Flore Laurentienne

Entrevue avec Flore Laurentienne | Une ode à la lumière

Décidément, l’appellation « volume » a le vent en poupe au Québec par les temps qui courent! Après le Volume II des frères Khn et Klek de Poitrine lancé la semaine dernière, c’est au tour de Flore Laurentienne de faire paraître son Volume III, un album dans la continuité de ses deux premiers disques, reprenant un son plus grandiose et vaste, vraie déclaration d’amour à la nature, avec lequel il avait rompu sur 8 tableaux.

« À la base, il y avait toujours l’idée d’un Volume III. Dès le Volume I, je savais que je voulais en faire trois, exprime Flore Laurentienne, de son vrai nom Mathieu David Gagnon, en entrevue. 8 tableaux [son album précédent, sorti en 2024] m’a permis d’y aller un peu plus simplement, mais de continuer mes recherches et mes expérimentations, poursuit-il. Je pense que ce qui a déstabilisé les gens, ce n’est pas tant les compositions, mais c’est l’instrumentation. Il n’y avait pas de cordes, alors que la signature, entre guillemets, de Flore Laurentienne avait un peu été définie par ça. »

Effectivement, après deux premiers disques d’abord inspirés du Saint-Laurent et des forêts québécoises (littéralement imagés sur les pochettes), l’album 8 tableaux marquait une rupture forte dans l’univers de Flore Laurentienne. Finie l’immensité des falaises, des montagnes, du ciel qui ne se termine jamais : place à un son minimaliste et ambient, plus électronique, relecture personnelle en musique de l’œuvre de Jean Paul Riopelle, peintre montréalais qui fascine Gagnon, encore aujourd’hui.

« Je pense que ce qui m’a autant frappé avec Riopelle, c’est que je me retrouvais vraiment dans sa manière de créer. Je suis très sensible aux couleurs et aux textures. »

flore laurentienne vol 3 3000x

Rien que la pochette du Volume III, œuvre signée par Flore Laurentienne lui-même, reprend un processus artistique proche de la peinture plus abstraite. « Ce que je voulais exprimer là-dessus, c’était la lumière, c’était la graine qui fleurit, qui meurt. On a la lumière et le soleil, les plantes, et la terre. Dans trois traits, pour un Volume III, dit Flore Laurentienne. C’était aussi une manière de combattre l’intelligence artificielle, qui peut créer des images excessivement complexes pour nous faire croire que c’est beau, que c’est extraordinaire. Mais si on revient à la base, la texture, la matière, la pastel grasse sur du papier en trois traits, ça exprimait très bien ce que je voulais exprimer aussi. »

Flore Laurentienne avance que son travail avec les synthétiseurs qu’il a mené sur 8 tableaux lui a permis de déboucher sur Volume III, et qu’il n’aurait pas existé de la même manière sans son incursion dans l’univers de Riopelle.

* Flore Laurentienne au Jardin Botanique, en 2023. Photo par Pierre Langlois.

Les fans de Pink Floyd – dont votre scribe fait partie, comme Flore Laurentienne – reconnaîtront le synthétiseur utilisé par le groupe de rock progressif anglais sur On the Run dans la chanson Régate (un synthétiseur Synthi AKS, pour les geeks), mais Flore Laurentienne vient aussi tirer son inspiration d’une légende de l’ambient bien connue. « [La fin de Régate s’inspire] d’une pièce sur un album de Brian Eno qui s’appelle Discreet Music. Il prend le Canon de Pachebel, puis il applique un facteur de multiplication sur les valeurs de notes. Donc, plus l’instrument est grave, plus il double la durée des notes. Ça crée un effet de ralentissement, même si le tempo ne change pas. »

Et Régate n’est qu’un seul des huit morceaux de Volume III. « Chaque pièce a une expérimentation de ce genre là. Je pense que c’est mon moteur, dans le fond, de trouver un concept pour chaque pièce », dit-il

Sans savoir l’histoire et les expérimentations qui ont menées au résultat final, écouter du Flore Laurentienne est une expérience superbe.

En connaissant l’anecdote derrière, en se faisant expliquer les procédés, ça l’est encore plus.

Quand le cœur ne peut vivre que près des plantes

Ce n’est un secret pour personne : Flore Laurentienne est un inconditionnel amoureux de la nature. Il en parle avec une telle tendresse, avec des étoiles si grandes dans les yeux qu’on pourrait commencer à se questionner, Montréalais, pourquoi nous vivons encore en ville! Qu’est-ce qui lui plaît autant dans les plantes, l’eau qui ruisselle, la pierre, la terre?

« Je pense que c’est le concept de savoir que l’humain n’a pas besoin d’interférer pour voir de la beauté, pour se nourrir de belles choses et pour réfléchir, pour s’élever, souffle Flore Laurentienne. La nature québécoise, je vis dedans. Je la connais depuis que je suis jeune, c’est celle que j’ai découverte, c’est celle que j’ai appréciée. Je pense que toute mon œuvre est très enracinée dans le patrimoine québécois », dit-il. « Dans mon univers, c’est de nommer des choses qui ne sont qu’ici parce qu’il y a eu un contexte qui a fait grandir cette pointe-là à cet endroit-là, dans cette région-là. Je trouve ça fascinant. »

wapizagonke lake in the mauricie national park, quebec, canada* Photo par Marc Lautenbacher.

Si Flore Laurentienne raffole de la nature, il raffole évidemment aussi de l’analogue, du concret, du tangible. La semaine dernière, il tenait une séance d’écoute de son Volume III en vinyle au Art et Son, un magasin d’équipement audio de haute qualité situé sur le boulevard Saint-Laurent. Ici, à Sors-tu?, nous avons donc eu la chance de découvrir l’album en avant-première sur un système de son à… 50 000$! Les cordes prennent une ampleur que l’on ne pouvait pas imaginer, mariées à des synthétiseurs analogues d’une beauté saisissante. On perçoit de plus belle l’influence baroque de sa musique, la réactualisation du classique dans un mouvement plus moderne, sans être trop moderne.

On ferme les yeux, et on y est, dans la nature québécoise.

Si on doute que vous ne possédez pas un système de son à 50 000$ chez vous, on vous propose tout de même d’écouter le Volume III de Flore Laurentienne en vinyle ou en CD, ou du moins, avec des haut-parleurs de bonne qualité. Une musique comme telle mérite plus que de simples écouteurs filaires bas marché, ou pire… une sortie audio d’ordinateur!

flore laurentienne seance d ecoute* Photo par Sami Rixhon.

Après une tournée européenne qui débute au mois d’avril, Flore Laurentienne sera de retour sur les scènes du Québec en juin, dans le cadre du Festival International de Jazz de Montréal, à la Maison Symphonique. Il annonce un spectacle avec 10 (!) musiciens : un quatuor à cordes, deux percussionnistes et multi-instrumentistes – dont Robbie Kuster, ancien batteur de Patrick Watson –, deux harpes et un pianiste. Une collaboration avec l’OSM, orchestre connu pour ses propositions grand public et éclatées, c’est dans les plans?

« On est déjà un projet classique dans lequel il y a des éléments de pop qui sont intégrés, mais de façon viscérale. C’est l’essence même du projet, que les éléments classiques et les éléments électroniques soient parfaitement imbriqués. Donc, ce ne serait vraiment pas difficile de faire ce genre de concert. J’attends que le téléphone sonne, on va voir! », conclut Flore Laurentienne en riant.

Vous pouvez retrouver la tournée complète de Flore Laurentienne en cliquant juste ici. Volume III, le quatrième album de l’artiste, sera lâché au public ce soir même, à minuit.

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