Malaimé Soleil

Entrevue avec Francis Leclerc, de Malaimé Soleil | Remercier ceux qui l’ont mérité en premier

Malaimé Soleil ne suit pas particulièrement un plan de carrière conventionnel. Alors que la majorité des bands de région s’installent à Montréal, pôle de l’industrie culturelle québécoise, Malaimé préfère rester ancré à Saint-Hyacinthe, proche de sa famille, l’équipe derrière Le Zaricot. Alors que Montréal, justement, et Québec se méritent souvent les premiers lancements dans une tournée, Malaimé préfère également reléguer les métropoles plus en fin de parcours, une décision intentionnelle. Finalement, alors qu’un album est généralement lancé sur les plateformes de streaming avant une tournée, Malaimé, lui, le fait découvrir à ses adeptes en plein milieu de celle-ci. Entrevue avec Francis Leclerc, tête pensante derrière le quatuor qui fait paraître aujourd’hui même son deuxième album, Fragile.

« On sent que l’industrie est plus derrière nous [maintenant], mais ça a été très long, avoue Francis Leclerc, en entrevue sur Zoom. Ça a toujours été le public qui nous a suivis depuis le début. Je pense que notre plan pour se démarquer, c’est de rester fidèle à ce monde-là, faire des spectacles et leur donner ce qu’ils veulent, poursuit-il. À date, c’est une histoire de bouche-à-oreille plus que d’algorithme Spotify. »

Malaimé Soleil a débuté la tournée de Fragile un mois avant la parution de la galette, ouvrant son itinéraire au Bistro des Balcons de Baie-Saint-Paul, puis au Café du Clocher d’Alma. Sur les 15 dates de la première frange de sa tournée printanière, les deux tiers annonçaient déjà complet plusieurs semaines avant le passage de la troupe maskoutaine à destination.

* Francis Leclerc, de Malaimé Soleil, aux Francos de Montréal, en 2024. Photo par Marie-Claire Denis.

« Ce n’est pas tout le monde qui a la chance de pouvoir se promener partout au Québec et de jouer devant autant de monde, dit Leclerc. C’était un peu notre manière de remercier le public, puis deuxièmement, de remercier les diffuseurs. Notre gérant est copropriétaire du Zaricot, et on a vite compris c’est quoi, la réalité d’un diffuseur en région. C’est du monde qui font des miracles pour la culture, et c’est pas du monde qui font de l’argent, déplore-t-il. Alors, on s’est dit “let’s go, on va aller créer des espèces de gros partys, essayer de ramener de la vie dans ces endroits-là” Aux Escoumins et à Baie-Comeau, on s’est même fait remercier de venir en hiver, parce qu’il ne se passe rien. Là-bas, l’hiver, il n’y a pas de show. »

Après une demi-douzaine de spectacles sans avoir fait goûter l’album en entier à son public, Malaimé Soleil voit-il une grande différence entre les « classiques » et les « classiques à en devenir »?

« Pour les chansons qui ne sont pas sorties encore, les gens étaient très attentifs [pour les écouter], même je dirais qu’ils se taisent. C’est fou, le contraste! »

Rester confiant envers son matériel

Pour ceux qui ont écouté et apprécié Tempête, premier album en bonne et due forme de Malaimé Soleil, en 2023, Francis Leclerc annonce que la nouvelle offrande ne décontenancera pas trop. « Ça reste du Malaimé », dit-il. Et pourtant : déjà caressés sur leurs premiers projets, des thèmes plus lourds comme la difficulté à faire son coming-out ou de fortes peines d’amour sont d’autant plus exploités dans les paroles de Fragile, appelé de cette manière car miroir de la vulnérabilité de Leclerc, seul auteur des textes du groupe.

« On sentait que ça s’en allait plus vers du dark, et ça m’a vraiment challengé. Je pense que Vincent [Deit, à la guitare] aussi, ça l’a shaké. On se disait “Hey, ça va-tu être un party, ou ça va être un genre d’album que t’écoutes en brayant tout seul dans ton char?” Puis, on avait un peu peur aussi que ce soit tellement plus edgy que le premier que le monde, y décroche. Mais avec le temps, une fois qu’on a fini l’album, qu’il a été mixé, j’ai pris un moment tout seul pour l’écouter, en respirant, et j’ai compris qu’il fallait que je laisse aller ces craintes-là.

Ça a été vraiment un exercice de gérer son anxiété, mais c’est nous à 100%. On n’a pas fait de compromis et on n’a pas « popify » les chansons pour plaire. C’est resté très authentique.

Dans le lot, quels nouveaux titres allument le plus son auteur?

« C’est vraiment tough à répondre, mais je pense que ça se bat entre Quessé et Je t’en veux. » Pourquoi? « On dit souvent que quand l’album existe, quand il sort, tes tounes ne t’appartiennent plus vraiment. Tu fais juste les interpréter. Mais on dirait qu’avec ces tounes-là, je ne m’en tanne pas, elles restent vraiment proches de mes émotions. Ça m’arrive souvent de les jouer et d’avoir encore des frissons dans le dos. »

Vous pouvez écouter dès aujourd’hui Fragile de Malaimé Soleil, sorti sur l’étiquette indépendante Folivora Records, en suivant le lien Bandcamp juste ici. Les Québécois de Québec se mériteront une visite du quatuor maskoutain dans quelques jours, les 3 et 4 avril au Pantoum, tandis que les Montréalais devront attendre jusqu’aux Francos de Montréal, en juin, pour voir Malaimé sur la scène du Club Soda. Il reste des billets pour le lancement juste ici.

Francis Leclerc promet une énergie hors du commun, des jeux d’éclairage tout nouveaux et de riches arrangements, agrémentés par l’apport de… huit musiciens sur scène! Le quatuor d’origine, bien sûr, mais aussi Florence Labelle, Charlotte Brousseau, Marlie Robertson et Claude Tremblay-Berthiaume.

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