Passion simple

Passion Simple au Théâtre de Quat’Sous | Le succès jamais démenti d’Annie Ernaux

La première de Passion Simple, qui porte sur scène le livre d’Annie Ernaux du même titre, avait lieu hier au Théâtre de Quat’Sous à Montréal. Annie Ernaux n’a plus vraiment besoin de présentation, mais sait-on jamais: écrivaine française de 85 ans, prix Nobel de littérature 2022, féministe et véritablement adorée – en témoigne d’ailleurs le succès de la pièce qui affiche complet sur toutes ses représentations, soit quasiment un mois (du 1er avril au 2 mai).

La pièce, portée par Julie Le Breton seule en scène dans le rôle de la narratrice/héroïne, partira ensuite à Ottawa du 7 au 9 mai au Théâtre français du Centre National des Arts qui coproduit avec le Théâtre de Quat’sous. Sibyllines, la compagnie de Brigitte Haentjens, signe également la mise en scène de Passion Simple. « Les choix dramaturgiques de Sibyllines voyagent librement (et parfois même simultanément) sur deux continents, le premier est celui de l’intimité, de la corporalité et de la sexualité; le second continent est celui du ‘pouvoir’ », peut-on lire sur leur site. Une description qui pourrait résumer parfaitement le livre d’Annie Ernaux, voire son oeuvre au complet.

En effet, Passion Simple, comme son titre l’indique, est à propos d’une passion entre un homme et une femme, passion en très grande majorité purement charnelle. L’héroïne attend son amant désespérément, tout le reste, son quotidien, ses enfants, son travail, devient accessoire. On plonge dans l’intimité crue et sensuelle d’une relation adultère entre une femme et un homme marié, étranger. Lorsqu’il finit par l’appeler, tout le reste passe au second plan, il vient pour faire l’amour, reste un peu et s’en va, puis le cycle attente – douleur – joie recommence. Le double fictionnel d’Annie Ernaux ne culpabilise pas, n’a pas honte, elle décrit « simplement » ce qui lui arrive.

passionsimple 2026 cr frederiquemenard aubin 7434* Photo par Frédérique Ménard-Aubin.

Ce livre assez court, bien en-dessous des 100 pages, avait été qualifié d’obscène lors de sa parution au début des années 1990. Une accusation qui semble risible aujourd’hui, le livre continuant en tout cas d’inspirer les adaptations, et les femmes : outre la pièce dont il est question ici, Passion Simple a aussi fait l’objet d’un film en 2020, réalisé par Danielle Arbid, une réalisatrice française. C’est le texte entier, aucunement retouché, que récitait hier Julie Le Breton sur scène, dans cette salle très intimiste et remplie jusqu’au dernier siège.

Un écrin bien pensé pour parler de l’intime, seule avec une chaise et le public. Autour de la comédienne, un cadre en bois massif, clos et plutôt exigu. Dans le dossier de presse, la scénographe Anick La Bissonnière explique que cette femme se sentant dans l’obligation de rester chez elle le plus possible pour attendre l’appel de son amant, cet espace reflétait son enfermement, physique donc mais aussi mental, puisque rien d’autre n’existe réellement pour elle pendant l’année où a eu lieu cette relation. En arrière-plan, sur un écran,  des projections très abstraites de Karl Lemieux, concepteur vidéo : les seules images distinctes sont des photographies érotiques, en écho aux parties du texte les plus explicites, qui finissent par se déformer complètement pour ne ressembler à rien de connu, juste de la matière.

passionsimple 2026 cr frederique menard aubin 7427* Photo par Frédérique Ménard-Aubin.

Pour qui a le livre bien en tête, la pièce paraîtra sans doute redondante. En revanche, la façon dont Julie Le Breton le déclame permet de mettre en relief certains passages prêtant à rire, dont l’humour n’était pas forcément évident à la lecture. Surtout, prêter son corps et sa voix à Passion Simple est une belle façon de faire pénétrer les spectateurs au cœur du travail d’Annie Ernaux : de sa propre vie, elle a en effet tiré une oeuvre profondément universelle, et l’expérience commune du théâtre n’est rien d’autre qu’une manière alternative de ressentir cela.

À l’affiche du 4’Sous jusqu’au 2 mai 2026. Détails et billets par ici.

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