Entrevue avec Maxime Gervais | Divertir autrement
Maxime Gervais n’est pas un humoriste traditionnel. Il n’aime pas les jokes du style « ma blonde ronfle trop fort » ou « le chien du voisin a pissé sur mes plantes ». Maxime Gervais apprécie surtout s’émanciper dans des alter ego, l’absurde, le non-dit, ce sentiment doux-amer du rire qui se mêle à la gêne. Dans une semaine exactement, il présentera son spectacle C’était magnifique au Club Soda, deuxième en carrière, avant de prendre son envol pour une tournée qui s’étalera jusqu’en janvier 2027.
C’est un show que je ne veux pas trop intellectualiser. Parce que j’ai l’impression que plus je vais essayer de l’expliquer, moins ça va être ça [rires]. Des fois, je vais voir des premières de certains de mes collègues. J’écoute le show, je me dis “Hey, c’est bon!”. Mais j’ai l’impression que moi, je fais complètement un autre métier, une autre forme d’art.
Sa première incursion en solo, tentée un an après la dissolution de son défunt duo Les Pic-Bois, a servi d’une base de départ solide pour étendre son univers tragi-comique.
« Avec mon dernier spectacle, Big Max, je tendais beaucoup la main aux gens, leur dire “ça va être bizarre par moments, ça va être absurde, mais faites-moi confiance, ça va bien aller!” Mais je me suis rendu compte qu’après les spectacles, quand je rencontrais le public, il n’a pas besoin de ça. Les bouts les plus radicaux, c’est ça qui les faisait le plus triper. Je peux maintenant plonger vraiment dans ce que j’ai le goût de faire, et me donner un cadre super libre. »
La beauté dans l’inexpliqué
Maxime Gervais ne nous en a pas dévoilé beaucoup sur sa nouvelle production, pour garder la surprise, certainement, ou peut-être parce qu’elle se situe davantage dans le monde de l’inexplicable. Ce que nous savons, c’est qu’une corporation nommée Ovomax semble vouloir prendre le contrôle du spectacle. Si ce n’est pas assez pour mettre l’eau à la bouche, voilà une bande annonce de C’était magnifique, qui n’en dévoile pas plus sur l’intrigue!
Ici, à la rédaction, nous sentons une certaine forme d’ambiance lynchienne dans cette trentaine de secondes du teaser, confirmée par l’artiste lui-même.
« Je suis content que tu nommes David Lynch, parce que c’est vraiment une influence majeure! Dans ma vie, mais aussi pour ce spectacle-là. »
« [Dans C’était magnifique], j’essaie de parler de l’ère dans laquelle on vit, mais sans en parler. Plus de parler du feeling, de l’espèce de boule d’angoisse que cette époque-là nous crée. L’espèce de perte de contrôle, qu’on ne reconnaît plus notre monde. Et je me suis rendu compte que dans le fond, l’humour absurde, c’est un super bon véhicule pour ça. »
* Photo par Karelle Goguen-Bancel.
À la Bowie, Maxime Gervais collectionne, depuis des années, les alter ego : Claude Crest, Big Max, Maître Nintendo… Une manière de s’émanciper et d’exagérer certains traits de sa personnalité : « C’est quand même trippant des fois, être quelqu’un d’autre sur scène, même si c’est juste pour 10 minutes. Ça fait du bien. J’ai un personnage de trappeur urbain, il fait un peu Stone Cold Steve Austin, le lutteur. C’est quelqu’un qui envoie chier tout le monde, il a aucun doute sur ce qu’il est en train de faire. Moi je suis zéro comme ça dans la vie, mais même si c’est écrit, même si c’est sur une scène, pis que c’est très codé, je le vis quand même. C’est juste laisser sortir quelque chose qu’on ne fait pas dans la vie de tous les jours. »
Dans à peu près tous les numéros, je présente un alter ego, et à un moment donné, je casse le personnage ou le numéro. En tout cas, il y a un 180 ° dans ce qui est en train de se passer sur scène. Souvent, les personnages sur scène, ils se retrouvent soit brisés, soit ils ne comprennent plus ce qu’ils font, ils ne savent plus où ils sont, ils sont possédés, ou whatever. Ce qui nous amène à tantôt, quand je parlais de la perte de repères.
Même si l’univers créé par Gervais dans C’était magnifique sera très théâtral, cinématographique, imagé, l’humoriste ne basera pas sa production sur de grands décors. À la place, il a fait appel à un vieil ami pour « habiller » les sketchs. « J’ai fait mon secondaire à Valleyfield avec Martin Poulin, qui est dans le groupe Crabe. On se connaît depuis quasiment 30 ans. Avec l’univers que j’explorais, qui est justement très lynchéen, je savais que lui, il comprendrait tout, raconte Maxime Gervais. On est allés prendre un café c’était la première fois que je verbalisais le show. Quand il s’est mis à m’envoyer des maquettes de musique après ça, je me suis dit “ok, ça devient vrai.” Il a catché exactement la vibe que je voulais. »
La liberté moderne en humour
Maxime Gervais est entré dans le milieu de l’humour il y a plus de 20 ans, en cofondant les Pics-Bois avec Dom Massi, un ami de jeunesse. Il trouve l’industrie plus éclatée et intéressante aujourd’hui qu’à l’époque.
« Quand j’ai commencé, on était encore dans cet espèce d’âge d’or de Juste pour rire, où la seule voix en humour, c’était “prépare un numéro assez grand public, fais un gala, deviens une vedette, puis fais de la télé.” Mais aujourd’hui, avec le web, j’ai l’impression que je sens vraiment une plus grande liberté. J’ai trippé à écrire C’était magnifique, à le créer, parce qu’on dirait que je devais rien à personne. J’ai pas besoin de séduire qui que ce soit. Pis je sens qu’à l’époque, il aurait fallu que je sois plus dans le compromis, lance Maxime Gervais. »
Maxime Gervais continue à suivre de près ce que font les plus jeunes humoristes au Québec actuellement.
« Ils sont tellement décomplexés par rapport à l’humour. Ils ne répondent plus aux étiquettes, ils font ce qu’ils veulent. Ils peuvent autant faire du stand-up qu’être fucking absurde sur le web, champ gauche. On dirait que c’est la liberté-là qu’ils se donnent, c’est inspirant pour moi. »
La première montréalaise de C’était magnifique se tiendra ce 19 février, au Club Soda. Exactement une semaine plus tard, Maxime Gervais présentera son nouvel opus à l’Impérial Bell de Québec, avant de partir en tournée. Billets par ici.
- Artiste(s)
- Maxime Gervais
- Ville(s)
- Montréal, Québec
- Salle(s)
- Club Soda, Impérial Bell
- Catégorie(s)
- Experimental, Humour, Impro,
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