Yannick De Martino
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Zoofest 2017 | Yannick de Martino propose un marathon tordant et quasi-littéraire au Monument-National

Yannick De Martino a présenté son spectacle-marathon « Expérience Tryptique », ce lundi soir 24 juillet au Monument-National, à Montréal. Présenté dans le festival Zoofest, il s’agit du regroupement de trois de ses spectacles (avec entractes) : Moralement Gris, Mon coloc comédien m’a aidé avec la mise en scène et Brouillon. Ce « Jean-Thomas Jobin décoincé » a partagé son imagination mordante, son sens inné de l’impromptu et son amour du chaos. Résumé d’une soirée bigarrée et tordante.

Au son de Last Resort de Papa Roach, Yannick De Martino arrive sur scène en disant un beau « Coucou!» à une salle à moitié vide. Le barbu aux cheveux épais et au long gros nez commence la première partie de son tryptique, Moralement Gris, et l’accueil du public est plutôt tiède.

Tout d’abord, quelques mots sur cet autodidacte surréaliste… Yannick De Martino a gagné le concours En route vers mon premier gala en 2011 et en a été finaliste en 2010. Il a aussi été la Révélation 2015 du ComediHa! Fest de Québec. Si son style d’humour semble être a priori absurde, on comprend après quelques minutes qu’il y a un réel fil conducteur et que les thèmes sont bel et bien reliés entre eux. Il y a souvent des parenthèses, dans des parenthèses, contenues dans d’autres parenthèses… Une mise en abîme bien réussie.

Le bafouilleur gourmand

Les thèmes abordés sont très variés : alimentation (un fin gourmet – beaucoup de ses sujets ou exemples tournent autour de la bouffe!), adolescence, cinéma, nature, célibat, séduction… Il se plaît aussi à faire de l’humour noir par rapport à la mort, l’apocalypse, la religion, et même la paternité (blagues de bébés morts!). Par ailleurs, c’est courageux de se présenter sur scène et de parler aussi ouvertement de son anxiété sociale, de ses tics nerveux et problèmes d’élocution. Il bégaie souvent, mais ne se laisse pas arrêter par ces difficultés de language.

Toutefois, Yannick De Martino a tenu certains propos sexistes sur l’image corporelle des femmes, dont on aurait réellement pu se passer…

Procédés littéraires imaginatifs

L’homme aux yeux taquins démontre sa très grande imagination, et explore les limites du possible lorsque, par exemple, il critique les «gratteux» de fast food où il faut répondre à une question mathématique. Il propose de faire payer les gens avec leurs connaissances plutôt que de l’argent… Et voilà l’obésité réglée, selon lui! Créatif, il décortique la chanson Ça fait rire les oiseaux comme si c’était une charade, et propose une «Cage aux Actualités», où des intellectuels célébreraient les nouvelles en mangeant des scones. Il maîtrise certains procédés littéraires, en créant des néologismes réellement inventifs, comme «assiester» (assister à un spectacle et faire une sieste). Il fait ensuite un slam nommé Péripéties dans le piri-piri, constitué de jeux de mots. Un chapelet soigné de petites perles,

Il se réfère quelques fois à son cahier de notes, car il dit que sa mémoire lui fait souvent défaut. À un moment, il mentionne qu’il s’est trompé dans l’ordre de ses blagues – mais pour le public ça ne paraît pas, évidemment. « J’ai mal travaillé, désolé», s’excuse-t-il, mais il n’a pas besoin de le faire. Lorsqu’il oublie le punch d’une autre blague, il invite le public à revenir le voir une autre fois. D’ailleurs, il fait souvent des réflexions sur ses propres farces, et semble constamment à l’affût des réactions du public pour mieux s’ajuster les prochaines fois… Belle désinvolture rafraîchissante!
Le fil conducteur semble se rompre, dans Mon coloc comédien m’a aidé avec la mise en scène. On embarque peut-être un peu moins, mais c’est ce qui fait la beauté de l’absurde : être déstabilisé. Ça devient un peu plus interactif (parodie de court-métrage, poèmes avec projections d’images, et chant de l’introduction de Eye of the Tiger).

Improvisation et interactions

Yannick de Martino interagit beaucoup avec son public, qui, lui, reste quand même peu réactif, et il qualifie souvent sa relation avec lui de «polie». Il improvise énormément (peut-être un peu trop!), au sujet de retardataires ou gens disparus entre ses spectacles. Lorsque certains s’ouvrent des Pabst, il s’insurge. Il compare cette marque avec Boréale, et insulte même le commanditaire, en traitant la compagnie de bière de «pauvres»! Ouch. Après une dizaine de blagues pendant Brouillon, il gueule sur un spectateur qui a les yeux rivés sur son cellulaire, et ça s’étire longtemps. Mais on le comprend ; pourquoi aller dans un spectacle si c’est pour fixer un écran? Il s’excuse tout de même au «texteur en série» à la fin du spectacle…
Il présente un seul personnage durant son Triptyque : le Chansonnier Malchanceux, qui porte une guitare à l’envers. Lorsqu’il la retourne, elle n’a pas de cordes! Guitare à deux dos, très inattendue. Il mentionne que le prix de cet accessoire de scène est plutôt rentable, selon les rires. Pour conclure ce bref instant où il personnifie le malaise, le manche entre dans le «body» de la guitare… Hilarant!
Le dernier segment de la triade, Brouillon, est de la même trempe que son prédécésseur – un zigzag multimédia. Il effectue un faux test de son et ensuite fait jouer des enregistrements de ses propres blagues, qu’il dit ne pas vouloir présenter! Il projete ses illustrations, absurdes ou réfléchies (telle une représentantion de la jalousie, où une chenille mord le cou d’un papillon comme un vampire).

Délicieusement décousu

En guise de conclusion, il chante What’s Up de 4 Non Blondes, accompagné de vidéos de bébés qui croquent dans des citrons. Puis il quitte la scène et revient pour remercier son public, qui se lève pour applaudir. Sans queue ni tête, et magnifique.

Bref, on est un peu saturé après trois heures, mais après une telle course de fond humoristique, on comprend que Yannick De Martino ne devrait plus être qualifié comme étant «de la relève». Il a bel et bien sa place parmi les Denis Drolet, Jean-Thomas Jobin, Chick’N Swell et autres maîtres des absurdités de ce monde.

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