Chansons d’amour et d’effondrement à l’Usine C | Les faces du coeur
Performance du non-convenu, de l’originalité d’une formule catapulte de 63 minutes, définie par son directeur artistique Frédérick Gravel comme une « Face A / Face B », la première de la création danse et musique avait du mordant, de l’idéal à revendre. Un espace sans habillage ni effets spéciaux où alternent déhanchement du moi, attachement et chute vêtue de noir et langueur.
Dès l’introduction, à quelques minutes de l’arrivée des six danseurs, la scène s’agite et résonne. Quatre musiciens, dont Frédérick Gravel à la guitare, offrent une improvisation dans leur tranchée, pendant que les danseurs s’échauffent avec entrain. Puis, silence : le chorégraphe, musicien et compositeur des chansons du spectacle vient à la rencontre du public, seul devant le micro. Muni de petites feuilles, Gravel ouvre la soirée avec un discours sincère, tentant quelque peu de nous instruire sur le sens de la performance. Ironique et brillant, il n’hésite pas à faire un clin d’œil à la danse contemporaine et sa temporalité éclair dont les origines origineraient de La Genèse. Un pur moment de détente, sans queue ni tête, où l’on ressent toutefois la fébrilité interne de celui qui brandira la guitare électrique et chantera en seconde partie du spectacle des hymnes d’amour et de rupture.
Trois garçons, trois filles. Équilibre et unité du premier segment, où les hanches se balancent sans relâche, toniques. La répétition devenant geste d’existence, d’ancrage. Gauche, droite, visage impassible, regard au loin. L’effet piste de danse incognito. Le balancier de l’individualité en couleurs vives. Chaque danseur y va de son solo pour marquer le territoire de son corps, hors du groupe. Une distinction subtile dans cette expression de l’endurance d’être.
Le maître de cérémonie revient pour un monologue toujours aussi savoureux en traits d’esprit. Il invite le public à s’essayer au jeu du balancier, de la rythmique courante de maniement de son téléphone de sa poche et de l’y remettre, une fois chez-soi. L’art doit circuler, se répandre. La seconde phase des Chansons d’amour et d’effondrement s’ouvre avec une balade tendre interprétée par le MC Frédérick. Un chant mélancolique sur la séparation amoureuse et la perte de repère qui enveloppe les danseurs, cette fois-ci en couples. Deux à deux, revêtant la couleur noire, les binômes se meuvent en une valse du désir. L’intensité de fusionner au corps de l’autre malgré les menaces de l’oubli de soi et du non-amour.
Un dialogue de la tête aux pieds : « Je te veux, je t’aime, mais j’en souffre. » La danse passe d’un état feutré de rapprochement, à des éloignements douloureux, intenables. Le couple formé par Jean-Benoît Labrecque et Alexia Martel incarne toute l’intensité d’aimer et de rompre fatalement, avec un jeu de mains se nouant et s’éloignant, des caresses de cheveux du plus romantique effet. Présenté jusqu’au 28 mars, la création démontre tout le potentiel artistique de Frédérick Gravel, dont sa voix connectée à toutes les gammes de l’émotion du cœur.
- Artiste(s)
- Frédérick Gravel
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Usine C
- Catégorie(s)
- Contemporain, Danse, Performance,
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