Pierre Lapointe

Critique | Pierre Lapointe au Centre Phi pour Rad Hourani sous toutes ses coutures

Pierre Lapointe était d’une sincérité étonnante jeudi soir au Centre Phi, à l’occasion d’un spectacle organisé dans le cadre de Rad Hourani sous toutes ses coutures, 5 ans de création unisexe. On a pu confirmer le talent de Pierre Lapointe avec le retour de sa formule « Seul au piano ». 

Pierre Lapointe passe aux confessions dès les premières minutes de son entrée sur scène : « Rad et moi avons fait le choix des morceaux selon la formule ‘Pierre Lapointe dans toute sa fragilité’ ». Il invite ses spectateurs à se mettre à nu avec lui – pas littéralement! tient-il à préciser : « on va essayer d’oublier tout ce qui s’est passé cette semaine… et on va se créer un moment émotionnel post-hippie. »

Avant de débuter, Pierre en raconte beaucoup aux spectateurs – peut-être est-ce l’intimité de la salle qui permet ce genre de relation de proximité avec le public. Sa semaine a été très chargée en émotions : il y a à peine 48 h, son père est passé à un cheveu de la mort. « Ce n’était pas voulu comme ça, mais ce soir je sens que ce sera un spectacle particulièrement émotif… »

Ainsi commence une heure de spectacle fort appréciée par le public attentif. Pierre Lapointe nous rappelle la finesse de son choix de paroles, la dextérité de son jeu de piano et la voix honnête qui accompagne ses paroles pleines de vérité. Et son sens de l’humour aussi, parce que malgré tout Pierre se permet quelques interventions cocasses.

 

Une suite prometteuse

Pierre Lapointe introduit quelques titres jusqu’alors inconnus du public pendant ce spectacle intime. La première, Je déteste ma vie, a été écrite en 2009 lors d’un séjour à Paris. « Au début, elle s’appelait Je déteste Paris, mais je me suis dit que si je voulais que ma carrière continue, il fallait peut-être que je me ravise un peu… »

Pierre Lapointe y aborde la difficulté d’être séparé de l’être cher : « Je déteste ma vie / ma vie sans toi / ma place est dans tes bras ».

La deuxième fait ressortir la même soft sexu que Pierre Lapointe a mis de l’avant dans Punkt, tout en évitant la vulgarité. La chanson est accompagnée d’une mise en contexte amusante, pendant laquelle Pierre raconte qu’il « frenche violemment » Monia Chokri dans le film pour laquelle cette chanson a été composée.

« Je savais que ce serait impossible de rester émotif pendant un show de 40 minutes », déclare-t-il en reprenant son sérieux. « Il faut que je me remette dedans, c’est ce que ça coûte de vouloir raconter des histoires! »

Avant de jouer sa dernière chanson, Tel un seul homme, Pierre Lapointe se replonge dans l’émotivité qu’il décrivait lors de son entrée sur scène : « Au moment où j’ai écrit cette chanson, j’étais obsédé par la mort. Aujourd’hui, elle me rappelle de faire des choix et de foncer autrement. »

On sent que la fin approche, à notre plus grand malheur. Tout de même, Pierre Lapointe nous offre en finale une très belle reprise du refrain « C’est extra », qui avantage sa voix envoûtante.

 

Cinq ans de création unisexe

La prestation de Pierre Lapointe fait suite à une invitation de Rad Hourani pour célébrer sa cinquième année de création unisexe. Tout autour de la salle de spectacle, on a accès au travail minutieux de Rad Hourani, qui est reconnu notamment pour ses coupes androgynes et l’utilisation de tissus noirs, sa couleur fétiche. Cette exposition occupera le Centre Phi jusqu’au 29 novembre, date à laquelle Jacques Greene y sera en vedette pour la soirée de clôture.

Mentionnons également l’apport intéressant de Chris Garneau en première partie : l’artiste a une voix très calme, douce et sereine. L’intensité du piano qui l’accompagne rend sa prestation très émotive. Les projections cinématographiques en arrière-plan attirent l’oeil : des humains masqués interagissent tout en gestes au rythme de la musique.

 

Grille de chansons :

Vertiges d’en haut

Tristesse

Ces étranges lueurs

Nous restions la

De glace

Je déteste ma vie

Pointant le Nord

Les étoiles

Nu devant moi

Nos joies répétitives

Tel un seul homme

C’est extra (rappel)

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