée par Pierre. Pour cette chanson de même qu’Aujourd’hui la neige revient, excellent équilibre entre l’orchestre et le band.  

Petite déception de la soirée pour moi, Non je n’ai rien oublié, la chanson d’Aznavour qui, dans la version album nous émerveille. La version spectacle était un peu moins réussie. Les cordes à l’unisson détonnent de la version d’Aznavour pour laisser place à des vents beaucoup plus appuyés. Cependant, lors de cette représentation on avait peine à les entendre enterrées sous les percussions du band. Mais bon, c’est le seul bémol que j’ai vécu dans cette soirée. 

Le piano à quatre mains du duo Fortin-Poirier en plus d’être une composition super intéressante a captivé l’auditoire. Cette œuvre composée dans un élan de surréalisme en réponse à la Gnossienne numéro 1 a épaté la galerie si on peut dire. 

Les deux dernières œuvres de l’album, Youkali et Pépiphonie ont été interprétées seulement en compagnie de l’orchestre. Notons aussi la présence du le tenor invité, Antonio Figueroas, qui a su ajouter un certain panache à cette dernière pièce qui sur l’album est accompagné d’un chœur.  

Pierre a clos la soirée avec en rappel son Deux par deux rassemblés. Il dit : « c’est probablement la chose qui va jouer partout quand je serai mort ». Le public chantait en chœurs le refrain jusqu’à ce que Pierre nous dise au revoir pour de bon. C’est rare une Wilfred-Pelletier qui chante il me semble. Bref, si jamais cette magie se reproduit : courez-y. D’ici là, l’exposition vaut la peine pour qui apprécie les couleurs vives et L’heure mauve de Pierre Lapointe.  

 

Première partie : Lumière solo

En première partie, Lumière a bien su mettre la table pour l’artiste principal en nous faisant rire de par son personnage de scène flamboyant.

Le jeune homme, du nom d’Étienne Côté, nous a présenté quelques chansons d’amour. Ça aurait pu être banal, cependant ce fort charismatique Lumière a su jongler entre quelques blagounettes sur les retardataires et les histoires d’amitié et d’amour déchus que racontent ses chansons.

Sa voix très douce rappelle un peu Serge Fiori dans les aigues et son timbre a un petit quelque chose de Marc Déry.

Lumière nous illumine de bien jolies paroles : « mes plus beaux rêves sont restés collés sous mes paupières« . Muni uniquement de sa guitare pour cette fois, à voir en « full band » en première partie de Lisa Leblanc la semaine prochaine apparemment.

 

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