Fanny à La Licorne | La complexité du féminisme
La prolifique autrice Rébecca Deraspe récidive avec la pièce Fanny, une réflexion sur l’évolution du féminisme entre deux générations de femmes. D’abord jouée en 2024 au Théâtre du Bic, on retrouve pour cette mouture une distribution rafraîchissante, avec à sa tête, la grande Marie-Thérèse Fortin, au sommet de son art.
À savoir si c’est le mariage de Déraspe et Fortin qui provoque cette magie, mais c’est un public ensorcelé qui a bu les paroles de Fanny sur la scène de la Grande Licorne. Le quotidien de Fanny et son chum Dorian, couple au début de la soixantaine, est rapidement bousculé par une jeune étudiante, Alice, qui loue une chambre de leur maison. Franche et directe, Alice les abreuve d’un discours féministe et provocateur du haut de ses 22 ans. Bien que crument exprimées, les paroles d’Alice ravivent tout de même la braise chez Fanny, qui petit à petit embrasse son militantisme enfoui et redonne un nouvel élan à son féminisme. Lorsqu’Alice tombera en amour au bout de deux jours de fréquentation, puis enceinte, les rôles s’inverseront et Fanny tentera de la dissuader de garder le bébé.
Les deux femmes en apparence aux antipodes vivent en fait les mêmes déchirements, même insécurité mais chacune à des nivaux différents et des moments différents de leur vie ; elles interrogent l’autre sur son positionnement dans ses relations intimes, sur les conséquences du patriarcat, sur l’insécurité d’être ou ne pas être aimer, sur la liberté d’aimer et de ne pas aimer… beaucoup de sujets très complexes sont soulevés dans cette pièce extrêmement drôle et finement écrite, avec des dialogues très punchés suivis de monologues coup de poing dont on ne ressort pas indemne.
Quand le personnage de Fanny, une Marie-Thérèse Fortin implacable, demande «Comment on fait ? Comment on fait pour respirer? » faisant allusion à ce qui se passe dans le monde, tout particulièrement aux féminicides et viols qui font les manchettes jour après jour, on reconnait toute l’impuissance qui nous coupe parfois le souffle.
Jacques Laroche est touchant et très naturel dans le rôle de l’amoureux de Fanny, comme il le dit lui-même. C’est rafraîchissant que les personnages de Déraspe ne soient pas archétypaux, on sent une touche très personnelle et incarnée dans les enjeux de chacun. Surtout Alice, qui incarne un peu la génération au complet de jeunes femmes qui clament l’émancipation du patriarcat mais qui au fond, restent en colère, insécures et vulnérables aux passions aveuglantes.
La jeune Doriane Lens-Pitt incarne Alice avec beaucoup d’intensité, entourées de François Louis Laurin et d’Alexandra Gagné Lavoie, témoins passifs de la vie du trio, et poissons dans l’aquarium… sans référence au poisson d’avril, c’est littéralement ce qu’ils sont.
Les deux musiciens interviennent à la fois avec leur instrument et leur voix, mais servent aussi de coryphée moderne, commentant entre les scènes, ou révélant les clés de leur contradiction aux personnages. Ce n’est pas inintéressant, mais ça apporte une certaine absurdité plutôt qu’un avancement dramatique, qui est parfois bienvenu, parfois étrange. La mise en scène de Marie-Hélène Gendreau et Hubert Lemire sert bien les interprètes et le texte, et on sent une belle liberté dirigée. La scénographie avec l’aquarium géant en mezzanine crée un dynamisme et un terrain de jeu fertile pour les acteurs et actrices.
Déraspe s’est assuré de ne rien laisser dans l’angle mort en déjouant les lieux communs. Sa Fanny est tellement inspirante qu’on a le goût de la suivre pas à pas. Elle a réussi à écrire une comédie revendicatrice et éducative, féministe et humaniste tout à la fois. Un autre incontournable signé Rébecca Déraspe.
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- Théâtre La Licorne
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