Beck

8 saveurs de Beck

Peu d’artistes peuvent se vanter d’avoir navigué d’un genre musical à l’autre avec autant de succès que Beck Hansen. Du slacker anti-folk de ses débuts jusqu’à sa posture actuelle de pop star assumée, Beck en a fait des zig-zags, sans toutefois jamais se perdre en chemin. Question de se mettre dans l’ambiance en vue de son spectacle à la Place Bell de Laval le mardi 10 juillet prochain, Sors-tu.ca vous propose le portrait d’un cheminement exceptionnel, sinueux et fascinant en 8 saveurs de crème glacée de Beck, accompagnées de nos meilleures trouvailles sur YouTube !

1. Saveur Anti-folk (1993-ish)

Peu de gens le savent, mais avant même de connaître le succès avec son hit Loser en 1994, Beck avait déjà enregistré 3 albums (en moins de 2 ans!) de façon indépendante, dont les deux plus marquants, One Foot in the Grave et Stereopathetic Soulmanure.

Delta blues, punk rock tout croche et country-western hillbilly se marient sur ces deux derniers, donnant lieu à quelques extraits longtemps sous-estimés, même si la chanson Rowboat a été reprise par Johnny Cash sur son album American II (Unchained) en 1996. « I especially like Rowboat », disait le vétéran Cash en entrevue, en marge de sa tournée de 1997 où Beck assurait sa première partie. « It sounds like something I might have done in the 60’s… when I was going through some kinda weird times. »

Les chansons Asshole (tirée de l’album One in the Grave), qui sonne carrément comme l’inspiration de base de toute la carrière d’Avec pas d’casque, et One Foot in the Grave (ironiquement tirée de l’album Stereopathetic Soulmanure, et non One Foot in the Grave !) se retrouvent encore souvent dans les setlists de Beck à ce jour.

2. Or doux (pour rappeur slacker)

Évidemment, Loser a tout changé pour Beck. Mais l’album Mellow Gold au grand complet demeure une oeuvre anti-commerciale au succès improbable, mais au génie indéniable.

Toujours un peu « chanteur folk slacker », Beck se met à rapper approximativement, à insérer des segments dissonants au beau milieu de ses chansons, à ralentir ses tempos…

Dur à croire qu’un label majeur ait investi dans cet album, mais bon, on nageait en plein nineties grunge, Nirvana avait fracassé les frontières de la pop, et les majors pouvaient bel et bien faire de l’argent avec des artistes bizarres et hors-normes.

Plus d’un million de copies vendues pour un album aussi iconoclaste… La belle époque.

3. Patchwork hirsute

One-hit wonder, Beck ? Pas question. Dès 1996, il revient avec son chef-d’oeuvre Odelay!, une collaboration avec les Dust Brothers, qui fait grandement usage d’échantillonnages, de beats électroniques et de rap beaucoup plus funky et moins slacker que sur Mellow Gold. 

L’album s’est vendu deux fois plus que le précédent.

Bon. En show, ça donnait aussi parfois des moments confus comme cette version de High Five au bien-nommé Bizarrefest 1997:

Eh boy…

Poursuivons.

 

4. Psyché brésilien

Rendu là, anything goes. Beck avait le droit d’aller là où il le souhaitait.

Prochaine destination ? Le Brésil, bien sur. Ou du moins le mouvement tropicalia. Mutations est d’ailleurs une référence à peine cachée au mythique groupe associé à l’âge d’or de ce mouvement, Os Mutantès. Sur l’album portant ce titre, paru en 1998, on retrouve notamment la chanson Tropicalia (ci-bas), mais Beck a aussi exploré les sonorités brésiliennes sur le b-side Deadweight, inclus sur la trame sonore du film A Life Less Ordinary. En 2005, Beck allait compléter sa « trilogie brésilienne » avec la chanson Missing, paru sur Guero.

Aucune de ces 3 chansons n’a été interprétée très souvent en spectacle par contre…

5. Vautours de minuit (ou funk Technicolor)

La passion de Beck pour le funk et le R&B a pris sa pleine forme sur Midnight Vultures, un album débridé paru en 1999.

Sexx Laws et Mixed Bizness sont les deux chansons les plus connues de l’album, et Beck a toujours aimé inclure Debra à ses setlists. Mais Nicotine & Gravy en est peut-être la plus sous-estimée.

Peu importe, rien n’incarne mieux le Beck funky que cette version live de Sexx Laws à l’émission Later… with Jools Holland en 1999.

 

6. Cause perdue (pour country mélancolique)

Si Beck affectionnait l’anti-folk et le country-western déglingué en début de carrière, il excelle aussi dans les chansons country-folk appliquées, mélodiques et mélancoliques.

Quelques titres de Mutations laissaient entrevoir cette facette de Beck, mais Sea Change (2002) et Morning Phase (2014) sont entièrement dédiés à cette approche, et sont vastement reconnus comme deux des meilleurs albums de BeckMorning Phase a d’ailleurs permis à Beck de remporter le prix Grammy pour l’Album de l’année pour la première fois de sa carrière, près de 20 ans après que Odelay! et Midnight Vultures aient été nommés sans l’emporter.

7. Rock star dans le tapis

Quand il le faut, Beck peut très bien dégainer la bonne vieille 6-cordes électrique et nous asséner un bon vieux rock-à-riff à sa façon, comme sur E-ProDevil’s Haircut, Gamma Ray ou encore Nausea 

8. Bubblegum multicolore

Quand Beck a récolté le prix Grammy pour l’Album de l’année en 2015 des mains de Prince (oui oui) grâce à Morning Phase, 90% des moins de 25 ans se demandaient « Who the fuck is Beck?« .  Ah la jeunesse.

Coïncidence ou pas, peu de temps après, Beck publiait en ligne un nouveau single ultra-pop intitulé Dreams, et on le voyait aux côtés de Taylor Swift (?) et St. Vincent (!) sur scène.

Ok. À ce point-ci, retournez voir la première vidéo en haut de l’article. Et dites-vous que ce jeune homme s’est retrouvé là. Hallucinant, quand même…

Tout ça pour dire, oui on le sait : le dernier album de BeckColors, n’est pas exactement son plus convaincant. Mais après autant de détours en 25 ans, un petit accident de parcours n’abîme en rien une carrière aussi riche en rebondissements.

 

Extra : la vidéo la plus bizarre de Beck qu’on ait trouvée en ligne…

Cette « entrevue » avec Thurston Moore de Sonic Youth.

Euh.

S’ensuivait une prestation acoustique approximative :


* Cet article a été produit en collaboration avec evenko.

 

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