Roméo et Juliette

Roméo et Juliette | Branle-Bas de combat au TNM

Beaucoup de fébrilité dans l’air au TNM pour la présentation à la presse de deux extraits de Roméo et Juliette de Shakespeare, dans la traduction de Normand Chaurette et la mise en scène de Serge Denoncourt, avec Marianne Fortier et Philippe Thibault-Denis dans les rôles titres. Un spectacle qui fera trois heures et qui s’annonce déjà comme le hit de l’été.

Photos: Yves Renaud

Photos: Yves Renaud

Le premier extrait, dans la superbe scénographie par Guillaume Lord de la cour intérieure d’une grande villa italienne, était tiré de la scène d’un bal donné à Vérone par la riche famille de Juliette Capulet, alors que la présence de Roméo Montaigu, fils unique d’une autre riche famille, mais rivale, déclenche un branle-bas de combat.

Cependant, il est déjà trop tard, car les lèvres de la jeune Juliette et celles de Roméo se sont rencontrées pour la première fois, et leur amour adolescent, impossible, mènera tout droit à la tragédie la plus connue de William Shakespeare dont on commémore le 400e anniversaire de sa mort cette année.

Un thème inépuisable qui a traversé les siècles, lu et relu dans toutes les langues, et traité à toutes les sauces. Normand Chaurette, cet important dramaturge québécois, a maintes fois traduit Shakespeare, en lui donnant sa propre vision d’auteur, avec le résultat chaque fois qu’il nous rapproche de l’essence de  l’oeuvre, qu’on pense à Othello, La Tempête, Comme il vous plaira, Le Songe d’une nuit d’été ou Coriolan.

L’amour au temps du fascisme

Avec Serge Denoncourt, ils ont voulu situer la pièce en 1937, alors que la montée du fascisme fouette le sang chaud des Italiens et les divise sur fond de haine et de violence.

Au tout début de sa présentation aux médias, Serge Denoncourt a tenu à rendre hommage au grand concepteur de costumes François Barbeau qui devait signer cette production. Plusieurs des flamboyants costumes de la pièce ont d’ailleurs été empruntés à d’autres oeuvres sorties de l’imagination insurpassable de ce grand créateur.

Photos: Yves Renaud

Photos: Yves Renaud

Casting minutieusement choisi

Les célèbres jeunes amants de Vérone ont été choisis suite à un processus complexe d’auditions avec pas moins d’une trentaine de couples. Philippe Thibault-Denis, qui a été formé au Conservatoire, a déjà travaillé avec Denoncourt. C’est lui qui jouait le fougueux D’Artagnan dans les Trois Mousquetaires présenté l’année dernière. Mais, Roméo est un rôle très différent.

Alors que pour Marianne Fortier, que l’on a vue à la télé (Pour Sarah) et au cinéma (Aurore), c’est sa toute première apparition au théâtre. Entre eux deux, il faut que la chimie soit forte et absolue, sinon il n’y a pas de Roméo et Juliette possible.

Le deuxième extrait présenté aux médias se passe dans un café de Vérone, par un jour de canicule où les esprits s’échauffent rapidement. On assiste à une scène de combat entre clans rivaux où Benoît McGinnis offre une autre facette de son immense talent. Cette scène fait partie de la vingtaine d’heures d’entraînement à laquelle ont été astreints les comédiens par le maître d’armes Jean-Pierre Fournier pour bien rendre les combats.

Autant que l’association mythique à l’histoire d’amour impossible la plus connue, le metteur en scène a voulu dépeindre le portrait d’une société aristocratique qui s’apprête à entrer en guerre. Œuvre initiatique de tout le répertoire classique, cette méga-production shakespearienne regroupant 20 comédiens, aura nécessité pas moins de 245 heures de répétition.

Photos: Yves Renaud

Photos: Yves Renaud

Une « grande guerre mondiale intérieure »

En entrevue avec Sors-tu? tout juste après les extraits sur scène, Serge Denoncourt, Marianne Fortier et Philippe Thibault-Denis se sont montrés tour à tour complètement absorbés par le pinacle  vertigineux qu’ils achèvent, après d’âpres efforts, de gravir, avec le sentiment que le reste appartient au public.

