Lydia Lunch

Taverne Tour – Jour 3 | Une soirée abrasive en compagnie de Lydia Lunch et de Marc Hurtado

Avec la chantresse du no wave Lydia Lunch qui reprend le répertoire d’Alan Vega et de son groupe Suicide, la soirée était davantage du côté papier sablé que dans la soie! Accompagné aux machines et au chant par le Français Marc Hurtado, les clichés se sont accumulés, même si Lunch les rejette pourtant.

Quoi de mieux qu’une soirée de Saint Valentin en compagnie de Lydia Lunch et de sa musique pas vraiment destinée aux âmes sensibles pour casser les clichés? Bon, j’étais cependant seul, parce qu’on a aussi 364 autres jours par an pour solidifier son couple, autrement qu’avec du chocolat et des fleurs.

Lydia Lunch est la porte-étendard du mouvement no wave, qui rejette les conventions musicales pour aller dans la dissonance et l’improvisation déstructurée. Ayant commencé sa carrière en 1976 au sein des mythiques Teenage Jesus and the Jerks avec James Chance, elle a fait carrière en étant reconnue et soutenue notamment par Nick Cave, Sonic Youth et Einstürzende Neubauten. Amie d’Alan Vega et de Martin Rev à leurs débuts au sein du mythique groupe Suicide, c’est en toute logique qu’elle se permet une relecture du répertoire de Suicide et d’Alan Vega, un concert qu’elle tourne depuis quelques années en Europe. Elle est accompagnée aux machines et au chant par Marc Hurtado, qui a d’ailleurs également travaillé avec Vega.

Entre le répertoire caustique de Suicide et l’aspect décapant de la musique de Lunch, c’est sûr que je m’attendais à être déstabilisé, et même éprouvé sonorement. Ce fut le cas. Entre le chant fâché de Lunch et les hurlements d’Hurtado, le tout accompagnés de pistes sonores minimalistes qui se font hypnotiques et agressives, les oreilles ne sont pas ménagées.

Chaque titre commence par la piste d’accompagnement, à laquelle s’ajoute rapidement la voix de Lydia Lunch qui passe à travers un micro sans traitement, ou le micro avec des effets. Elle déclame plus qu’elle chante et donne l’impression de garrocher son texte pour passer à la suite. De son côté, Marc Hurtado patente quelques sons sur ses machines et hurle dans son micro avec bien trop d’effets pour que cela soit intelligible, accompagné par de larges gestes très théâtraux, notamment de nombreux coups à la poitrine, façon Céline. Dès que Lunch en a terminé avec son texte, elle délaisse le devant de la scène pour aller s’asseoir sur une petite table et chercher parmi les feuilles de ce que je suppose être les paroles du prochain titre, en sirotant un verre de scotch. Pendant ce temps, Hurtado finit le titre avant de repartir la boucle pour une nouvelle itération où les titres se suivent et se ressemblent.

Après 45 minutes de ce traitement monotone, j’avoue avoir fait le tour du concept et je suis rentré chez nous. Le côté caricatural de la prestation est impressionnant, et j’avoue avoir ri à quelques reprises devant le grotesque de la situation. Le rendu sonore est abrasif, et je respecte ça, la musique ne se doit pas d’être uniquement agréable. Mais à vouloir rejeter les conventions à tout prix, on tombe finalement dans une autre sorte d’accumulation de clichés qui dilue en partie l’intention.

 

La découverte Nuha Ruby Ra

La chanteuse anglaise Nuha Ruby Ra a précédé Lydia Lunch et nous a présenté son répertoire entre cold wave et punk-art, accompagnée de son guitariste et de pistes enregistrées. C’est une belle surprise originale avec une musique à la fois intense et riche, où la voix particulièrement maîtrisée brille. Elle naviguait aussi entre un micro noyé d’effets et un autre sans effets. Avec un charisme certain, elle a su insuffler de l’humanité et de l’émotion à ses pistes désincarnées. Il y a eu tout de même un moment bizarre où deux titres à saveur particulièrement pop se sont glissés de façon inopportune au milieu de son tour de chant. Heureusement, elle est rapidement revenue dans une ambiance bien plus sombre où elle excelle.

 

L’assaut de Belly Hatcher en ouverture

C’est le duo montréalais Belly Hatcher et son projet industriel-électro-punk qui a commencé la soirée avec sa musique agressante. C’est dans la pénombre que l’on a entendu le chant hurlé noyé d’effets et difficilement compréhensible, accompagné de rythmiques minimalistes et brutales. Heureusement, le voyant lumineux du micro sans fil de la chanteuse permettait de la détecter et de deviner sa silhouette lors de ses passages sur scène ou dans le public.

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