Barbara Hannigan à la Maison symphonique | Du classique au kitsch
Barbara Hannigan est incontestablement une étoile montante de la scène musicale actuelle. Quiconque a entendu (et vu) ses Mystères du Macabre de Ligeti, en concert ou sur disque, ne saurait en douter. L’artiste canadienne, cheffe d’orchestre et soprano, se déposait à la Maison symphonique non pas pour une, mais bien pour deux soirées qui s’annonçaient intrigantes.
Première soirée : « Flamboyante Barbara Hannigan »
Lors d’une entrevue, Hannigan a déclaré qu’elle ne cherchait pas nécessairement de thématique : « Il n’y a pas besoin que les programmes se connectent entre eux, mais une œuvre, individuellement, doit être un monde en soi ». Après avoir assisté aux deux soirées avec l’OSM, on a pu constater qu’elle peut passer de la parole aux actes puisque l’éclectisme extrême y régnait.
La première soirée a débuté tout en douceur avec la Symphonie n° 90 en ut majeur de Joseph Haydn. L’introduction lente installe une tension et nous fait profiter de l’acoustique extraordinaire de la Maison symphonique. Ça devient rapidement plus intense et rythmique, l’énergie collective de l’orchestre augmente d’un cran et l’effet dramatique est amplifié. La cheffe dirige sans baguette, utilisant tout son corps : ses mouvements semblent presque théâtraux par moments.
On entend ensuite la Dance symphonie de Aaron Copland. Pour quiconque qui apprécie la présence des instruments à vent dans un orchestre symphonique, c’est un moment de bonheur qui évoque parfois des accents stravinskiens. Harmonie dissonante, mélodies fragmentées, tout ça crée une atmosphère intrigante et presque oppressante par moments. Hannigan y est magistrale; gestuelle ample, elle mime l’énergie brute de l’œuvre en étant très expressive. Un spectacle en soi.
Le deuxième acte de cette première soirée est plus ludique : ça débute par Gaîté parisienne d’Offenbach. Nous ne sommes plus du tout dans le même registre, on passe du dramatique à des thèmes plus dansants. Il faut savoir que Gaîté parisienne n’est pas une œuvre originale d’Offenbach, mais une suite de numéros tirés de ses opérettes qui avait pour but de créer un ballet entièrement construit à partir de musiques du compositeur allemand, réassemblées et réorchestrées par Manuel Rosenthal. Plus colorée et pleine de vie, cette musique demande à l’orchestre des changements rapides, puisqu’elle alterne entre ouvertures, valses, polkas et marches. Malgré la virtuosité orchestrale exigée, l’orchestre semble s’éclater.
Le moment humoristique de la soirée n’était pas inscrit au programme : une parodie d’opéra italien, le Duetto buffo di due gatti de Rossini. Quoi dire d’autre que la caricature extrême a fait rigoler toute la salle. On a eu droit à des miaulements de tout le monde, de Marie-Nicole Lemieux à la cheffe invité, en passant par ceux des spectateurs et d’Andrew Wan, premier violon de l’OSM.
Ce programme s’est soldé par deux œuvre de Kurt Weil, qui démontre encore une fois que l’éclectisme était le fil conducteur de ce programme.
Deuxième soirée : « Dansez avec Barbara Hannigan ! »
Le programme de la deuxième soirée était éclaté et bâti autour du thème de la danse et de la nostalgie. Passant du jazz de Glen Miller au boléro romantique de Xavier Cugat, sans oublier les interprétations de Youkali (Kurt Weill), Non je ne regrette rien (Charles Dumont) et La vie en rose (Piaf), on est passé de l’émotion au kitsch plusieurs fois en cette froide soirée de février.
Avant de se diriger vers la salle, le public a été invité dans le foyer qui s’est transformé en piste de danse, où un duo de danseur professionnels a offert un cours. Certains suivaient religieusement les consignes, et d’autres… pas du tout! L’espace ressemblait à un joyeux chaos.
Retour à la prestation musicale. Votre humble serviteur ne commentera pas sur le In the Mood for Love, trop souvent entendu et qu’il ne supporte plus. Cependant, le choix de Moonlight Serenade, superbement interprété par l’OSM, l’a rapidement réconcilié avec le choix de Glen Miller au programme.
Autre bémol du début de la soirée : plusieurs chaises vides laissaient croire que nous aurions droit à une version plus légère de l’orchestre, ce qui le rendrait moins puissant qu’a l’habitude. Cependant, une surprise nous attendait.
Début de la pièce de Xavier Cugat, My Shawl : kitsch, rythmique et parfaite pour un déploiement des cordes sublimes. Surannée, la musique nous transporte à une autre époque. Le reste des membres de l’OSM sortent de leurs cachettes et prennent place.
C’est aussi l’arrivée du duo de danseurs sur la scène : toujours impressionnant de voir le niveau de grâce et de légèreté que peut atteindre ces professionnels.
On aura droit à de constants changements de registre, qui déstabilisent par moments, mais qui sont largement compensés par les apparitions de Marie-Nicole Lemieux et ses interprétations impeccables. Impressionnant aussi : les transitions entre chant et direction de Hannigan, qui nous livre un Youkali théâtral et intense, qui surpassait de loin celui de la veille.
Au-delà de sa présence scénique captivante et de son enthousiasme communicatif pour le répertoire, Hannigan s’est distinguée par sa capacité à créer un lien fort avec le public. Grâce à ces choix de programmation éclectiques, ses talents de chanteuse et de cheffe d’orchestre se sont harmonieusement fondus en une expérience théâtrale unique.
Œuvres du mercredi 4 février
Joseph Haydn, Symphonie no 90, Hob. I : 90
Aaron Copland, Dance Symphony
Jacques Offenbach, Gaîté parisienne (arr. M. Rosenthal), extraits
Ouverture
I. Allegro brillante
II. Polka
XIII. Valse lente
IX. Tempo di marcia
X. Valse moderato
XI : Vivo
Barcarolle
XV. Allegro
XVI. Cancan
XX. Allegro
XXI. Allegro
XXII. Vivo
Gioachino Rossini, Duetto buffo di due gatti
Kurt Weill, Youkali
Kurt Weill, Lost in the Stars
Œuvres du jeudi 5 février
Glenn Miller
In The Mood (arr. Bill Elliott)
Moonlight Serenade (arr. Bill Elliott)
Xavier Cugat
My Shawl (arr. Fabian Andre/Bill Elliott)
Kurt Weill
Youkali ( arr. Bill Elliott)
CharlesDumont/Michel Vauclair
Non, je ne regrette rien
Jacques Offenbach
Gaité Parisienne (extraits) (arr. Greg Anthony Rassen)
Ouverture
I. Allegro Brillante
II. Polka
X. Valse moderato
Barcarolle (extraite des Contes d’Hoffmann)
XXII. Vivo (Can Can)
Richard Rodgers
Carousel, Act 1 : Carousel Waltz [La valse du carrousel] ( arr. Bill Elliott)
Fredrerick Loewe/Alan Jay Lerner
My Fair Lady : I Could Have Danced All Night (arr. Billy Elliott)
Louiguy/Édith Piaf
La vie en rose (arr. Bill Elliott)
- Artiste(s)
- Barbara Hannigan, Orchestre Symphonique de Montréal
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Maison Symphonique
- Catégorie(s)
- Classique, Contemporain, Contemporaine, Tango,
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