crédit photo: Kristof G.
Melissa Auf Der Maur

Melissa Auf der Maur à la SAT | Retour aux sources, en mots et en photos

Votre scribe doit vous faire un aveu : il est depuis un bon moment un inconditionnel de la Montréalaise Melissa Auf der Maur, légende du grunge (membre de Hole, puis des Smashing Pumpkins), en particulier de ses deux excellents albums solo, Auf der Maur (2004) et Out Of Our Minds (2010). À l’automne 2011, la carrière musicale de la bassiste-chanteuse est hélas tombée sur pause lorsqu’elle devint maman, peu après avoir fondé le centre d’art multidisciplinaire Basilica Hudson avec son mari, le réalisateur Tony Stone.

Le 17 mars dernier, le jour de la St-Patrick, comme à chaque année, MAdM célèbrait aussi son anniversaire de naissance. Or, cette fois-ci, c’était spécial : son livre Even the Good Girls Will Cry: A ’90s Rock Memoir paraissait chez Da Capo (division de Grand Central Publishing et Hachette). Une nouvelle œuvre signée MAdM dont le monde entier peut enfin profiter.

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Et semble-t-il que votre scribe n’était pas le seul qui s’ennuyait de MAdM, car elle est partout depuis qu’elle a amorcé sa tournée de lancement. Que ce soit lors d’événements ou dans les journaux de Londres (The Guardian, UK Times), New York (NY Times) et Montréal (The Gazette). D’ailleurs, notre rédacteur en chef a pu attraper MAdM il y a quelques semaines le temps d’enregistrer une entrevue (que vous pouvez lire et/ou écouter ici).

Et sachez que toute cette attention est pleinement méritée. Car cette autobiographie rock est des plus réussies et son témoignage fera assurément résonner plusieurs cordes chez les trippeux de musique alternative de tous âges, à en juger des 500 personnes s’étant rendus à la Société des arts technologiques par un petit lundi printanier, à l’occasion du lancement montréalais d’Even the Good Girls Will Cry.

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Connectée, lumineuse et pas barrée

Fidèle à elle-même, MAdM est arrivée tout sourire, les cheveux couleur rouille fort bien coiffés, vêtue d’une élégante robe turquoise. On aurait dit une star des années 1960. Pilotée par la chevronnée animatrice Catherine Pogonat (ARTV, Musique Plus, Radio Canada), la soirée allait se dérouler en trois temps : d’abord, on eu droit à plus d’une heure de questions-réponses en forme de dynamique conversation entre les deux pétillantes femmes. Ensuite, avant de finir la soirée par un DJ set à saveur nostalgique, MAdM prendrait le temps de dédicacer la plupart des livres (et autres albums) de ses fans. La générosité incarnée.

Vous savez, c’est que MAdM inspire confiance et respect. C’est ce qu’on pu constater lorsqu’elle s’installa au micro, afin de lire en guise d’intro un court extrait pour un public nombreux (on affichait complet), aussi attentif que discret. Car elle ne fait jamais semblant, étant toujours dans l’instant présent, là maintenant, authentique, vraie.

Celle qui a toujours été une ambassadrice montréalaise exemplaire avoua être fort émue de terminer cette tournée « à la maison », dans la ville qui l’a vue éclore et grandir, auprès des siens. En plus d’une tonne de fans, d’artistes (on y a croisé des membres de The Dears, Groovy Aardvark, Tricky Woo et Les Shirley, entre autres) et/ou d’ami·es, sa maman (la traductrice Linda Gaboriau), son mari et ses nièces y étaient, afin de célébrer en bonne et due forme la sortie de cette autobiographie des plus poétiques portant sur la décennie 1991-2001.

En fait, MAdM décrivit son parcours comme une fable, celle de la cendrillon du grunge, avec une bouteille de bière en guise d’escarpin de verre. Dans ce livre, elle raconte cette fameuse soirée où son destin bascula à jamais. On parle bien sûr du 23 juillet 1991, alors que Smashing Pumpkins donnait son premier show à Montréal. Un petit lundi soir alors que ne coûtaient qu’un dollar (!) les spectacles aux iconiques Foufounes Électriques, où MAdM bossait comme ticket girl, entre deux soirées passées en tant que DJ à cassettes (!!) au minuscule Bar le Bifteck.

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Une bouteille à la mer

Après que son coloc de l’époque (Bruce Cawdron, devenu ensuite percussionniste pour Godspeed You! Black Emperor!!!) eut balancé une bouteille sur la guitare de Billy Corgan, elle est allée s’excuser auprès de ce dernier au nom de Montréal. Ce qui enclencha une formidable réaction en chaîne — racontée avec autodérision et brio dans le bouquin — qui amena Billy à recommander MAdM à son amie Courtney Love (qui était depuis peu la veuve de Kurt Cobain) pour tourner avec son groupe Hole, qui venait de perdre sa bassiste Kristen Pfaff (qui succomba à une surdose d’héroïne, à peine deux mois après le suicide du chanteur de Nirvana).

Après avoir d’abord refusé l’offre (aussi tentante que stressante), MAdM s’est finalement laissée convaincre d’embarquer dans cette rocambolesque aventure et fit le tour du monde avec Hole de 1994 à 1999, avant de quitter le groupe pour joindre celui de Billy, les Smashing Pumpkins, jusqu’en 2000.

Au cours de ce récit initiatique en trois actes (Magic, Music, Death), Melissa devient l’artiste qu’on connait sous l’acronyme MAdM : depuis ses études photographiques et les premiers, mais passionnés balbutiements rock de la grande rouquine (son groupe Tinker), jusqu’à ses rencontres avec des légendes du rock, du cinéma et de la pop culture.

