Cabaret Festif! 2026 | Luan Larobina remporte les grands honneurs lors d’une solide soirée toute féminine!
Le concours-vitrine Le Cabaret Festif! tenait sa grande finale samedi dernier dans la grande salle Multi de l’Hôtel Germain, à Baie-Saint-Paul. La très agréable soirée a permis de couronner l’excellente Luan Larobina comme grande gagnante du prix du jury, alors que le groupe punk féministe Thee Soreheads raflait le prix du public, et que les deux autres participantes remportaient à tout le moins une place privilégiée dans nos petits cœurs de mélomanes!
Pendant que de nombreux festivals au Québec font piètre figure en matière de parité, les différents jurys qui se sont partagés la tâche de juger chaque soirée du concours en sont venus à construire, sans même forcer ni se concerter, une finale toute féminine.
Avant d’en appeler à une conspiration woke, les sceptiques auraient eu avantage à se pointer samedi soir, question de constater le haut calibre d’autrices-compositrices-interprètes proposées. La soirée s’avère un véritable condensé des tendances actuelles : hybridation des styles, affirmation identitaire et, surtout, une forte présence scénique, même dans la douceur, qui a donné à cette édition une couleur résolument affirmée.
D’entrée de jeu, l’ambiance oscillait entre fébrilité et intimité, portée par une salle comble et un public visiblement engagé et attentif. Rencontré au hasard avant le début du spectacle, le grand manitou du Festif!, Clément Turgeon, m’exprimait sa fierté de constater que la population locale s’intéressait et s’investissait émotionnellement avec le concours. Si la finale attirait des médias de Montréal et Québec, ainsi que des fans gaspésiens et d’autres régions de la Provice, les Baie-Saint-Paulois et Baie-Saint-Pauloise étaient majoritaires aux soirées de qualifications depuis janvier. Pour une population de 7000-quelques habitants, c’est louable! Il faut dire que le festival fait un travail remarquable depuis des années en ce qui a trait à faire briller les artistes d’ici auprès de la population. C’est comme ça qu’on construit des carrières et qu’on les met en lumière.
* l i l a. Photo par Ludovic Gauthier.
Quatre propositions émotives et personnelles
La soirée a rapidement mis en évidence la richesse des propositions artistiques, chacune des finalistes occupant un territoire esthétique bien distinct. Chacune disposait de quatre chansons pour charmer et convaincre le public et le jury, ce qui donnait du rythme à la soirée.
Le projet l i l a a ouvert le bal dans une atmosphère quasi cérémonielle, misant sur une approche introspective et fragile. Utilisant des drapés blancs à dentelles avec des figurines évoquant une crèche en guise de décor, l’artiste dark-folk de Québec, dont le premier album est attendu pour le printemps, a fait très bonne figure. Sa magie blanche musicale opérait grâce à un timbre de voix charmant et réconfortant et une instrumentation à l’avenant. Le public était suspendu à ses lèvres.
D’ailleurs, bien qu’elle n’ait pas remporté le prix du public ni celui du jury, l i l a a décroché les prix du Pantoum, de Shoebox / La Shed Relations de presse, de l’Ampli de Québec et du Zaricot. Elle ne part pas les mains vides!
À l’opposé de la douceur introspective de l i l a, Thalia Rosaura a injecté une énergie rassembleuse, portée par une électro-pop bilingue où se croisent influences latines et sens de la fête. D’entrée de jeu, elle expliquait ses origines, ce qui aide à apprécier le mélange de styles : elle a grandi à la fois dans la maison de son père québécois qui appréciait apparemment la chanson québécoise, et celle de sa mère colombienne qui n’écoutait que de la salsa!
À peine trois jours après sa participation en finale ici à Baie-Saint-Paul, Thalia Rosaura participera aux préliminaires des Francouvertes, au cabaret Lion d’or mardi soir. On verra si son parcours se poursuivra jusqu’en finale, à l’instar de son aventure au Cabaret Festif!
* Thalia Rosaura. Photo par Ludovic Gauthier.
Au cœur de cette diversité d’approches, la victoire de Luan Larobina apparaît à la fois logique et révélatrice. Là où d’autres ont misé sur l’impact immédiat, l’autrice-compositrice-interprète a choisi la retenue. Une prise de risque, dans un contexte de compétition, qui s’est avérée payante.
