crédit photo: Marc-Olivier Huard
Marco Ema

Entrevue avec Marco Ema | S’exiler ensemble

Après la tournée de son album précédent, Anyway, Mommy Love, paru en 2023 et traitant du décès de son père, Marco Ema avait besoin de prendre de la distance, de se ressourcer ailleurs. S’étant exilé à la campagne dans le but de se reconstruire et d’y cultiver des potirons, Ema n’est pas ressorti de sa retraite avec des légumes. Il y a plutôt récolté des chansons, prenant demain (vendredi 16 janvier) place dans son nouvel album, Soleil mâché, son troisième en carrière.

« J’ai eu une passe il y a quelques années où c’était vraiment difficile, j’ai l’impression que la pente remonte tranquillement, et je pense que c’est par la reconstruction que c’est passé », dit Marco Ema.

« On avait envie d’imager le processus avec une mascotte, ce soleil en papier mâché [sur la pochette de l’album] que Loïc Lafrance a fait. Une espèce de mascotte réconfortante, un peu comme une couverture qu’un enfant garde partout, mais qui a quand même un regard inquiétant vers le futur. C’était une belle image : le soleil, le bricolage, l’aspect plus enfantin. De retourner à l’essentiel, finalement. »

me sm cover

Marco Ema ne s’en cache pas : il a toujours été fasciné par le sentiment de nostalgie. C’est même cette émotion qui relie, d’après lui, ses trois albums en solo : « Ça fait partie de mon ADN, c’est là que je vais puiser quand j’écris mes chansons. Après, dans les influences aussi, je pense que je suis nostalgique de la musique des années 70. J’ai toujours trouvé que c’était une belle époque, pis j’ai toujours été fan des albums concepts, de créer des univers », lance Marco Ema, lauréat 2017 du concours Ma première Place des Arts.

Cette petite fixation sur les temps anciens n’empêche pourtant pas l’artiste de s’abreuver de ce qui se fait aujourd’hui en musique, nommant notamment, dans ses influences actuelles, des noms comme Geese et Cameron Winter, MJ Lenderman, Alex G ou encore Clairo. « J’adore cette vague-là un peu folk-country-étrange. C’est quand même dans les grandes inspis! »

Et alors, ce Soleil mâché, comment se distingue-t-il des deux premiers opus?

« Forcément, je pense que je suis plus au courant de ce que je sais faire, et je sais plus ce que je veux. J’avais envie d’un son plus saturé, j’avais envie de petits segments étranges. Je pense que Marco de 22 ou 23 ans n’aurait pas osé aller jusque-là, mais je pense justement que tout cet apprentissage-là me permet de virer plus fou et de briser un peu certains standards. Sans prétention, ça reste quand même de la pop ce que je fais. »

marco photo de presse abum crédit karelle goguen bancel* Photo par Karelle Goguen-Bancel.

Soleil mâché a été enregistré au Wild, studio plutôt isolé au bord du lac Sawin, dans la région de Lanaudière. Une décision calculée d’encore une fois s’exiler en campagne pour s’imprégner complètement de l’esprit de l’album.

« C’est vraiment un des endroits les plus cool sur la Terre! lâche Marco Ema. On est allés là pendant une semaine, pendant l’hiver. Il y avait vraiment une vibe The Shining, où tu es enfermé et que tu ne peux plus sortir [rires]. Pour cet album-là, qui est vraiment axé sur la proximité que j’ai avec les gens avec qui je travaille, ça avait juste énormément de sens. » Sur Soleil mâché, nous retrouvons certains noms qui gravitent autour de la même sphère depuis des années, et que nous connaissons bien (si vous suivez attentivement la musique alternative locale), comme Cédrik St-Onge, Henri Kinkead, Pierre Guitard ou encore Sandrine Masse. Une gang qui s’est formée il y a des années, devenue aujourd’hui famille.

Cédrik St-Onge, nommé ci-haut, joue avec Marco Ema dans le groupe Vendôme depuis 2017. St-Onge a également coréalisé Soleil mâché, au plus grand bonheur du principal concerné qui n’y a vu que des avantages. « Je pense que Ced, c’est probablement une des personnes dans ce monde qui me connaît le plus, partage Marco Ema. D’avoir cet ami-là avec moi, ça m’a définitivement appris à me faire plus confiance et à réaliser que je savais autant que lui ce que je faisais. Et on était autant investi l’un et l’autre dans ce projet! Ced, c’est comme si c’était son album à lui. Il donnait tout son temps, poursuit-il. De voir Ced travailler sur mon album, ça m’a fait réaliser plein d’affaires côté créatif, réalisation, de travailler pour l’autre », dit Marco Ema, ajoutant qu’il est dorénavant prêt à explorer davantage le métier de réalisateur dans les prochaines années.

* Vendôme au Festival en chanson de Petite-Vallée, en 2023. Photo par Alexya Crôteau-Grégoire.

Pour célébrer la sortie de ce nouvel album de Marco Ema, vous pouvez vous laisser tenter par un jeu vidéo 8-bits créé sur mesure, simplement intitulé Marco Ema à la ferme. Vous vous glisserez dans la peau de l’artiste, cultivant et déterrant ses légumes (et parfois des chansons) durant son exode à la campagne. En vous inscrivant à partir de votre adresse courriel, vous pourrez sauvegarder votre progression, et peut-être recevoir une surprise en temps voulu. « On veut donner un panier-cadeau au premier, ou aux trois premiers, avec de la merch, le vinyle, et possiblement des légumes. »

jeu video marco ema

Soleil mâché sera donc disponible demain sur toutes les plateformes. Si vous voulez l’écouter, on vous conseille alors de passer par Bandcamp, qui a annoncé cette semaine qu’elle bannirait toute la musique générée par l’intelligence artificielle présente dans son catalogue, une première pour une compagnie du genre. Juste un conseil comme ça.

Vous pourrez attraper Marco Ema en spectacle à Montréal (le 27 mars au Bain Mathieu), à Québec (le lendemain au Grizzly Fuzz), ou simplement à n’importe quelle autre salle le recevant au cours de sa tournée hivernale et printanière, qui donnera son coup d’envoi à la fin du mois de février. Détails par ici.

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