crédit photo: Annie Diotte
Evangéline

Évangéline le spectacle musical | Une fresque historique originale

Jeudi s’ouvrait à la Salle Wilfrid-Pelletier les représentations du spectacle musical Évangéline, une ambitieuse production mettant en vedette la gagnante de La Voix édition 2024, Maude Cyr-Deschênes. Basée sur des faits historiques, l’histoire d’Évangéline prend place au début du Grand dérangement de 1755, qui a forcé les Acadiens de la Nouvelle-Écosse à la déportation à travers l’Amérique du Nord.

Bien sûr, juste à l’évocation du nom, on entend la fameuse chanson de Michel Conte, reprise et popularisé par Marie-Jo Thério et Annie Blanchard. Par contre, il faut peut-être modifier vos attentes, car les producteurs de ce spectacle ont pris le pari d’imposer seulement des chansons originales, qui permettent une cohérence par une musique résolument pop aux accents folkloriques.

L’Évangéline de 2026 est une figure féministe qui s’émancipe du mariage et d’un mode de vie traditionnel en s’intéressant à la médecine et rêvant de voyages. Elle est convoitée par Baptiste, un jeune bourgeois passif-agressif qui croient pouvoir la séduire par le pouvoir et l’argent. Mais Évangéline est amoureuse de son ami de longue date Gabriel, et c’est réciproque. Mais avant même qu’ils ne s’avouent leur sentiments à voix haute, un incident politique met Gabriel dans la mire des Anglais, et déclenche un conflit qui prendra rapidement de l’ampleur, les menant à leur destin tragique.

evangeline 02 anniediotte* Photo par Annie Diotte.

Une brochette de personnages entourent les amoureux : Hanoah, amie et confidente d’Évangéline, membre de la Nation Mi’Kmaq, Beausoleil, chef révolutionnaire et leader des Acadiens, Benoît Bellefontaine, père d’Évangéline et Maire de Grand-Pré, Père Félix, homme d’Église qui trahira Évangéline par déférence à sa foi, Soeur Marguerite, complice et figure maternelle avec qui Évangéline se réfugiera. C’est douze comédiens-chanteurs et dix danseurs qui composent cette distribution imposante.

Dès le levé du rideau, la scénographie onéreuse s’impose, avec une conception d’éclairages élaborée ainsi que du mapping vidéo, ces projections qui créent des illusions de profondeur et beaucoup de textures. Un rideau géant composé de milliers de perles irisées se module au gré des scènes avec une grande polyvalence et provoque l’éblouissement.

Livret et musique

La musique du compositeur Steve Marin est somme toute assez homogène. Excepté quelques morceaux aux inspirations autochtones, on est dans du pop-folk, un genre de trame sonore à la Disney qui rappelle parfois les mélodies de Moana. D’autres pièces auraient pu être écrite par Les Cowboys Fringants, de par les racines irlandaises du violon et de la podorythmie.  Pas beaucoup de vers d’oreilles parmi la liste impressionnante de chansons, mais une belle poésie qui sert l’histoire, ce qui est rarement réussi dans les comédies musicales francophones, comparativement aux traditions Broadway.  Le livret de Caroline Cloutier et Frédérick Baron est inspiré et légèrement politique, mais manque parfois de punch et d’humour, appuyant parfois beaucoup le mélodrame.

Les costumes ont quelque chose de rétro-futuriste qui ne colle pas tout à fait avec l’aspect historique, bien qu’on comprenne qu’il s’agisse d’une interprétation moderne de l’Histoire. Les habits religieux ressemble à des uniformes d’un équipage de vaisseau spatial et les manteaux ont tous des asymétries marquées qui tranchent avec l’onirisme des décors.

evangeline anniediotte 03* Photo par Annie Diotte.

La mise en scène de Jean-Jacques Pillet est inégale et parfois maladroite, avec des transitions longues et des déplacements d’acteurs un peu désincarnés, des changements de décors trop complexes et des accessoires trop élaborés pour de courtes scènes, par exemple. Avec le visuel déjà chargé, il y aurait eu moyen d’épurer parce qu’on ne sait plus où regarder et quelle action suivre. Toutefois, on sent le passé de danseur de Pillet qui insère des tableaux corporels complexes avec tout l’ensemble, en plus des chorégraphies lyriques exceptionnelles de la chorégraphe Véronique Giasson, qui font vivre des moments de grâce de haut calibre.

Tous les interprètes tirent leur épingles du jeu,  avec un casting cinq étoiles composé de plusieurs ex-participants de concours de chant. Olivier Dion, issu de Star Académie cuvée 2012, incarne un Gabriel crédible dans son jeu en plus de son aisance vocale. Matthieu Lévesque est très convaincant en jeune prétentieux qui décline à la fin, révélant un jeu d’acteur profond.  Nathalie Simard avait une chanson taillée pour elle et campe une Soeur Marguerite solide. Elle est très en voix et s’est mérité une ovation debout.

Raphaël Butler, dans le personnage de Beausoleil, qui agissait en narrateur, est le seul Acadien dont on peut reconnaître l’accent franc. Un peu dommage de ne pas avoir plus de natifs, malgré l’effort d’avoir des artistes autochtones parmi la distribution, comme Océane Kitura Bohémier Tootoo et Aroussen Gros-Louis, toutes deux éblouissantes. La star du show demeure Maude Cyr-Deschênes, dans une Évangéline assumée, fonceuse et qui impressionne par sa voix libre et groundée.

Certains détails du livret qui sont expliqués dans le programme nous échappent complètement, comme le fait qu’Hanoah serait aussi amoureuse de Gabriel et que le Père Félix aurait un handicap à la jambe. On va mettre ça sur le dos de la première, mais beaucoup de petits détails techniques ont failli, des follow spot qui ne suivent pas les protagonistes, des décors qui sont mal fixés, le son beaucoup trop fort durant les scènes parlées, car la musique n’arrête jamais vraiment, ce qui est agréable quand le calibrage est bon.

L’intégration de la fraternité du peuple Acadien avec les Autochtones est intéressante pour la dramaturgie de la pièce et plusieurs petits moments poétiques et visuels rendent hommage au peuple Mi’Kmaq. Plusieurs acadiens se sont déplacés dans la salle et ont exprimé leur fierté de voir une partie traumatisante de leur histoire porté sur la scène avec autant d’ampleur. Après le salue final, toute la distribution offre aux spectateurs une version très sobre de la chanson Évangéline.  Judicieux, puisque le style et les paroles résume tout le spectacle et émeuvent le public.

Plusieurs supplémentaires ont été ajoutées ces derniers jours. À voir de février à septembre 2026 à Montréal, Québec, Trois-Rivières et Moncton. Détails et billets par ici.

 

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