On suit ensuite en coulisse cette rockeuse rousse qui cherche sa voie, appelée par cette musique aussi libre et énergique que magique, qui connectait tellement de jeunes ici, là et là-bas aussi. On y (re)découvre une femme forte et fonceuse, fière de ses racines et qui aux yeux n’a pas du tout froid. Non, MAdM ne craint jamais de nommer un chat un chat, faisant preuve d’une intégrité sans faille.

Alerte au divulgâcheur : le livre se termine en 2001, alors que le World Trade Center s’effondre au centre-ville de New York, rappelant étrangement la finale du film Fight Club, mais sans Where is my Mind? de Pixies (insérez plutôt votre pièce préférée de MAdM, Hole, Smashing Pumpkins, Nirvana ou Foo Fighters).

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Se mettre à nu, ouvrir son cœur

MAdM doit avoir une mémoire photographique. Au micro, elle avoua avoir rédigé le tout entièrement de mémoire, sans l’aide des internets, sauf pour confirmer quelques dates de tournée. Afin de s’imprégner de l’époque et d’aller toucher à l’état d’esprit qui l’habitait à ses débuts sans la cour des grands, elle a également visionné en boucle l’un de ses tout premiers concerts avec Hole (qui avait été tourné par la chaîne ABC en octobre 1994, qu’elle a retrouvé sur YouTube). Il faut dire qu’armée de sa caméra, elle documentait son expérience en tournée et qu’elle a tout gardé : elle possède des dizaines de milliers de photos (physiques!), lettres, fax et autres cassettes et bandes vidéo.

En amorçant la rédaction durant la pandémie, elle estimait avoir assez de recul, un quart de siècle plus tard, pour porter un regard lucide sur ce qu’elle appelle efficacement la dernière décennie analogue. Et elle avait bien raison : ses réflexions sont d’une maturité exemplaire, s’inscrivant parfaitement dans le partage d’expérience pour les générations suivantes, féminines de surcroît.

Dans son ouvrage parsemé de photos d’archives, elle se dévoile et se met littéralement à nu, autant émotionnellement que physiquement (voir ses autoportraits). Elle raconte aussi de grands pans de sa vie familiale (rendant magnifiquement hommage à sa mère et à son défunt père, Nick Auf der Maur, influent journaliste, qui fut aussi parfois politicien) et personnelle, qui mettent parfois en vedette des stars du rock alternatif dit grunge, tels que Dave Grohl (Nirvana, Foo Fighters), avec qui elle a jadis formé un couple.

Avant publication, a-t-elle demandé à Billy, Courtney (qu’elle considère comme ses « parents grunge ») et Dave leur permission et approbation? Oh que non. Si les avocats de sa maison d’édition ont en effet dû parcourir le tout pour donner leur aval en amont, ce n’est pas le cas des rockeurs susmentionnés, qui doivent probablement lire en ce moment même le livre en question, selon la principale intéressée. Mais rassurez-vous : elle précisa avoir tout de même avisé en personne ses vieux amis de leur présence dans son projet, et personne n’était même un tantinet inquiet. Celleux qui étaient au concert des Foo Fighters à Verdun il y a quelques années peuvent en témoigner.

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Remettre des pendules à l’heure

Et que dire de cette empathie et cette bienveillance qui émanait d’elle, autant lorsqu’elle écoutait les (et répondait aux) questions de ses fans que lorsqu’elle parlait de ces femmes artistes qu’elle a eu la chance de côtoyer (Courtney et Patty Schemel, en tête), ces écorchées ayant été brûlées vives sur le bûcher médiatique comme des sorcières jadis. Dans son bouquin, ayant vécu tellement d’aventures de l’intérieur, elle en profite justement pour remettre quelques pendules à l’heure en donnant d’autres sons de cloche (les siens), et c’est tout à son honneur.

En bonne féministe punk, au cours de l’échange devant public, MAdM ne gênait pas non plus pour brandir un doigt d’honneur à l’égard de « the man », qu’on parle de quelqu’un comme Harvey Weinstein (son amie Courtney l’avait hélas payé cher, après avoir publiquement dénoncé la sale réputation du criminel), de bonzes de l’industrie musicale, ou encore de cet orangé tyran qui semble toujours plus ignoble qu’exécrable.

Depuis qu’elles ont renoué leur amitié (après avoir passé plus d’une décennie sans se parler), MAdM et Courtney sont plus proches que jamais. D’ailleurs, la première chante sur toutes les pièces de l’album solo de la deuxième, qui doit paraître avant la fin de l’année, alors que les possibilités de performer lesdites pièces en concert avec son ex-collègue n’ont pas été confirmées ni démenties.

De plus, MAdM rapportait que la blonde chanteuse l’a récemment complimentée sur ses talents de diplomate dont elle a fait preuve durant sa tournée de promotion et qu’elle ferait une excellente Première Ministre du Canada. Ce à quoi les 500 quelques spectatrices et spectateurs présents ont approuvé sous un tonnerre d’applaudissements. Bref, elle est toujours aussi inspirante, cette MAdM.

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Également à l’affiche

Qu’est-ce qui s’est vient pour MAdM? Un documentaire est présentement en production (un bref avant-goût a été présenté à la SAT), s’articulant autour de l’artiste revisitant son passé et ses archives, afin de choisir les photos pour cette biographie, mais aussi (surtout) celle qui composent l’exposition itinérante My 90’s Rock Photographs et le bouquin éponyme qui l’accompagnera. L’exposition débutera son périple à Toronto (à l’Art Gallery of Ontario) dès septembre.

Et sachez qu’on a entendu entre les branches que de la nouvelle musique serait aussi au programme. On a déjà hâte (VRAIMENT BEAUCOUP, LÀ!).

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