Panorama de la saison Hiver 2026 de Tangente | Des arts vivants qui déstabilisent et reconnectent
Burlesque, cirque, jazz, street dance : il y en aura pour tous les goûts cet hiver sur la scène de Tangente! Cet éclectisme n’est pas nouveau pour le diffuseur, mais il l’intéresse de plus en plus. En offrant plusieurs angles d’immersion, les spectacles de cette saison ont le pouvoir de capter tous les publics. Par leur esthétisme d’abord, puis par leurs thématiques. Dans cette démarche, l’Histoire et les histoires sont racontées par des artistes aux parcours également très différents. Et qu’elle soit récente ou confirmée, leur expérience nous permet définitivement d’avoir un regard plus actuel sur la danse, mais aussi sur la féminité et l’affirmation de soi.
La saison démarre sur les chapeaux de roue avec un programme triple, à la fois intime et poétique. Ainsi, (in)sight combine le mouvement et le son au travers du tap dance et de la musique jazz; deux histoires et deux formes d’énergie qui ont beaucoup en commun. J. Style jouera sur les opposés en explorant ses traumas par le prisme de la danse urbaine. Anna Duverne, quant à elle, redonnera ses lettres de noblesse au saxophone, qui dialoguera avec elle tout au long d’une improvisation dansée.
* Deniz Lim-Sersan dans Entrelacés d’(in)sight. Photo par theartofmovementphotography.
Au mois de février, LABORARE & Alanna Kraaijeveld + Marie Lévêque nous apporte des éléments de recherche concrète sur l’écologie d’un côté et sur la coexistence de l’autre. Sans jamais tomber dans l’esprit moralisateur, cette proposition double nous amène à réfléchir, et aussi à apprécier une scénographie ambitieuse.
Si l’histoire du tap dance et du jazz était mise de l’avant en janvier, c’est celle du ballroom des années 80 qui s’impose du 19 au 22 février. Jontae McCrory, Brian Mendez, Chivengi et G Mako font résonner ses codes sur la scène contemporaine au travers d’espaces à l’esthétique travaillée, et créent un safe space qui embrasse les aspirations de la communauté queer.
En mars, place au programme double Mithra Myth Rabel + Rozenn Lecomte et Ariane Levasseur. Dans une œuvre intimiste, Speakeasy fait écho à une expression introspective qui se nourrira de son passé pour s’affirmer dans l’avenir. De manière complémentaire, La prétention d’exister de Rozenn Lecomte et Ariane Levasseur fait de leurs corps un vecteur d’histoires enfouies pour proclamer leur droit d’exister autrement.
Par la suite, deux facettes de la féminité se côtoient avec Les Furtives, qui nous proposent une plongée physique au cœur de la maternité dans toute sa complexité. Grâce au cirque, elles parviennent à représenter l’expérience corporelle dans sa vulnérabilité comme dans sa force. Dans la même soirée, Joy Rider pose la question de l’érotisme pour une femme philippine et queer qui, en contexte burlesque, performe sous le regard d’une majorité de personnes blanches.
* Les Furtives. Photo par Geneviève Robitaille.
En avril, deux vécus humains nous seront décrits avec Mary-Lee Brunet, qui plonge dans le processus d’adoption et la navigation entre deux cultures via le popping et la narration visuelle, puis avec Amrita Choudhury, qui racontera le cycle de vie d’une femme indienne à l’aide du konnakol, technique de percussion reproduisant des sons gutturaux.
Les soirées 100Lux, événement phare de la programmation de Tangente, propose cette année trois visions, celle de Nu.Skin, célébrant les liens engendrés par le contact physique inspiré des battles ; celle d’Alexe LEX Lebel-Faille qui se laissera tenter par un jeu de séduction et de pouvoir avec le public ; et celle de Daniel Faye, qui fusionnera waving, animation et danse contemporaine pour refléter la mémoire et les émotions qui ponctuent notre vie.
La saison se clôturera avec deux solos. Le premier de Nina Willywonka Chati, qui revisitera son héritage autour de la musicalité et de ses origines. Le second, de Tia Ashley Kushniruk, encouragera la conversation et l’échange concernant la représentation identitaire et culturelle.
L’espace comme acteur à part entière
Si l’héritage, les cheminements humains et les manifestes sont les thématiques qui ressortent le plus, l’autre grande caractéristique de cette saison est l’espace repensé.
Par leur mélange de disciplines, ces spectacles appellent à un travail de dimensions, de volume et de sons. Toutes ces œuvres misent sur un environnement immersif qui passe par la résonnance des instruments : le défi scénographique pour représenter la montée des eaux, l’art circassien, la définition d’ambiances, la proximité du public et l’énergie crue qui s’impose dans un cadre brut où seules les lumières répondent au rythme.
* Myth, Sam I Am et Blackbird dans Speakeasy de Mithra Myth Rabel. Photo par Denis Martin .
La programmation Hiver 2026 de Tangente, c’est donc cela : une scène en mesure de conjuguer jeunesse et maturité, danse de rue et symbolisme traditionnel, érotisme et héritage. Cette proposition a de quoi nous décontenancer, c’est vrai. Mais Tangente entend surtout nous lancer une invitation à la découverte, à l’acceptation et à la connexion envers des univers insoupçonnés.
Une telle générosité dans les démarches artistiques est un gage de risque certes, d’inconfort peut-être, mais dans tous les cas, c’est aussi la promesse d’être touché·e.
Pour en savoir plus, consultez la programmation de Tangente.
* Cet article a été produit en collaboration avec Tangente.
- Artiste(s)
- Tangente
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Tangente (édifice Wilder)
- Catégorie(s)
- Burlesque, Cirque, Danse, Experimental, Installation,
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