Accompagnée sobrement (violon, contrebasse, guitares acoustiques et harmonies de voix autour d’un micro collectif à la manière de Patrick Watson), elle a imposé un silence presque religieux dans la salle, captant l’attention dès les premières notes. Sa proposition, à la croisée du folk québécois et d’influences latino-américaines, s’inscrit dans cette tendance actuelle à brouiller les frontières culturelles. Mais au-delà du métissage stylistique, c’est surtout la sincérité de son interprétation qui a fait mouche.
Elle a beau expliquer qu’elle a grandi « sur le 2e rang, à Douglastown » (petit village près de Gaspé), avant d’interpréter la jolie chanson justement titrée 2e rang, on devine qu’elle est plutôt vouée à se rendre au PREMIER rang! Le chemin parcouru ces dernières années – on l’a notamment vue et entendue aux côtés de vétérans lors du spectacle d’ouverture du nouveau Théâtre de la Vieille Forge lors du Festival en chanson de Petite-Vallée, au terme d’une résidence de création de quelques jours – semble avoir porté fruit lorsqu’on constate à quel point sa performance scénique suinte la maturité.
Le moment culminant, une sublime chanson dédiée à son père intitulée Vos de mi vida – qui sera par ailleurs son prochain single – a cristallisé cette connexion avec le public, transformant la performance en véritable expérience émotionnelle.
À l’instar de Thalia, Luan est elle aussi impliquée dans les actuelles Francouvertes, s’étant hissée au sommet du palmarès des préliminaires la semaine dernière. On comprend pourquoi… Une finale en mai au Club Soda semble logique, et souhaitable.
* Luan Larobina. Photo par Ludovic Gauthier.
Puis, Thee Soreheads ont frappé fort avec une proposition punk frontale et engagée, qui leur a d’ailleurs valu l’adhésion du public, malgré le fait que leur matériel est en anglais. Où qu’on se trouve au Québec, peu importe notre niveau de bilinguisme, des paroles comme « NO MEANS NO! » scandées à tout rompre, ça fait son effet! Le public semble aussi avoir apprécié les efforts de la chanteuse, Maria Jimenez, de s’adresser à lui en français, au meilleur de ses capacités, pour expliquer le propos des chansons. Au terme d’une soirée où la délicatesse était payante, disons que la prestation de Thee Soreheads prenait des airs de feux d’artifice punk de fin de soirée!
* Thalia Rosaura. Photo par Ludovic Gauthier.
C’était une finale réussie, donc, mais surtout cohérente avec son époque. Là où certaines éditions de certains concours peuvent donner l’impression d’un simple alignement de talents, la finale du Cabaret Festif! samedi dernier proposait un véritable dialogue entre les esthétiques et les identités.
Au-delà du palmarès, cette finale confirme aussi le rôle crucial du Cabaret Festif! comme incubateur de talents. En offrant non seulement une visibilité, mais aussi des outils concrets (bourses, résidences, accompagnement), le concours agit comme un véritable accélérateur de carrière.
Et si la victoire de Luan Larobina semble aujourd’hui évidente, elle s’inscrit surtout dans une continuité : celle d’un événement capable, année après année, de capter l’air du temps.
Et dans ce contexte, le triomphe de Luan Larobina n’est pas seulement celui d’une artiste prometteuse : il incarne une certaine idée de la relève : sensible, hybride, décomplexée, profondément incarnée… et en grande partie féminine!
* Un merci tout spécial à l’Auberge des balcons, qui nous a gracieusement hébergés afin de nous permettre d’assister à la finale du Cabaret Festif. Située à quelques minutes de marche de la salle où se tenait la finale, l’Auberge des balcons nous a accueillis merveilleusement, en plus de servir de lieu de rassemblement pour l’after-party de la finale, à son Bistro des balcons, bar-bistro-salle-de-spectacle adjacent à l’auberge qui propose par ailleurs une très belle programmation musicale à l’année.
- Artiste(s)
- l i l a, Le Cabaret Festif de la relève, Luan Larobina, Thalia Rosaura, Thee Soreheads
- Ville(s)
- Baie-Saint-Paul
- Salle(s)
- Auberge des Balcons, Salle Multi Hôtel Le Germain
- Catégorie(s)
- Chanson, Electropop, Folk, Pop, Punk,
Événements à venir
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mercredi
Demi-finale 3 | avec Luan Larobina, Thalia Rosaura et Fyore
Lieu : Cabaret Lion d'or

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