Louis-Philippe Gingras
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Coup de coeur francophone 2019 – Jour 7 | Louis-Philippe Gingras au Café Cléopâtre: les tropiques ou l’apocalypse?

De doux sons de vagues ont accueilli la foule qui s’est rassemblée hier soir dans le fameux Café Cléopâtre. À l’affiche: Louis-Philippe Gingras et le lancement de son album Tropicale Apocalypse. Une thématique bienvenue, en ces premiers vrais douloureux jours d’hiver.


 

Le Nord, c’est justement comme ça que j’ai connu la musique du roi des références de lieux québécois. Originaire de Rouyn-Noranda, l’artiste parle d’un hillbilly qui habiterait le Lac Vaudray dans la région de l’Abitibi, dans son album Traverser l’parc.

D’ailleurs, c’est dans le chalet de son ami Eric que s’est écrit l’album Tropicale Apocalypse, nous raconte Gingras sur une scène décorée de panaches, d’une marionnette de T-Rex et d’un buste d’extraterrestre. Contrastant avec ces décors lui-même et les membres de son band semblent tous (ou presque) vêtus de morceaux rappelant les chemises à motifs d’ananas et de feuilles de palmier.

Pourtant, en débutant le spectacle, le comédien Pierre Lebeau nous lit un texte parlant de verglas, de patinoires et du fait de «caller malade». Je me dis tout bas que c’est peut-être en callant malade qu’on a le temps de prendre des vacances pour aller dans le Sud… C’est alors que Louis-Philippe saute sur scène de façon énergique avec sa guitare (qui deviendra symbole de fin du monde), pour nous parler de toutes les activités qu’on peut faire partout au Québec, ou en tout cas, partout qui n’est pas Toronto.

Le chanteur-guitariste-organiste-percussionniste et son band sont peut-être barrés de cette ville, mais ça ne les empêche certainement pas de se rendre quelque part où règnent les palmiers et les noix de coco. C’est dans leur pièce Apocalypso qu’on commence vraiment à sentir qu’on est débarqués de l’avion, quelque part autour du tropique du Cancer. Imagine-toi de la musique tropicale à la Compagnie Créole, et tu ne seras pas loin de l’endroit où nous fait atterrir Gingras.

Attention par contre: cet endroit-là tremble de danger. On entend souvent le mot «apocalypse» ou des variations de celui-ci sortir de la musique que nous joue Louis-Philippe et sa gang. Il nous aura avertis du danger, et on ne lui aura pas écouté; et ainsi, un zombie entre sur scène !

Sébastien Croteau, vêtu d’un t-shirt sur lequel est écrit «I <3 zombies», se rend au micro en vraie démarche de zombie, pour nous hurler des sons qui font peur. Il faut croire que l’acteur de voix pour jeux vidéos ne s’arrête pas au 31 octobre pour envoyer des frissons rigolos à son public.

La foule ne s’en fait toujours pas. Elle est encore heureuse, la foule. Elle n’a pas peur, la foule. Louis-Philippe, par contre, semble de plus en plus déconcerté par un problème technique sur scène. Ceci n’est pas un test, il semble vraiment vivre l’apocalypse à sa manière. Après un certain temps, il nous avoue enfin la source de sa frustration: «Y a tu quelqu’un qui peut m’aider avec mon osti d’son d’guitare?»

On vient à sa rescousse. Puis, à l’écoute du son de sa guitare, Gingras explose en énergie. C’est le climax de l’histoire – il prend enfin le dessus de son «apocalypse personnelle»… On l’entend tirer des zombies imaginaires avec son grattement de guitare enfin perceptible. Son soulagement est palpable lorsqu’il interprète Deux Pouces, une autre pièce à saveur tropicale. De retour en vacances, quoi.

La foule, qui s’était montrée quelque peu gênée pendant le spectacle, se met enfin à se dandiner lorsque Gingras tente d’enseigner le «Poulycroc», tout en enlevant certains de ses vêtements… On est dans le Café Cléopâtre après tout, lieu où se passent occasionnellement des «strip-karaokés». C’est ainsi qu’il aurait appris à chanter, tout en se dénudant (partiellement toutefois!).

On peut donc dire que Louis-Philippe, sa bande et la foule ont survécu aux apocalypses réelles et imaginées, tout en goûtant au halo de la chaleur estivale qui nous manque déjà.

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