crédit photo: Alana Lopez
Poppy

Poppy au Théâtre Beanfield | Les filles aussi peuvent thrasher

Mentionnons-le d’emblée : avant hier soir, 29 mars 2025, je n’étais pratiquement pas familier avec l’œuvre de Poppy. Oui, comme tout le monde, je connaissais Girls in Bikini, mais, comme plus plusieurs, je n’avais découvert l’artiste que sur le tard via l’infâme interprétation de Crystal Methyd dans la saison 12 de RuPaul’s Drag Race. J’arrive donc au Corona (ou Beanfield pour whoever a fait la transition) sans trop savoir si je vais assister à du meme métal ou une performance sérieuse.

J’arrive donc à la salle 23 minutes en retard très exactement, pensant que la soirée n’est, elle aussi, pas à l’heure. On m’informe plutôt que non, tout est dans les temps, et que c’est bien le set de la première partie, le duo de Los Angeles Kumo 99, groupe mélangeant rap, jungle et punk dans une formule efficace (du moins sur album), qui a été particulièrement court.

L’entracte est donc nécessairement assez long, et surtout étrange au niveau d’une sélection musicale orientée vers la musique des années 60, mais avec quelques pièces de technical death jouées ça et là. On ne sait pas si ça va donner le ton au reste de la soirée, mais Poppy répond à ces questionnements dès les premières mesures de sa prestation.

Photo par Alana Lopez

Après un compte à rebours et une courte introduction vidéo, have you had enough?, coïncidemment aussi la pièce d’ouverture de l’album Negative Space paru l’an dernier, arrive comme une tonne de brique. Vêtue d’un genre d’ensemble de lingerie médiévale et faisant des petits pas de danse irlandaise tout en screamant violement, l’Américaine nous démontre rapidement la dichotomie qui habitera la soirée : un mélange de métal lourd et technique dans un ensemble girlie et léger (l’enchaînement de crystallized et vital en sera notamment un probant exemple).

C’est aussi ce que l’on sent au niveau du public : plusieurs jeunes ont répondu présent au rendez-vous et l’on côtoit autant des filles cottagecore que des métalleux quarantenaires en hoodie (d’ailleurs je ne veux pas ouvrir de débat ici, mais comment vous faites pour garder un coton ouaté dans un show comme ça?). Dans le mix, ce seront d’ailleurs les filles qui seront les plus déchaînées au parterre, ce que j’apprécie énormément. C’est la preuve que Poppy nous propose ici un safe space pour thrasher librement, idée régulièrement répétée dans le cadre des courtes introductions vidéo de certaines chansons.

Introductions vidéo, car oui, la musicienne, qui n’est déjà pas réputée pour être très bavarde, ne le sera ici pas du tout. On aura droit à un « Hello Montréal! », un « Thank you » à la toute fin, et deux invitations à des circle pit. C’est tout. De loin la plus grande point faille de cette soirée qui n’en avait sinon pas beaucoup.

Photo par Alana Lopez

L’autre point faible : un manque de rythme dans les transitions. Entre chaque chanson, la musicienne et son guitariste sortiront de scène derrière un paravent et reviendront quelques instants plus tard. Parfois quelques vidéos ou de trop rares interventions musicales du drummer viendront habiter ses vides, mais disons que le processus lasse à la longue. Et ce n’est pas faute d’essayer : les vidéos sont particulièrement beaux, rétro et sépia dans leur direction artistique, et mélangeant symbolisme visuel et messages d’emporwerment.

La musique en elle-même excusera toutefois presque entièrement les moments de silence. Très techniques, les pièces du dernier album de Poppy seront interprétées avec une belle justesse et un jeu de guitare particulièrement inventif. Sans avoir de pedalboard sur scène vu la scénographie épurée du spectacle, le guitariste jumèlera tout de même un grand nombre d’effets aux résultats variées et surprenants. L’exemple sera marquant dès la seconde chanson du set, BLOODMONEY, principal single de l’album de 2020 I Disagree, où les segments à la limite du dubstep que l’on aurait présupposé être joués sur des synthétiseurs le seront plutôt bel et bien à la guitare sous le doigtée exemplaire de son guitariste masqué.

La technique vocale de Poppy sera aussi exemplaire, quoique souvent aidée par une panoplie d’effet. La chanteuse enchaîne rapidement des segments de scream et de chant de tête sans jamais sembler en difficulté. Ce sera particulièrement évident sur des pièces comme Scary Mask, they’re all sound us ou l’excellente et conclusive new way Out.

Photo par Alana Lopez

Avec des mosh pit qui feront la moitié du parterre, deux circle pit et un wall of death, la question que je me posais au départ à savoir si j’allais voir un spectacle plus drôle que bon aura une réponse assez claire : Poppy offre un show violent, inclusif et solide qui nous donne déjà hâte à son prochain retour.

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