Pour Serge Denoncourt, aucune équivoque :

Monter Roméo et Juliette, c’est un rêve!  C’est une pièce que j’aime passionnément. Jamais l’amour adolescent a été mieux écrit, avec ce côté désespéré de l’adolescence, la volonté de se libérer de la famille et des conventions sociales; c’est une grande guerre mondiale intérieure qu’ils vivront jusqu’au bout.

«Mais en même temps, ce n’est pas Tristan et Iseult. Le fait que ça se passe sur quatre jours et qu’ils meurent, est la meilleure solution pour ce couple-là. Ils n’auraient pas survécu au quotidien, ils étaient trop intenses pour survivre au quotidien.

«Dans tout le texte et dans la mise en scène, continue-t-il, c’est Éros et Thanatos. Ce n’est pas un truc éthéré, c’est un coup de foudre autant intellectuel que physique, qui fait qu’ils deviennent tout de suite en manque de cette drogue-là qu’est l’autre. Comme c’est encore souvent le cas, les parents ne se rendent pas compte à quel point leur enfant ne va pas bien. La pièce est d’une modernité à tout casser. C’est vraiment inépuisable!»

Lors du lancement de saison au printemps dernier, Philippe Thibault-Denis avait dit ne pas connaître le trac. Est-ce encore le cas maintenant, avec cette superproduction sur les épaules? «Je n’ai toujours pas le trac, dit-il en souriant. C’est sûr que je vais avoir une certaine nervosité le soir de la première, mais c’est un trac le fun! Yves Morin, qui était mon professeur de chant au Conservatoire, disait que ça reste toujours du théâtre sur une scène devant du monde qui vient pour avoir du fun. On travaille le plus honnêtement, le plus fort possible pour que dans la salle les gens rêvent et embarquent avec nous dans l’histoire.»

Le jeune comédien raconte ensuite qu’il avait déjà travaillé un découpage de la pièce au Conservatoire, mais pas particulièrement le rôle de Roméo. A-t-il eu le pressentiment qu’il le jouerait un jour? «Pas un pressentiment, mais dès que Serge s’est mis à parler de monter la pièce, j’ai tout de suite senti que  j’en avais vraiment envie, parce que c’est un rôle d’une grande beauté. Serge a fait beaucoup d’auditions. Il ne me voyait pas au départ en amoureux, car je venais de jouer pour lui un batailleur en D’Artagnan. J’ai dû le convaincre de me passer en audition.

Quand j’ai joué avec Marianne la première fois, j’ai tout de suite senti la chimie qui passait. Elle a une grande écoute, ce qui en fait une partenaire extraordinaire.

De son côté, Marianne Fortier, qui n’a pas fait d’autre école que les plateaux de télé et de cinéma depuis l’âge de 10 ans, dira qu’au secondaire, lors d’un échange avec la Colombie-Britannique pour apprendre l’anglais, elle avait eu à lire Roméo et Juliette en vieil anglais. Même question : avait-elle eu un pressentiment? «Pantoute, répond-t-elle. Jamais je n’aurais pensé jouer Juliette un jour. C’est Serge qui m’a proposé de passer les auditions, ce qui m’a donné un immense vertige, tout en me disant que j’aimerais bien ça…»

Comment se sent-elle par rapport au côté érotisant de l’affiche de la pièce? «Je trouve ça très beau, répond-t-elle. L’idée des roses, et en plus, le fait qu’on voit de la peau au lieu d’un costume, montre le côté intemporel de la pièce. Un amour adolescent passionné, que les conflits entre deux familles rendent impossible, ça peut autant se produire aujourd’hui.

«Le travail a été de longue haleine, mais jusqu’à maintenant tout va bien. Je ne sais pas comment je vais me sentir le soir de la première, parce que c’est nouveau pour moi. Mais avec Philippe, mon Roméo, ça clique complètement. En travaillant la fameuse scène du balcon, on a ri, on était content de la faire. C’est très impressionnant, les autres comédiens trouvent ça tellement beau! On est tout en blanc, il y a la lune sur le décor imposant…, mais je n’en dirai pas plus, il faut venir nous voir.»

Jean-François Casabonne, Debbie Lynch-White, Jean-François Pichette et Catherine Proulx-Lemay font aussi partie de la  distribution.


 

* Le public pourra aller découvrir cette superproduction de Juste pour rire en collaboration avec le TNM, du 21 juillet au 18 août.

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