Nederlands Dans Theater

Programme triple du Nederlands Dans Theater | Un incontournable de la saison

Après plus de 20 ans d’absence, le très renommé Nederlands Dans Theater est en représentation à la Place des Arts sur invitation de Danse Danse. Pour célébrer ce retour en sol montréalais, trois pièces du répertoire récent de la compagnie sont mises à l’honneur : Sehnsucht, In the Event et Stop-Motion. Ce programme triple illustre parfaitement l’âme de cette compagnie hors normes.

Hors normes, un qualificatif qui colle bien à l’ADN du Nederlands Dans Theater (NDT), fondé en 1959 à La Haye (Pays-Bas) par un groupe de danseurs dissidents. Depuis sa fondation, le NDT a évolué avec son temps, gardant l’identité qui lui est chère, celle d’une compagnie en évolution permanente, restant constamment à l’avant-garde.

Dans les années 80 et 90, Jiří Kylián, illustre chorégraphe tchèque très apprécié des montréalais (et du monde entier!), imprègne la compagnie de son style. Il sera le créateur de la pépinière à talents du NDT : le NDT2. Destiné aux jeunes danseurs de moins de 22 ans, le NDT2 vise à développer ses interprètes en les mettant rapidement en contact avec les meilleurs chorégraphes de leur temps (pensez à William Forsythe, Mats Ek, Hans van Manen). C’est au NDT2 que Kylián lui-même engagera le jeune danseur issu de l’école du Royal Ballet de Londres, Paul Lightfoot, devenu chorégraphe en résidence du NDT en 2002, et depuis 2011, directeur artistique de la compagnie.

Durant ses années au NDT, Lightfoot rencontrera Sol León, danseuse espagnole fraîchement sortie de l’Académie Nationale de Ballet de Madrid. Au début des années 2000. Tous deux choisiront de se dédier à la chorégraphie, et deviendront chorégraphes résidents du NDT. Prolifique, le couple Lightfoot/León collaborera sur plus de 50 œuvres communes en 26 ans. Une contribution significative dans le répertoire riche de plus de 600 œuvres de la compagnie.

Pour leur retour à Montréal, Lightfoot et León présentent deux œuvres qu’ils ont chorégraphiées, Sehnsucht (2009) et Stop-Motion (2015) avec en sandwich, In the Event de la canadienne Crystal Pite. Ce programme très physique, met en valeur la virtuosité des danseurs exceptionnels du NDT.

Sehnsucht (2009) – Paul Lightfoot et Sol León

Dans Sehnsucht (langueur, aspiration, en allemand), un couple évolue dans un cube en bois suspendu dans les airs. Avec sa chaise, sa table, sa fenêtre et sa porte, le cube pourrait être la représentation d’une maison. Avec un élément désarçonnant, la maison est en rotation sur elle-même, la chaise se trouvant parfois au plafond et la fenêtre au sol. L’onirisme émanant du couple évoluant dans son cube rotatif contraste avec la scène elle-même, où un groupe de 13 danseurs et danseuses évolue sur une scène au décor minimaliste. Basée sur le vocabulaire du ballet classique, la pièce se déroule sur des extraits de deux superbes concertos et d’une symphonie de Ludwig van Beethoven qui viennent supporter les danseurs.

Sehnsucht, choisie pour sa représentativité de l’état d’esprit du NDT actuel, met donc en scène des danseurs issus de partout à travers le monde. Choisis pour leur polyvalence, leur technique et leur talent d’interprétation, les danseurs et danseuses du NDT sont tous mis en valeur dans les pièces qu’ils interprètent. On est bien loin du corps de ballet accompagné de ses quelques étoiles, au NDT tous les interprètes sont solistes.

In the Event – Crystal Pite

Crystal Pite, chorégraphe canadienne de renommée internationale, est chorégraphe associée du NDT depuis une dizaine d’années. On salue le choix de cette seconde œuvre pour succéder à Sehnsucht. En effet, après la grandiloquence des mouvements d’ensemble sur musique de Beethoven, on retourne aux sources. Dans cette oeuvre plus terre à terre, les artistes interprètent les différents états d’âme par lesquels passent une personne en choc post-traumatique. In the Event est l’œuvre la plus récente de Crystal Pite, spécifiquement créée pour les danseurs du NDT. Loin d’être déprimante, In the Event est pleine de contraste et d’esthétisme. Les danseurs, fantastiques interprètes, miment parfaitement la frénésie, la léthargie, la panique. Avec ses danseurs évoluant telle une vague sur la scène, mêlant vocabulaire classique, théâtralité et improvisation sur fond d’ombres chinoises, la pièce de 20 minutes prend aux tripes.

Stop-Motion (2014) – Paul Lightfoot et Sol León

Pour clôturer la soirée, Stop-Motion est une œuvre plus politique du couple Lightfoot/León. Chorégraphiée en opposition à la destruction du Lucent Danstheatre, l’oeuvre met en mouvement des danseurs habillés de vêtements très pâles, sur fond blanc, avec poussière blanche au sol. La poussière est celle qu’on retrouve après la destruction d’un bâtiment. Les danseurs quant à eux continuent de danser, d’évoluer malgré la disparition du théâtre. Les effets visuels sont superbes, entre la projection d’images d’une jeune adolescente (la fille des chorégraphes) et la poussière qui se soulève suite au mouvement des danseurs. Il y a dans cette pièce de véritables moments de grâce.

C’est un retour triomphal pour le NDT dont les danseurs précis, charismatiques et bourrés de talent ont éblouis le public montréalais. En attendant leur prochain passage (que l’on espère rapide!), les danseurs du NDT seront en représentation tous les soirs jusqu’au 5 novembre au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts.

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