Anthony Kavanagh

Anthony Kavanagh au Gesù | Revival heureux

Il régnait hier dans l’enceinte de l’église du Gesù comme un courant spirituel, une élévation de la glotte par le rire à tous les degrés de décodage, de déconnade. Alléluia ! L’initiateur de ce phénomène : l’incomparable artiste tout terrain Anthony Kavanagh. Le cinquantenaire s’est plus que livré, à la sueur de son génie hilare, avec un concept sur mesure, salvateur : Happy.

Une performance à laquelle toute personne était conviée, quelle que soit sa construction sociale, son âge, comme le rappelait en introduction l’humoriste. Dès les premiers moments, des consignes claires sont émises avant de monter à bord de la ligne aérienne Happy : faire appel à son second degré pour être au diapason des blagues pour éviter toute contrainte de turbulence wokiste. Bien envoyé, Anthony ! Un art de la communication drolatique libérateur en ces temps de restrictions au lâcher-prise du rire, à la liberté de se plier en quatre face à la morale, et même à la faucheuse…

Abordant des sujets de société comme le genre, les relations conjugales et sa recette de la longévité, le show-man décortique sa performance en adressant avec bienveillance des conseils pour être plus heureux. À la manière d’un coach gourou de développement personnel, il demande au public de répéter avec lui leur adhésion. Pour être heureux, il faut… cesser de se comparer aux autres. Taire les conseils d’autrui pour nous décourager à réaliser nos rêves. Se débarrasser des êtres vampires tirant toute l’énergie de soi. Et tant d’autres sagesses expérimentées par l’homme ayant vécu durement les dernières années à cause de troubles de santé.

Dernière représentation dans la métropole, Happy est une ingénieuse forme d’humour qui a du sens, sans une seule seconde de pause. Du Kavanagh rodé, en trente-six ans de scène, se remémore-t-il. Revenant sur son passé, l’artiste traverse les grands moments de son existence, de sa carrière. Ses talents de bruiteur au cinéma, sa rencontre avec son alter ego Will Smith, son ascension de star jusqu’à Paris et bien d’autres tranches de vie glamour. Mais le Québécois revendique sa souche tricotée serrée. Il incarne l’attitude Elvis Gratton comme si de rien n’était, et n’hésite pas à exprimer les bons gros « sacres d’icitte » pour le plus grand plaisir du public séduit.

Les dernières minutes versent dans une bulle de sincérité touchante. L’artiste déconneur laisse tomber ses danses et tours de chant et passe en mode confidence. S’il est sur scène, c’est grâce à la Vie, à une survie, à l’attachement de ses fans. Kavanagh émeut lorsqu’il revient sur ces moments de flottements terrestres. Moment où l’émotion l’emporte sur le comique, sur son visage mis à l’épreuve, après plus d’une heure trente de don de soi, sans interruption. À travers son regard embué par l’énergie folle de la non-retenue, et sa voix sur le bord de l’extinction.

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