Zoo Baby

Entrevue et lancement avec Zoo Baby | Boire et danser avant l’apocalypse

C’est dans un Esco encore insouciant de la crise de santé mondiale que Zoo Baby est venu présenter les pièces de son premier album, mardi dernier. « Là je vais en faire une dernière et après, je me décrisse. » Plusieurs heures plus tard, l’alcool coulait encore à flots dans le bar près de la station Mont-Royal.

C’est plusieurs stations de métro plus loin, devant une pinte de l’Espace public, que nous avions rencontré Xavier Dufour-Thériault à quelques jours de son spectacle. Avant de se lancer dans l’univers de Zoo Baby, il a fait la pluie et le beau temps durant près de dix ans au sein du groupe rock Gazoline. Il assure s’entendre toujours aussi bien avec ses collègues, mais avoue qu’un changement d’air temporaire s’imposait.

C’était quand même important pour moi de changer de gang dans ce projet pour rendre l’album live. Autant quand je me suis lancé là-dedans, que lors de la conception. Pas en raison des individus, mais en raison de moi. (J’avais besoin) de travailler avec d’autre monde.

Un projet créé pour 2020

Vrai que Gazoline avait déjà commencé à se tourner vers un son un peu moins rock garage et plus new wave. Mais sur Zoo Baby, c’est la pop qui prend le dessus. On reconnait quand même des sonorités communes avec les Strokes ou Neon Indian. Et puis, il y a Prince, une idole de longue date de Xavier.

« Moi j’avais plus le goût de faire un album de mon époque. Oui, il y a du 70’s, du 80’s, du 90’s… Mais je voulais faire de quoi de typiquement iPod, avec toutes ces informations-là. C’est ça pour moi qui définit la nouvelle musique, ce sont toutes ces influences-là. »

 

Le résultat est un album bien ficelé, avec un fil conducteur clair, mais des chansons variées qui s’écoutent aussi bien d’un bloc que de façon individuelle. Et surtout, ce n’est pas un album qui se contente de pasticher ses idoles. Ce qui unit si bien le disque, c’est la voix singulière de Xavier, qui se démarque du travail plus grinçant et direct de ses projets précédents. La voix est plus douce, plus mélancolique.

Pour vrai, c’est parce que j’ai fait les démos dans mon appart, et j’ai deux colocs. Ça me gêne beaucoup de chanter, sauf quand je suis sur scène. Quand j’avais des idées, j’enregistrais des voix et je chuchotais vraiment. Et je me suis mis à m’attacher à ces sons-là. Dans cette optique de garder les erreurs, de garder les premiers jets, j’ai décidé de sticker là-dessus.

Entre deux gorgées de bière d’après-midi, il avoue se retrouver dans une drôle de position, maintenant qu’il faudra transposer les chansons sur scène. Heureusement, une fois au lancement, sa voix plus assumée fonctionne très bien avec le son un peu plus rock qu’il propose en concert. Cette voix se promène également dans un registre plus haut dans le projet Zoo Baby, un effet inattendu à force d’écouter des artistes féminines et d’essayer de chanter avec elles dans les dernières années. Vrai que son virage musical tombe sous le sens lorsqu’on sait qu’il a écouté Jay Som, Japanese Breakfast ou le groupe britannique Kero Kero Bonito, qui mélange hyperpop et rock depuis un moment.

Entre l’ombre et la lumière

Si Zoo Baby s’écoute très bien au soleil, le thème de la nuit et du sommeil revient souvent. C’est entre autres le cas de Cauchemar en cauchemar, qui témoigne d’un épisode plus difficile de la vie de Xavier. « C’est une toune de dépression. Je dormais toute la journée et quand je me levais, j’avais pas l’impression de commencer ma journée et quand je finissais, j’avais pas vraiment l’impression de finir ma journée. Je fuyais le soleil, j’allais me saouler dans le cinéma. »

« Mais je pense que c’était aussi un peu dans le processus dans cet album-là où j’avais envie de me lancer dans cet état mental là, pas dangereux, mais inconfortable et d’embrasser cet état-là. » Même si cette condition l’a aidé à composer la plupart des dix chansons de son album, il admet sans détour qu’il s’agit d’un réflexe bien malsain. Ce qui ramène au précieux débat : la musique peut-elle émerger même quand ça va bien? « Ouin, mais je pense que ça prend des skills que je n’ai pas. »

« J’écris jamais une toune quand elle ne me vient pas d’elle-même, si j’ai rien à dire. J’écris vite, toutes les tounes de Zoo Baby ont été écrites en l’espace de deux mois peut-être parce que j’avais de quoi à dire. J’avais une émotion que je sentais, sur laquelle je sentais que je pouvais écrire et que ça allait passer. »

Ça ne l’empêche pas d’avoir essayé d’écrire pour les autres. La pièce Pomme, par exemple, avait été écrite pour la chanteuse populaire Alexe Gaudreault. « Elle m’a dit, moi, je passe à Énergie, je peux pas chanter “me prends-tu pour une conne”, c’est pas moi. Et je me suis dit fuck, qu’est-ce que je vais faire avec cette toune-là, elle est vraiment bonne! »

Xavier et son équipe devaient en effet trouver la chanson assez bonne, puisqu’elle a servi de premier extrait pour l’album. Une fois sur scène, la chanson aura servi à conclure le spectacle. Ou du moins, c’était le plan avant que Xavier ne décide de revenir interpréter à l’improviste, seul à la guitare, la pièce Le contraire. À ce moment, la foule s’était un peu dispersée, et tout le monde jasait avec tout le monde. Dans le public, de nombreux artisans de la scène locale étaient présents. Gab Bouchard, qui a lancé son album deux semaines avant, était sur le bord de la scène. Étienne Barry des Deuxluxes était également présent : sa collègue Anna-Frances est même apparue sur scène le temps d’une pièce pour jouer de la flûte traversière. Toute cette camaraderie prouve le point qu’il apporte en entrevue, lorsqu’on lui demande de décrire le son de la scène montréalaise.

« La scène de Montréal, c’est rendu une gang de chums, moins qu’un son. J’ai jamais vraiment fait partie de cette gang-là : Gazoline, on était plus dans notre petite gang à nous autres. Mais là, je joue avec Raphaëlle des Shirley, entre autres. »

« J’aime trop les bands de Montréal pour m’attacher ou dire qu’il y a un certain son de Montréal. Parce que j’aime autant Le Couleur que Les Deuxluxes, et je veux pas qu’il y en aille un qui soit out of the game parce qu’il ne fait pas partie du son de Montréal. »

C’est amour n’est certainement pas à sens unique. Le spectacle est terminé depuis deux bonnes heures et ça traîne encore à l’Esco, même s’il n’est que mardi.

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