Activités culturelles dans les écoles : se justifier d’exister, encore et toujours
Les coupures qui ont menacé plusieurs programmes culturels scolaires ces derniers mois ont finalement trouvé une issue positive. Néanmoins, c’est avec une certaine prudence – et probablement une grande lassitude – que les salles de diffusion et les artistes ont accueilli la nouvelle. Telle une épée de Damoclès, l’ombre des restrictions budgétaires fait partie de leur réalité. Et celle de devoir rappeler les bienfaits de la culture pour les jeunes, aussi.
26 974 personnes ont signé la pétition visant à contrer la réduction de 13 millions de dollars pour le programme « La culture à l’école » et les sorties scolaires. La bonne nouvelle? Le grand public a toujours les arts au cœur. La mauvaise? N’a-t-on pas une impression de déjà-vu? Comme le formule si bien Vanessa Bousquet, chargée de projets et logistique à l’Agora de la danse : « Pourquoi faut-il à chaque fois que l’on coupe là? C’est un non-sens. » L’enjeu est la valorisation et l’accessibilité de la culture, pas sa contestation.
Planter la graine de la culture et de la citoyenneté
« Faire vivre aux jeunes des expériences signifiantes, leur faire goûter à ce qui se passe sur la scène montréalaise – qui est en pleine floraison, notamment en danse – c’est une expertise qui ne peut être apportée que par les artistes. », expose Laurence Éthier, auparavant enseignante spécialisée en danse au primaire et aujourd’hui artiste à plein temps.
Vanessa Bousquet, renchérit avec plaisir : « Faire venir la culture en classe, c’est permettre aux enfants de la voir différemment, comme un autre lieu des possibles dans lequel on peut découvrir toutes les formes d’art. » Cette magie, elle l’observe tout autant lorsque les jeunes viennent au théâtre ou dans une salle de diffusion : « C’est l’endroit où l’art vivant fait son effet Wow!, avec des interprètes en chair et en os, un éclairage, de la musique, c’est déstabilisant et hors du quotidien. C’est là que tout prend son sens et se transforme en moment unique. »
Sonik Boom, danseur spécialisé en breakdance, raconte : « Je rencontre des enfants qui n’auraient pas nécessairement pensé à aller prendre un cours ou qui se découvrent un talent pendant l’atelier. Et après, ils me demandent où aller pour continuer ». Lui et Laurence, qui animent souvent en duo, remarquent que les enfants moins familiers aux arts, peuvent présenter certaines faiblesses en coordination ou en endurance notamment. L’école devient alors l’un des moyens par lesquels on peut transmettre de nombreux vecteurs de santé, et l’un d’eux est assurément l’art.
Également étudiante au doctorat, Laurence a répertorié plusieurs compétences transversales qui émergent de ses ateliers. Au temps d’éducation physique doublé par jour, à l’image de soi qui se développe, à la nouvelle voie d’expression qui s’acquiert, s’ajoutent entre autres la capacité de s’affirmer, de coopérer, de s’autoréguler… Des apprentissages de citoyenneté en somme, de ceux que l’on n’assimile pas forcément en cours. Et malheureusement, cela parait quand les jeunes n’y ont pas accès. « La danse est essentielle dans le parcours d’éducation et de vie », abonde Vanessa.
Elle constate d’ailleurs ces bienfaits en permanence, que ce soit lors d’un projet final de Laurence et Sonik présenté à l’Agora de la danse, ou pendant la sortie scolaire d’une classe langage. Les enfants prennent confiance en eux, se respectent, s’investissent au-delà de leurs méconnaissances ou de leurs difficultés à s’exprimer.
Des bienfaits réciproques, en perpétuel sursis
Ces bénéfices ne sont pas mesurables que du côté des enfants. Laurence et Sonik confient avoir la chance de redécouvrir leur discipline au travers de ces jeunes qui l’expérimentent pour la première fois. « Leur faire travailler le matériel que nous travaillons en résidence, cela exerce une influence sur notre processus de création. C’est un cadeau! » Dans leurs pratiques, les deux artistes trouvent aussi l’espace pour aborder des sujets difficiles, comme l’appropriation culturelle, la confrontation, la honte… « L’atelier dans l’école est un excellent prétexte pour véhiculer plein d’autres savoirs qui n’ont peut-être pas leur place autrement. », observe Laurence.
Pourtant, ce cadeau est à réhabiliter, chaque année. Les dépôts de projets à vocation scolaire reçoivent leur réponse en janvier, et doivent commencer en février ou mars. Les artistes et le personnel enseignant établissent donc leur horaire en fonction de projets imaginaires. Et lorsque le financement est accordé, il est rarement suffisant pour toutes les classes ; un choix crève-cœur et une contrainte de logistique émergent alors et reviennent aux professeur·e·s, déjà surchargé·e·s.
Où trouver le feu sacré pour continuer? « Ce qui m’anime, c’est de partager ma passion, de voir les enfants découvrir quelque chose de nouveau, de prendre conscience de leur corps, de réussir des mouvements complexes, tout ça, cette transmission, ça me rend heureux! », répond Sonik.
En dépit des coupes et des incertitudes, l’implication sans faille de Vanessa, Sonik et Laurence demeure. Cette dernière conclut : « On vit un rêve de faire de cela notre métier, on ne le prend pas à la légère… Et on va continuer de pousser pour qu’il y ait plus de culture dans les écoles ! »
Pour en savoir plus sur les activités organisées par l’Agora pour les jeunes, consultez leurs Activités jeunesse.
* Cet article a été produit en collaboration avec L’Agora de la danse.
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